CHAPITRE TBOISIÈME
Extractions des ptomaïnes. Leur séparation des composés albuminoïdes et des divers produits actifs.
Extraction des Ptomaïnes.
L'extraction, et la recherche même, des ptomaïnes est particulièrement délicate, parce que ces substances, toujours formées en petite proportion, sont généralement perdues dans une grande masse de produits complexes, altérables sous l'action des réactifs acides ou alcalins. Leur séparation est aussi rendue difficile parce que presque toujours plusieurs de ces bases se forment simultanément et restent mélangées; ou parce que certaines sont délicates à manier, facilement oxydables, etc.. En raison des difficultés que l'on peut rencontrer dans leur extraction, je donnerai les méthodes suivies par Selmi, par Brieger et par moi-même, avec les transformations que l'expérience m'a amené à leur faire subir. Pour leur séparation, j'exposerai, à la fin de ce chapitre, une marche générale qui permet de les classer en groupes distincts.
EXTRACTION DES l'TOMAÏNES.
Méthode de Stas-Gaiitier. — Elle fut créée par le célèbre chimiste belge Slas dans le but de retrouver les alcaloïdes vénéneux dans le cas spécial d'expertises médicolégales. Celte méthode a été diversement perfectionnée pour la recherche des ptomaïnes; j'y ai moi-même successivement apporté des modifications importantes et nombreuses que je recommande lorsqu'il s'agit d'extraire ces bases. Je la pratique aujourd'hui de la façon suivante : si la matière à traiter est solide ou demi-solide (viande, glandes, etc.), on la hache, ou bien on la pulvérise après l'avoir arrosée d'eau contenant un demi pour cent d'acide lartrique. On s'assure que la liqueur reste acidulée, et on ajoute s'il le faut au mélange une solution du même acide. Après une digestion de vingt-quatre heures, on filtre et soumet à la presse pour extraire les dernières liqueurs. — Si la matière était liquide ou presque liquide, mais non huileuse (urines, sécrétions diverses, bile, pus, etc.), on la sursaturerait très légèrement avec un peu d'acide lartrique étendu. — Si la matière est huileuse, et non miscible à l'eau, on l'agite vivement, dans une bouteille pleine d'acide carbonique, avec une solution aqueuse à 1/4 pour cent d'acide oxalique. Dans les trois cas les liqueurs légèrement acidulées ainsi obtenues sont portées un instant à 100° pour coaguler les albumines ou caséines et détruire la majeure partie des ferments et des microbes, puis filtrées après refroidissement. Les liqueurs sont alors réduites dans le vide à 40° (fig. 1), jusqu'à consistance sirupeuse {Extrait A). Le distillatum contient généralement, entraînés par la vapeur d'eau, des phénols, de l'indol, du scatol, des acides gras volatils, de l'ammoniaque, de la méthylamine, de la triméthylamine, et une trace seulement de ptomaïnes,
'LES PTOMAÏNES
même lorsque la li([ucur qu'on distille est légèrement acide. On retrouve ces bases à l'état libre dans la partie distillée; en l'additionnant d'un léger excès d'acide sulfurique et évaporant dans le vide elles passent à l'état de sulfate; le traitement par de la chaux éteinte les met en liberté et chasse en même temps la majeure partie de l'ammoniaque qu'elles peuvent contenir. On reprend le magma de
FiG. ]. — Appareil de A. Gautier à distiller, dans le vide, les liquides mousseux, en particulier les solutions albumineuses. — Le ballon B où l'on fait le vide est placé dans un bain-marie profond, muni d'un thermomètre C. La liqueur à distiller est dans la bouteille de gauche F. Grâce à la pince p on la fait couler goutte à goutte dans le brise-mousse b; elle n'arrive que presque sèche dans le ballon B. — G et D sont des flacons condenseurs.
sulfate de chaux et de bases par de l'éther, puis par de l'alcool, et l'on enlève à celui-ci, par une trace d'acide sulfuriqUe étendu , la faible quantité de chaux qui aurait pu se dissoudre. Les bases restent en solution*.
1. Ou peut s.-iturcr celle liqueur alcoolo-élhérce avec, un pou (r;icidc oxaliciue, évaporer, et réunir le résidu à Vexirail acide A principal dont un va parler.