CHAPITRE SEPTIÈME
Les toxines en particulier. — (a) Toxines végétales.
Dans les chapitres suivants, nous allons entreprendre l'étude de chacune des toxines, végétales ou animales. Nous ne comprendrons sous ce nom que les substances qui, à la façon des venins et des toxines des virus proprement dits, paraissent jouer le rôle de diastases, impressionner l'économie d'une façon durable, et contre lesquelles on peut généralement protéger par vaccination.
Les toxines ont ce caractère commun que toutes, ou presque toutes, perdent à peu près leur vénénosité quand elles sont absorbées par l'intestin. Elles se différencient donc ainsi de la plupart des poisons ordinaires.
Nous commencerons par les toxines d'origine végétale.
Les substances végétales toxiques connues contre lesquelles on peut vacciner utilement sont l'abrine, la ricine, la rubine, la lupinotoxine. Mais il doit en exister probablement beaucoup d'autres. Après avoir étudié ces poisons, nous dirons un mot des quelques diastases d'origine végétale capables, quoique à un moindre degré, d'influencer l'économie, de produire la maladie ou la fièvre.
T0XIM5S VÉGÉTALES.
Abrine.
L'abrm precatorius de Linné, la liane à réglisse des créoles, le Jéqnirity du Brésil, est une légumineuse papilionacée, sous-lribu des abrinées, originaire des Indes orientales. Elle est cultivée en Amérique et en Afrique. Sa racine est employée en guise de réglisse. Son fruit, de la grosseur d'un petit pois, irrégulièrement ovoïde, lisse, d'un rouge vif taché de noir au sommet, est utilisé dans quelques pays comme comestible. On savait depuis longtemps que l'infusion dans l'eau tiède de ces graines concassées jouit de la propriété d'enflammer les muqueuses, et en particulier la conjonctive, qui devient purulente à son contact. Plus tard on reconnut que cette substance, inofîensive quand elle est absorbée par le tube digestif, est au contraire très toxique par voie hypodermique. J. Bcchamp et A. Dujardin', Bordet^ Manfredi, Klein, Salomonsen et Dirking, Holmfeld, Hardy % Bruylants et Vennemann*, Warden et Waddel, enfin Joly démontrèrent que le principe actif de l'abrus precatorius est un poison chimique et que son action est indépendante des nombreux microbes 'qui se développent activement dans ses infusions. Warden et Waddel donnèrent le nom d'abrinc (ou Jeqviritine) à ce principe actif, qu'Ehrlich reconnut plus
1. J. BÉGHA.MP et DUJARDIN, Comptes rendus Acad. sciences, 188o, t. CI' p. 70 et 190.