‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 148 sur 213 · Annales de l'iDslitut Pasteur, août · texte numérisé non relu

Annales de l'iDslitut Pasteur, août

suc TllYIlOÏDIEiN.

Sucs et sécrétions internes de la glande thyroïde. — Formée de deux lobes réunis par une portion médiane et placés sur les côtés et en avant de la trachée artère, la glande thyroïde a longtemps exercé la curiosité des physiologistes et des médecins. On sait depuis peu que cet organe fait passer dans le sang une sécrétion douée d'une action puissante sur les centres nerveux et sur la nutrition.

La plupart des physiologistes pensent que, grâce à cette sécrétion interne, cette glande détruit ou compense les effets d'un certain nombre de principes nuisibles issus de la désassimilation. Ces principes, lorsqu'ils persistent dans l'économie, provoquent les troubles que l'on voit accompagner toujours la disparition de la glande thyroïde ou ses maladies : 'abaissement de la température, diminution de la sensibilité, marche titubante^ contractions violentes et incessantes des muscles, affaiblissement de l'intelligence, altération des humeurs, du sang et de la nutrition, cachexie strumiprive, crétinisme. La preuve que la glande détruit un poison, c'est que chez les animaux auxquels on l'enlève entièrement, les urines, médiocrement abondantes, se chargent de sels biliaires, et deviennent éminemment toxiques et convulsivantes'. Le sang artériel de ces animaux ne renfermerait pas plus d'oxygène que le sang veineux^. Ces urines injectées à des sujets bien portants produisent l'ensemble des accidents que nous venons d'énumérer [Gleij, Laulanié, Laud, Maroin).

Réciproquement chez les animaux thyroïdectomisés l'ingestion de cette glande, et mieux encore l'injection sous-

1. Compt. rend. Soc. biolog., 1891^ p. 307 et 366, et Laulanié, ibid., 1894, p. 187.

2. Albertoni et TizzONi, Centralblalt f. die med. Wissenschafl, 13 juin 1895.

cutanée de son extrait aqueux, font disparaître ces troubles, au moins momentanément, en particulier la tachycardie et les crampes. Cette action se fait déjà sentir au bout de quelques minutes^

Chez les animaux sains, le suc thyroïdien injecté à petite dose sous la peau produit le sommeil {Ewald) ; si l'on persiste il en résulte im amaigrissement notable^.

Il accélère l'action du cœur et du pouls, et élève la température : 5 cent, cubes d'extrait de glande thyroïde traitée par 10 fois son poids d'eau, ont fait monter la température d'un lapin de 39° à 40° 8 [Bouchard et Charriii).

Chez les myxœdémateux, les goitreux, l'injection de ce suc améliore l'état de la maladie.

A dose un peu élevée, il peut devenir à son tour un poison. En agissant alors sur le cœur il peut déterminer la tachycardie et un état syncopal, comme on l'observe, après l'ingestion trop abondante de pulpe thyroïdienne. On a noté aussi dans ces cas, l'élévation de la température, l'insomnie, l'agitation, la polyurie, la glycosurie, l'albuminurie.

Tels sont les faits : essayons de déterminer maintenant quelles sont les substances contenues dans l'extrait de la glande thyroïde qui peuvent produire les phénomènes dont nous venons de parler ?

L'une d'elles, de nature albuminoïde, la tliyroprotéïde, a été extraite par Notkine qui fait jouer k la glande thyroïde un rôle sensiblement différent de celui qu'on lui attribue

1. Gley, C. rend. soc. biolog., 1891, p. 250. Chez les myxœdémateux, les goitreux, l'injection du suc tyrlioïdien améliore l'état de la maladie.

2. Vasalb; Revillaud. Gommunijation à l'Acad. de méd.. 10 septembre 1895.

. 3. Séance Soc. de hiolog., 1893, p. 830.

suc ET PRINCIPES DE LA GLANDE THYROÏDE.

généralement. D'après cet auteur, elle n'agirait pas par ses sécrétions et pour ainsi dire en dehors d'elle, mais elle contiendrait un ferment spécial apte à faire disparaître au sein de ses cellules propres certains produits toxiques de dénutrition. Notkine a essayé d'extraire ces poisons des glandes thyroïdes de bœufs, moutons, porcs'. Lorsque, ditil, on traite à froid ces glandes par une solution de sel marin à 7 pour 1 000, on dissout une substance d'apparence muqueuse ou colloïde, la thyroprotéïde, qui paraît se différencier de toutes les autres matières albuminoïdes connues. Le perchlorure de fer transforme ses solutions en une gelée semi-transparente. Le tanin détermine dans ses liqueurs acidifiées un précipité floconneux ou gélatineux; l'acide phosphorique précipite la thyroprotéïde sous forme de masses gélatineuses qui se redissolvent dans un excès d'acide. Les solutions d'acide chlorhydrique à 1 ou 2 pour 1 000, ou l'acide acétique, étendu à 1 ou 2 pour 100, dissolvent la tyroprotéïde si celle-ci se trouve en présence de petites proportions de substances salines. Cette réaction la distingue de la mucine.

L'alcool précipite la thyroprotéïde de ses solutions, et \ le précipité perd rapidement la propriété de se redissoudre. Cette substance répond à la composition centésimale des albuminoïdes.

D'après Notkine, les lapins sains et intacts supportent bien l'injection de 1 gramme de thyroprotéïde par kilogramme de leur poids. Le seul phénomène constaté dans ces cas est une albuminurie passagère. Si l'on injecte au contraire la thyroprotéïde aux mêmes animaux après ex-

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