‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 126 sur 213 · CORNEvm, C. rend. Soc. biolog., 1893, p. /i · texte numérisé non relu

CORNEvm, C. rend. Soc. biolog., 1893, p. /i

LKS TOXINES.

Ricine; Rubink.

Jîjcine. — Le ricin, Ricinm commuais [Eiiphorbiacées] paraît originaire des contrées orientales de l'Asie. Il est cultivé aujourd'hui, surtout pour en extraire l'huile purgative. Ses semsnces, même privées de leur épispormc, sont toxiques et puissamment éméto-cathartiques. Trois ou quatre de ces graines suffisent a jirovoquer une gastro-entérite, souvent avec de vastes plaques d'ulcération, accompagnée d'accidents ataxo-adynamiques, d'anurie, de coma, et pouvant se terminer par la mort.

La matière douée de cette extrême activité a été reconnue par Ehrlich et par Kobert être une toxalbumine. On l'extrait en la dissolvant dans l'eau tiède et la précipitant par l'alcool ou par le sulfate d'ammoniaque, puis dialysaut pour chasser le sel ajouté.

La ricine se dissout dans l'eau et dans la glj'-cérine aqueuse; elle précipite par l'alcool fort. C'est une substance très difficilement dialysable. Ses solutions se troublent à chaud en perdant en grande partie leur activité. Elles précipitent par les acides minéraux étendus et par l'acide acétique, seul ou additionné de ferrocyanure de potassium. La ricine possède les réactions générales des albuminoïdes. Conservée à l'état sec, elle perd peu à peu son activité ; on peut, lorsqu'elle est sèche, la porter quelque temps à 100° sans diminuer sensiblement sa toxicité.

Nous avons vu quels sont les effets de la graine entière de ricin. La ricine produit les mêmes accidents, mais à un degré plus élevé, surtout lorsqu'on la fait absorber par injections sous-cutanées : 0'"^''03 (3 centièmes de milligr.)

1VICI^'E; RUULNE.

tuent un lapin, alors qu'il en faut près de 3 milligrammes pour le tuer par Testomac. 0°''2 de ricine, injectés sous la peau, sont funestes à Thomme.

L'action de la ricine sur l'économie n'est pas immédiate : comme pour l'abrine et les virus en général, un certain temps d'incubation est nécessaire. Elirlich a démontré (juc lorsqu'on l'administre avec prudence aux animaux par l'estomac, puis qu'on l'injecte au bout de quelques jours par la voie hypodermique, on arrive à créer un état de tolérance analogue à celui qu'on produit pour les virus dans les mêmes conditions. Durant la période de vaccination l'animal est le siège d'une hyperleucocytose qui peut être suivie d'une diminution du nombre des globules blancs si le sujet doit succomber {Chatenay).

La ricine paraît appartenir à la classe des diastases végétales'.

Rubine. — On retire de l'écorce de l'acacia, par les procédés ci-dessus, une substance proléique douée de propriétés toxiques présentant des propriétés semblables à celles de l'abrine ^

Diastases végétales.

Toutes les diastases végétales, et probablement animales, injectées sous la peau ou dans le sang produisent des phénomènes d'intoxication. Toutes aussi élèvent la température :

1. Tusou [Journ. f. prakt. Chem., l. XCiV, p. -444) a reliré de la graine de ricin un alcaloïde cristallisé en tables rectangulaires, de saveur amère, peu soluble dans l'élher, lormant avec le chlorure platinique de beaux octaèdres orangés.

2. Le lupin {lupinus luleus) contient aussi une matière protéique vénéneuse, la lupinoloxinc. Voir Sclunidt, Jalivesb. (1888), t. CCIV, p. 10.

telles sont la papaïne et la pepsine, la diastase de l'orge germée et surtout l'invertine. Nous reviendrons tout à l'heure, à propos de cette dernière substance, sur ce point important de la genèse de la lièvre.

Diastase de l'orge germée. — Dans un grain d'orge qui germe on voit à la loupe, entre l'endosperme et l'embryon, une sorte de bouclier convexe, le scittelhmi., formé de cellules columnaires implantées perpendiculairement à la paroi de ce petit organe. Ce sont ces cellules qui, au moment de la germination de l'orge, sont chargées de sécréter le ferment spécial, la diaslase proprement dite, dont le rôle est de dissoudre l'amidon en le transformant en dextrine et maltose, hydrates de carbone solubles aptes à nourrir l'embryon.

