‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 124 sur 213 · Thèse de Doctorat, Lyon · texte numérisé non relu

Thèse de Doctorat, Lyon

3. Hardy, Comptes Rendus Soc. biolog., 1884, p. 13u et 168. — E. Hardy affirme que cette substance est un glucoside.

A. Vennemann, Semaine médicale, pour 1884.

^1<> l,i:.S TOXINKS.

lard élre de nature albuminoïde'. Il paraît accompagné d'une substance crislallisable, chimiquement et physiologiquement indifférente, qui répond à la formule G" H" Az* 0'

I/abrine n'existe dans la plante que dans la graine. On ne la retrouve ni dans les feuilles, ni dans la t ige, ni dnnles racines de Vabriis

Les propriétés de Tabrine ont été étudiées par MM. .1. Béchamp et A. Dujardin {loc. cit), puis par Kohbert et Stilmark', par Ehrlich* et par Répin\

L''abrine existe dans Tinfusion, faite à 30°, de la graine, germée ou non, débarrassée de son épisperme. Après filtration on peut, par de l'alcool concentré, la précipiter à Tétat impur, reprendre par Teau ce précipité et ajouter du sulfate d'ammoniaque en poudre et en excès qui la sépare. On soumet ensuite la solution de ce précipité à la dialyse qui permet de chasser les sels minéraux et laisse Tabrine purifiée.

Elle jouit des principales propriétés des substances alhuminoïdes, en particulier de leur très difficile dialysabilité. Ses solutions se troublent lorsqu'on les chauffe et perdent en grande partie leur activité. Il en est de même lorsqu'on les acidulé par une très faible quantité d'un acide organique ou minéral qui les verdit, les troulDle et les altère. Les alcalis modifient aussi son activité sans la détruire. Sèche, on peut la chauffer à 100° sans que sa toxicité disparaisse. Son pouvoir rotatoire spécifique est de [«]• = 66° 8. Elle

1. Experiment. Untersuchungen ùbev linmiinil. En Deutsche med. Wochenschrift, 1891.

2. Hegkel et SCHLAGDENHAUFFEN , Joumal Le Prngrcs de Genève, pour 1887,

3. Arbeiten der Pharmacol. Instilul sit Dorpat, t. III. h. Deutsche méd. Wochen., 1891.

îj. Annales de VlnstUut Pasteur, t. IX, p. 517.

fluidifie Tempois d'amidon. Les fermentations intestinales, aussi bien que son infusion avec de la bouillie hépatique, ne lui enlèvent rien de son activité.

C'est une substance d'une extrême toxicité lorsqu'on l'injecte sous la peau. A la dose de 1 milligramme et moins elle tue un lapin en 24 heures. 1 dixième de milligramme tue un cobaye en 3 à G jours. Absorbée par la bouche, elle est beaucoup moins active, mais non inerte; il faut pour donner la mort par cette voie, des quantités d'abrine au moins cent fois plus fortes'. Ce qu'il faut remarquer surtout à propos de cette vénénosité, c'est qu'à la façon des toxines diphtéritiques, tétaniques, etc., quelle que soit la dose injectée sous la peau, l'abrine ne tue qu'après une période d'incubation qui généralement dépasse 24 heures ; il se fait peu à peu au niveau de l'inoculation un œdème sanguinolent étendu, l'animal maigrit beaucoup; si la dose n'est pas mortelle, une escharre tend à se former autour du foyer d'ulcération; sinon, quelques heures seulement avant la mort, le sujet est pris de diarrhée profuse, souvent sanguinolente, de convulsions cloniques et de paralysie bulboméduUaire. A l'autopsie, on trouve le cœur et le foie congestionnés, la vessie pleine d'une urine trouble et albumineuse.

L'instillation d'abrine sur la conjonctive détermine une congestion intense, la production de pus, la formation de fausses membranes, quelquefois l'opacification et la nécrose de la cornée.

L'activité de l'abrine n'est ni modifiée, ni détruite, par les sucs digestifs, pas plus cpie par les microbes qui peuvent vivre dans ses infusions {Répiii).

1. Ehhlich, Deuls. med. Wochensch., 1891 , et Répin, InsliliU Pasteur, l. IX, p. 519.

LES TOXINKS.

Gomme pour les ferments solubles, l'activité del'abrinene disparaît pas en présence des antiseptiques, tels que l'essence de moutarde, le phénol, l'alcool, le sulfure de carljone, etc.

On peut, comme on le fait pour les virus, liabituer les animaux à l'action de l'aljrine, les vacciner contre elle, soit en leur faisant d'abord ingérer l'abrine par le tube digestif, puis procédant à des injections sous-cutanées en commençant par un 10% ou môme un 100" de milligramme, ainsi que faisait Ebrlicli ; soit eu employant des injections d'abrino mêlées d'une faible i»roi)ortion d'alcalis étendus qui diminuent beaucou}) son activité. On arrive ainsi, quoique très lentement, au bout de un à deux mois, à faire supporter aux animaux des doses d'abrine 3 à /i fois sn})érieures à la dose mortelle.

L'abrine injectée en très faibles quantités sous la peau, et en solutions extrêmement diluées, attire les leucocytes. Durant cette vaccination de l'animal, ils paraissent très sensibles à son contact, s'approchent, disparaissent en partie, puis reviennent et toujours en quantité plus grande {Chatenay\.

Mélangé à l'abrine, le sérum antivenimeux retarde considérablement l'action toxique de cette substance, et peut même l'enrayer complètement. Les lapins fortement immunisés contre les venins supportent 2 milligrammes d'abrine, alors que un dixième de milligramme tuait les lapins témoins.

Réciproquement, le sérum des animaux lentement immunisés contre l'abrine est antitoxique contre les venins et même contre la toxine diphtéritique, mais non contre celle du tétanos ou de charbon. Ce sérum est apte k proléger aussi contre la toxine contenue dans les graines de ricin*.

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