EXTRACTION DES PTOMAÏNES
L'extrait acide ci-dessus [Extrait A), d'où ces traces de bases volatiles avaient été chassées par ébuUition dans le vide, est épuisé à l'éther pour enlever des corps graisseux ou extractifs, des acides lactiques, oxylactiques et oxyaromatiques, l'excès d'acide ajouté, etc., puis on reprend par l'alcool bouillant qui donne une Solution B et laisse un Résidu C contenant une grande quantité de substances salines, divers corps insolubles parmi lesquels des composés xanthiques, des matières exlractives et gélatineuses, des acides amidés, etc. En reprenant ce Hésidu C par de l'eau, soumettant à la dialyse, évaporant la partie dialysée, la précipitant par l'acétate de plomb, enlevant le plomb à la liqueur par l'hydrogène sulfuré, concentrant et additionnant d'alcool, les substances analogues à la leucine, et plusieurs autres bases oxygénées, se précipitent et cristallisent peu à peu. On les purifie et les sépare comme il sera dit plus loin.
Quant à la Solution alcoolique B ci-dessus qui contient les bases les plus importantes, et s'il y en avait, les peplones, elle est évaporée à son tour, elle résidu sirupeux, après avoir été mélangé exactement au mortier à du bicarbonate de potasse jusqu'à réaction fortement alcaline, est divisé avec du verre en poudre grossière et successivement épuisé par l'éther, le chloroforme et l'alcool amyli(iue. Les deux premiers dissolvants peuvent être directement évaporés. Ils laissent comme résidu les alcaloïdes qu'ils ont dissous ; quant à l'alcool amylique, on l'agite avec de l'eau légèrement acidulée d'acide sulfurique qui s'empare des alcaloïdes tenus en dissolution dans cet alcool. La liqueur sulfurique est portée presque à l'ébuUition, puis additionnée, tant qu'elle précipite, d'hydrate de baryte dissous à chaud ; les alcaloïdes
LES, PTOMAÏNES
restent en dissolution'. Par distillation de la liqueur, on peut séparer les bases fixes des bases un peu volatiles, entraînées par la vapeur d'eau et recueillir ces dernières dans de l'eau acidulée. On peut aussi, comme on le verra plus loin, précipiter toutes les bases à l'état de phosphomolybdate et les séparer comme il sera dit tout à l'heure.
Ainsi conduite, cette méthode donne d'assez bons résultats, surtout pour la recherche des ptomaïnes non oxygénées. Quelques-unes de celles qui sont fixes et riches en oxygène peuvent rester dans le résidu acide C (p. 57) de l'évaporation lorsqu'on traite ce résidu par l'alcool bouillant ; elles peuvent ne pas être bien dissoutes lorsqu'on épuise le mélange d'extrait alcoolique et de bicarbonate alcalin par l'emploi successif de l'élher, du chloroforme et de l'alcool amyhque. Mais en appliquant bien cette marche, elle donne, dans les cas les plus complexes, des résultats très satisfaisants.
C'est cette méthode de Stas perfectionnée que j'ai surtout employée pour la recherche des alcaloïdes et des acides amidés dans les bouillons de culture ou les organes des animaux.
On verra plus loin quelles sont les précautions importantes à prendre pour s'assurer de la pureté des dissolvants.
Méthode de Dragendorff. — Celte méthode , plutôt destinée aux expertises médico-légales qu'à la recherche des ptomaïnes proprement dites, consiste à diviser mécaniquement la substance, lorsqu'il y a lieu; à l'additionner d'une solution d'acide sulfurique étendue, jusqu'à franche acidula-
1. Celte partie ne contient pas de bases facilement volatiles. L'ébuUition (Je la liqueur acide chasse l'alcool amylique qui avait été dissous par l'eau.
EXTRACTION DKS PTOMAÏNKS.
lion; à faire digérer quelques heures à 5U", à exprimer et laver à l'eau distillée. Les liqueurs sont ensuite évaporées à consistance légèrement sirupeuse, puis mises à digérer durant vingt-quatre heures avec trois à quatre fois leur volume d'alcool à % degrés centésimaux. On sépare les substances qui se sont déposées, on évapore l'alcool dans une cornue, et le résidu aqueux est agité avec le benzène. Celui-ci s'empare des impuretés solubles dans ce dissolvant en présence des acides. Le résidu ainsi lavé est additionné d'ammoniaque et de nouveau épuisé par le benzène qui cette fois s'empare des bases volatiles mises en liberté. Ou peut alors aciduler la liqueur, après en avoir chassé le benzène restant, et la traiter successivement par le chloroforme; puis par ce même dissolvant, mais après addition d'ammoniaque ou de carbonate de soude; enfin refaire de nouveau ces deux opérations en liqueur réacidifiée puis réalcalinisée, en se servant celte foi^ d'alcool amylique. Finalement, on retire de ces liqueurs les bases, ainsi successivement dissoutes par chacun des dissolvants employés, en agissant comme il a été dit plus haut.