Cette diastase, qui parait constituée par plusieurs sortes de ferments', est le type des zymases ou ferments solubles. Elle fut étudiée la première et son nom se généralisa et s'appliqua aux autres ferments non figurés. La diastase (ou un ferment analogue) parait exister dans le foie des animaux et y transformer le glycogèue en glycose. Il est très probable qu'absorbées directement par la voie hypodermique, les diastases de l'orge ou du foie agiraient comme des toxines sur l'économie animale ; mais les expériences manquent à ce sujet. On sait seulement qu'elles élèvent la température.

Sucrase ou invertine. — On connaît diverses variétés de ce ferment. Elles sont caractérisées par leur propriété com-

1. L'un préexisterait dans l'orge avant toute germination et sacchariflerait seulement l'amidon déjàsoluble ; l'autre est la diastase ordinaire, qui change l'amidon en dextrine et maltose ; enfin un troisième aurait la propriété de dissoudre la cellulose (Voir Aimales Inà-lihU Pasteur, t. VI, p. 01-2, 61G, 618).

INVEllTlNIi:.

muue de Iraiisformer le sucre ordinaire en sucre interverti, c'est-à-dire en un mélange de glycose et de fructose. De ces variétés d'invertines, la plus connue est celle de la levure de bière'. Mais la plupart des levures et des moisissures fournissent une zymase semblable; celle de Vaspergillus niger a donné lieu à des recherches détaillées [Fernhach) . On trouve aussi ce ferment dans la betterave en train de pousser sa hampe florale. 11 est probable qu'il existe dans presque tous les végétaux.

D'après M. Roussy^ l'inverline jouit de la propriété très remarquable de produire la fièvre chez les animaux auxquels on l'injecte par voie hypodermique. Cette propriété, qu'il signala le premier, lui lit donner à cette zymase le nom de ■pyrélogénine. L'invertine élève rapidement de plusieurs degrés la température des animaux auxquels on l'injecte. Quelques dixièmes de milligrammes par kilogramme déterminent bientôt chez le .chien et d'autres espèces un accès de fièvre type qui dure de 12 à 15 heures sans laisser à sa suite aucun trouble appréciable.

Pour obtenir le ferment pyrétogène du saccharomgces cerevisiœ, M. Roussy délaye la levure de bière fraîche dans environ le double de son poids d'eau et la laisse digérer à basse température durant quelques jours pendant lesquels, grâce au phénomène de Tautophagie, l'invertine paraît subir un commencement de transformation. Il filtre ensuite à la presse et traite par l'alcool à 93° la liqueur acide

1. Elle est sécrétée par les cellules de la levure; elle est soluble el dialysable. Chose intéressante, d'Arsonval a montré qu'elle est détruite à la température de —180° à — 200°, tandis que la levure de bière qui la forme n'est pas tuée à cette basse température.

2. Bulletin Acad. méd. de Paris, 12 février et 12 mars 1889. — Mémoires de VAcad. de Méd., t. XXXVll, fascicule ^•^ — Comptes rendus des séances de la Soc. de Biologie, 30 mars, 27 avril et 213 mai 189i3.

LES TUXINKS.

obtenue jusqu'à ce qu'elle ne précipilc plus; le magma qui se forme est recueilli égoullé, et. délayé dans son volume d'eau ; au bout de quelques heures, on filtre sur papier et de nouveau on traite cette liqueur par l'alcool. Ce second précipité est encore assez complexe : on y voit au microscope de fines granulations homogènes à reflets jaunâtres qui en forment la principale partie ; elles sont môlées de cristaux, probablement de phosphates acides de potasse, chaux et magnésie, d'acide succinique, etc. La matière pyrétogène est constituée par la partie amorphe. Grâce à des traitements successifs, en se servant d'alcool à diverses dilutions et recourant à la dialyse, on arrive à séparer la pyrétogénine de la plus grande partie des sels cristallisés.

Lorsqu'on injecte dans une veine de l'oreille d'un lapin ou d'un chien bien portant un demi-milligramme de cette substance par gramme d'animal, au bout de 10 à 30 minutes on remarque de l'abattement avant-coureur du frisson ; puis le sujet est pris d'un tremblement à type discontinu, qui dure de 1 à 2 heures. Souvent il survient des nausées, des vomissements, quelques selles. En même temps, la température s'élève avec le nombre des inspirations et des pulsations; elle peut arriver à 42°. Le pouls petit, intermittent, bat 130 fois à la minute; la peau est sèche. L'animal répand une odeur forte; son faciès est hébété. Cette seconde phase dure environ 4 heures. Enfin 5 à 6 heures après l'injection, la période de défervescence commence et vers la 10" ou IP heure, le fonctionnement normal se rétabht.

