‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 11 sur 213 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES PTOMAÏNES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES PTOMAÏNES

J'ajoute enfin que, d'après Brieger, la choline, la névrine, la putrescine, la cadavérine et la neuridine, qui sont des bases cadavériques, ne donnent pas la réaction de Selmi.

D'après MM. Brouardel et Boutmy, si avec une plume d'oie trempée dans la solution, même assez étendue, d'une ptomaïne, on trace dans l'obscurité un trait sur le papier préparé au bromure d'argent dont se servent les photographes, qu'on lave ensuite, au bout d'une demi-heure, à l'hyposulfite de soude, puis à l'eau, ce papier conservé à l'abri de la lumière, le trait fait à la plume restera marqué en noir par suite de la réduction du bromure d'argent. Il est probable, mais nous ne l'avons pas vérifié, que les bases réductrices, la morphine par exemple, et les autres bases citées plus haut, si on leur faisait subir cette épreuve, se confondraient encore avec les ptomaïnes.

Il n'existe donc pas de réaction tout à fait caractéristique des ptomaïnes, et par conséquent, dans les recherches médico-légales, on pourrait craindre que l'expert toxicologiste pût confondre les bases d'origine cadavérique et les alcaloïdes toxiques qu'il cherche à caractériser dans les cas présumés d'empoisonnement. Mais l'on doit se rappeler que, sauf la morphine, aucun des alcaloïdes vénéneux fournis par les plantes ne donne immédiatement la réaction du bleu de Prusse. Une seule base végétale, la muscarine, a été trouvée jusqu'ici parmi les ptomaïnes, et quoiqu'on ait cru, lors de la découverte de ces poisons, reconnaître parmi les ptomaïnes l'existence de la conicine, de la nicotine, de l'atropine, de la colchicine, etc., des observations plus précises sont venues infirmer ces hypothèses. La muscarine a été trouvée, il est vrai, parmi les ptomaïnes; mais cet alcaloïde très vénéneux n'existe heu-

LES PTOMAÏNES

reusement pas dans le commerce et n'est pas employé en médecine.

Lors donc que l'expert devra se prononcer, et surtout dans les cas délicats où la petite quantité de bases extraites des matières suspectes peut lui laisser des doutes, il ne concluera à Texistence de tel ou tel alcaloïde qu'après avoir vérifié que toutes les réactions chimiques et physiologiques de l'alcaloïde végétal présumé coïncident avec les propriétés de celui qu'il a extrait des matières suspectes. Ces réactions devront se faire parallèlement sur un échantillon authentique de l'alcàloïde qu'il veut caractériser, surtout si la base extraite, ou ses sels, n'ont pas été obtenus cristallisés et si leurs formes ne peuvent être comparées à des types. Dans aucun cas, une ^ réaction unique, fût-elle donnée comme tout à fait démonstrative et caractéristique, ne peut suffire à faire reconnaître et affirmer la présence de telle ou telle base. On n'aura jamais assez de preuves, et le doute peut subsister si toutes les réactions ne sont pas concordantes ' .

Action physiologique des ptomaïnes. — L'action physiologique de ces bases ne permet pas davantage de les séparer d'une manière nette et caractéristique des autres alcaloïdes. Parmi les ptomaïnes, il en est de très toxiques, comme la névrine, la muscarine ou l'hydrocollidine; il en est aussi d'inoffensives, ou de fort peu actives, comme la neuridine, la cadavérine, la putrescine, etc. Toutefois, on peut dire que les vraies ptomaïnes, celles qui dérivent de la

•l.Voir à ce sujet iîeiazione délie esperienze fatle nelLaboratorio délia R. Universilà di Roma, nelle cosidelle plomdine in riguardo délie perizie tossicologie. Roma, I88b. — KOBERT, Coinpendiwn dcr praktische Toxicologie, 1887. — Spiga, Atli delV Inst. Vcnelo, 1890.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES PTOMAÏiNES.

décomposition des albuminoïdes et qui résistent à la putréfaction, sont généralement très vénéneuses.

La difficulté de se procurer des ptomaïnes pures en quantité suffisante et d'étudier, pour chacune d'elles, leurs effets physiologiques, a fait généralement employer, pour cet usage, leurs extraits éthérés, chloroformiques , amyliques, qui, transformés en sels par agitation avec l'eau acidulée, ont donné des produits qu'on a injectés aux animaux le plus souvent dans un état de pureté imparfaite, ce qui laisse un léger doute sur quelques-uns des résultats suivants.

Les ptomaïnes vraies, celles qu'on retire du cadavre après putréfaction prolongée, sont généralement plus vénéneuses que celles qui apparaissent au commencement de la putréfaction. Celles-ci se forment sans doute aux dépens du dédoublement des lécithines, et non par digestion bactérienne, des albuminoïdes proprement dits; elles disparaissent ensuite en se transformant en ammoniaque, triméthylamine, acides lactiques, etc. Toutefois, parmi ces ptomaïnes du début, la choline G*H"AzO^ et surtout la névrine G*H''AzO et la muscarine C»H"AzO' sont très vénéneuses. Nous reviendrons, à propos de chacune d'elles, sur leurs effets physiologiques spécifiques.

Pour le moment, nous nous bornerons à indiquer le mode d'action des ptomaïnes cadavériques vraies, de celles que le médecin légiste est exposé à rencontrer et à confondre avec les alcaloïdes végétaux.

Nous empruntons les renseignements suivants aux mémoires successifs de Selmi, déjà cités, à nos observations personnelles, aux publications de Gianetti et Gorona', etc.

i. Sugli alcalotdi cadaverici o Ptomaïne del Selmi. Bologna, 1880. C'est un travail fait avec soin. Les ptomaïnes qu'ils ont examinées provenaient

LES PTOMAÏNES. 43

Ces derniers auteurs, après avoir soumis les matières cadavériques ordinaires à la méthode de Stas, que nous décrirons plus loin, ont obtenu des extraits très alcalins de saveur piquante et amère, engourdissant la langue, donnant à la gorge un sentiment de strangulation lorsque la quantité d'alcaloïde est un peu forte. Par des traitements successifs à l'élher, au chloroforme et à l'alcool amylique, ces extraits ont été divisés en trois groupes, chacun imparfaitement défini il est vrai, dont ils ont examiné séparément l'action sur les animaux. On peut se faire, d'après le résumé suivant, une idée suffisante des réactions physiologiques générales que l'expert est en droit d'attribuer aux ptomaïnes lorsqu'il cherche à caractériser les alcaloïdes ordinaires dans un but toxicologique.

(a) Ptomaïnes extraites par l'éther. — La partie dissoute par l'éther forme un liquide alcalin dont l'odeur rappelle à la fois celle de la méthylamine et du sperme ; après saturation des bases par l'acide chlorhydrique, et filtration, un gramme de la solution aqueuse ainsi obtenue injecté à un chien de moyenne taille, produit, au bout de vingtcinq minutes les phénomènes suivants :

Pupille irréguKère de forme oblique ; tremblements convulsifs ; fréquents battements du cœur ; température augmentée de deux degrés ; injection remarquable des capillaires du pavillon de l'oreille. L'animal devient indolent, stupéfié; sa pupille est rétrécie. Quarante minutes après l'injection, contraction spasmodique des muscles de la face et des membres; respiration ralentie (28 à la minute); mort quarante-

du cadavre d'un homme exhumé après 96 jours. Voir aussi sous le même liire, le travail du professeur Volenti ; ptomaïnes d'un cadavre de un mois (Modène, 1886),

Page 1