Celle méthode compliquée ne s'applique pas bien à la recherche des ptomaïnes fixes. Elle risque, en raison de la digestion des liquides et des extraits avec de l'acide sulfurique même étendu, mais en grand excès, de dédoubler certaines substances organiques, telles que les lécilhines, les diastases, les peplones, etc., faisant ainsi naître, grâce à l'action de l'acide minéral sur ces corps très altérables, des alcaloïdes qui ne préexistaient pas dans les liqueurs. Elle ne permet pas d'isoler les ptomaïnes à l'état de pureté. Elle altère quelques alcaloïdes très sensibles à l'action des acides minéraux même éte'adus.
LES PTOMAÏNUS.
Méthode de G. Pouchet. — Elle consiste à précipiter les alcaloïdes par un excès de tannin dans la liqueur suffisamment concentrée privée, après neutralisation, des matières coagulables à l'ébuUition ; puis, après que les tannâtes ont été recueillis et lavés, à les traiter par l'hydrate de plomb en excès en présence d'alcool. Ce dissolvant étant chassé par distillation, il reste une masse sirupeuse qu'on reprend par l'eau et qu'on soumet à la dialyse ; les bases passent à travers le dialyseur. On évapore dans le vide la partie qui a dialysé, et on en extrait successivement les ptomaïnes par l'éther, le pétrole, le chloroforme, etc.
Cette méthode est insuffisante. Le tannin est loin de précipiter tous les alcaloïdes, surtout s'il n'est pas en grand excès et si les liqueurs sont étendues, ce qui est toujours le cas. Enfin, beaucoup d'alcaloïdes fixes ne se dissolvent pas dans l'éther, le pétrole ou le chloroforme.
Méthode de Brieger. — Les matières organiques, lorsqu'elles sont solides, sont hachées puis épuisées par de l'eau faiblement acidulée d'acide acétique S neutralisées presque par l'ammoniaque et portées à l'ébuUition. Il se fait un coagulum qu'on sépare; on filtre et précipite la liqueur par le sous-acétate de plomb. On filtre encore et l'on enlève le plomb par de l'hydrogène sulfuré. La solution débarrassée du sulfure de plomb par filtration à chaud est évaporée dans le vide jusqu'à l'état de sirop, et l'extrait est repris par l'alcooP. Le résidu de l'évaporation de ce dissolvant est traité par l'eau. On fillre, évapore, acidulé
1. Précaution non indiquée par Brieger, mais nécessaire pour coaguler les albuminoïdes dans des liqueurs souvent un peu alcalines.
2. Brieger employa d'abord l'alcool amylique, puis l'alcool ordinaire.
EXTRACTION DES l'TOMAÏNES,
d'acide sulfurique et agite avec de l'éther pour enlever les acides oxyaromatiques. On réduit ensuite la liqueur, par évaporation, au quart de son volume primitif, on enlève l'acide sulfurique par un excès de baryte, on tiédit légèrement pour chasser l'ammoniaque qui est en grand excès et que l'on peut recueillir avec quelques alcaloïdes volatils' ; on enlève l'excès de baryte par un courant d'acide carbonique ; on filtre, on sature d'acide clilorhydrique, on concentre, on ajoute de l'alcool à 90° centésimaux, et on additionne enfin cette solution alcoolique d'un excès de chlorure mercurique dissous dans l'alcool. Il se forme généralement ainsi un précipité de chloromercurates qui augmente encore après vingt-quatre heures. On essore ce précipité, et on le traite par l'eau bouillante ; elle enlève les chloromercurates des ptomaïnes et laisse les chloromercurates de peptones et d'albumines insolubles même à chaud. La solution des chloromercurates d'alcaloïdes est privée de mercure par l'hydrogène sulfuré à chaud. La liqueur contient alors les chlorhydrates des bases qui avaient été précipitées. On l'évaporé, et l'on reprend le résidu par l'alcool. Ce dissolvant laisse, par évaporation nouvelle, un extrait acide qu'on sature et qu'on traite par l'acide phosphomolybdique. On recueille ce précipité, on le lave, on le décompose par addition de baryte et on reprend par l'eau bouillante qui dissout les ptomaïnes, auxquelles on enlève un peu de baryte entraînée grâce à une addition, faite avec soin et à chaud, de la quantité juste suffisante d'acide sulfurique étendu.
On sépare ensuite les diverses ptomaïnes par les moyens que nous indiquerons plus loin à propos de chacune d'elles.