L'animal émet durant cet accès de fièvre typique une quantité de chaleur beaucoup plus grande qu'à l'état normal. L'urée, les matières organiques de l'urine et l'acide car-

INVERTINE.

bonique cxcrélés, se produisent aussi en plus grande proportion qu'à l'état de santé.

ho. pyrétogénine est formée de fines granulations amorphes blancs jaunâtres; humide, elle répand une faible odeur de levure. Elle durcit et brunit à l'air en s'attachant fortement aux parois de verre. Elle est très soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, la benzine, l'éther, le pétrole. Elle est neutre au papier de tournesol. Elle ne contiendrait qu'une trace de cendres. Un fragment déposé sur la langue donne, au bout de quelques instants, une sensation d'âpreté, de sécheresse, de strangulation, qui s'étend au pharynx. Cette zymase paraît perdre petit à petit ses propriétés actives lorsqu'on la conserve. Les acides phosphomolybdique et phosphotungstique forment dans ses solutions un trouble, et après 24 heures un précipité abondant. Même eflet avec l'acide picrique. Le chlorure de platine y fait aussi naître peu à peu un précipité très net. L'iodure de mercure et de potassium, l'iodure de potassium ioduré, les iodures de potassium et de bismuth ou de cadmium, ne précipitent pas cette substance. Elle est très azotée.

On voit que la pyrétogénine n'est pas une base, mais ■qu'elle devient basique, sans doute en se dédoublant sous les moindres influences. Elle possède à un haut degré le pouvoir de transformer, par hydrolyse, le saccharose en giycose et fructose. Elle se confond donc, et par son origine et par ses fonctions physiologiques, avec l'invertine ou sucrase.

Avant les recherches que je viens d'analyser, on savait que l'introduction de certaines substances complexes dans l'économie pouvait allumer la fièvre; en particulier on connaissait l'influence des extraits de matières animales ou

LILS TOXINIÎS.

végétales putrides absorbées par l'estomac et surtout injectées dans les veines {Panum), aussi bien que l'action des ptoniaïues cadavériques solubles dans l'éther qu'on savait élever la température {GianeUi et Coroiia); mais la découverte des propriétés pyrélogènes de l'invertine a très particulièrement éclairé nos théories sur la genèse de la fièvre. Le travail de M. Roussy a établi pour la première fois clairement que la fièvre peut naître du déversenmU dans le sang d'une substance appat'lena7il notoirement à la classe des ferments solubles ou zymases. Or des ferments semblables existent dans l'économie animale ainsi que nous le verrons; ils peuvent à un moment donné et sous les influences les plus diverses quitter les cellules où ils sont normalement localisés, passer dans le plasma sanguin, arriver aux centres nerveux et exciter la fièvre. C'est là un mécanisme que cette découverte a contribué à faire connaître.

Une variété de ferment inversif est normalement sécrétée par la muqueuse intestinale du chien (mais non du lapin) ainsi que par les microbes de l'intestin grêle. La muqueuse stomacale, le foie, la salive n'en contiennent pas\

Ferments peptogènes végétaux. — Il est établi aujourd'hui que la pepsine, ou des ferments analogues capables d'agir sur la viande et les albuminoïdes pour les transformer en peptones, existent chez les végétaux comme chez l'animal. Le fruit du papayer contient une zymase, la papaine, qui digère la fibrine et la viande en milieu acide ou neutre; dans le latex du fruit encore vert du figuier existe un ferment semblable. On l'a retrouvé dans le plasmodium

1. Sul l'crmento inversivo neiror{janisnio U7iimale, i^S-V Javpulu, Ma.nfkedi et BocGARDi. Naplcs, 188S. C'est un bon travail.

FERMENTS PKPTOGÈNIiS VÉGÉTAUX. 427

du pliysarum, de l'œthal'mm septiciiin et d'auLres myxomycètes, ainsi que chez les infusoires inférieurs.

On ne connaît pas bien les effets de ces ferments lorsqu'ils sont injectés dans le tissu cellulaire. On sait seulement que la papaïne (ou les albuminoïdes qui l'accompagnent) est vénéneuse par injection hypodermique'. 11 est à peine douteux qu'ainsi résorbées la plupart de ces substances ne soient pas toxiques. Les essais faits avec les ferments correspondants mais d'origine animale, ferments doués des mêmes propriétés et des mômes fonctions physiologiques, semblent bien le démontrer. C'est ce c[ue nous allons développer dans le chapitre suivant.

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