‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 163 sur 213 · VENINS DE POISSONS · texte numérisé non relu

VENINS DE POISSONS

Venins de poissons.

On sait peu de choses précises sur la nature des venins de poissons. A peine a-t-on quelques renseignements sur leur mode de sécrétion et sur leurs effets. Nous empruntons la plupart des détails qui vont suivre à un remarquable travail deM.leD-'Bottard, médecin de la marine, qui a étudié luimême et manié sur place les poissons venimeux. Il a vu ce qu'il raconte, ou l'a expérimenté au laboratoire. Ce savant n'a pas consacré moins de dix années à ces difficiles recherches'. Nous suivrons l'ordre de son travail.

Synancées. — Les synancées {crapauds de mer) doivent être placées dans le groupe des acanthoptérygiens, famille des tryglydées. On les trouve à la Réunion, à Maurice, aux Seychelles, à Java, à Taïti, à la Nouvelle-Calédonie, etc. La piqûre faite par les rayons épineux de ce poisson est quelquefois mortelle.

L'appareil à venin siège à la nageoire dorsale (fig. 11) : ses 13 rayons épineux sont creusés d'une cannelure profonde; chacune communique avec deux petits réservoirs; ils sont clos mais éclatent sous l'influence de la pression, par exemple, si l'on comprime l'animal en marchant

1. Voil" le résumé de ses travaux dans sa thèse inaugurale : Les poissons venimeux, Paris, 1889. Ses recherches techniques, faites au laboratoire du Havre, sont insérées dans la thèse du D' Gressin, 1884. Voir aussi de M. BOTTARD, Communications à la Société de biologie, 1885. — Compt. rend, annuels des travaux du laboratoire du Havre, 1884 à 1888, etc. — Compt. rend. Acad. des sciences, Paris, 1888. — d'ArCOS, Essais sur les accidents causés par les poissons venimeux. Thèses de Paris, 1877. — Carré, Arch. de méd, navale, 1865, p. 136, et 1881, p. 6.3. — CORRE, Arch. de physiolog. norm. et pathol, t. IV, p. 403.

LKS TOXI.NKS.

dessus. Chacun de ces réservoirs, qui sont au nombre de 20, peut contenir 0-,;; de venin. Il y est versé par des glandes ramifiées placées dans le tissu conjoncliC voisin.

FiG. 11. — Synancée brachion.

Ce venin est clair, légèrement bleuâtre lorsqu'on vient de le retirer de l'animal vivant, sans saveur, à peine acidulé. Il se trouble après la mort de l'animal.

Le venin de la synancée produit une mortification rapide des tissus avec douleurs irradiantes atroces. Il agit comme un poison paralysant : sueurs froides, tendance aux syncopes, tremblements nerveux, fièvre. En général, il n'y a ni vomissements, ni diarrhée. La plaie devient phlegmoneuse et se gangrène souvent.

Siluridès. — Quelques siluridès possèdent un appareil à venin, en particulier le phlotose. Il habite les mers du midi de l'Asie et même la mer Rouge; on le trouve à Bourbon, à l'île Maurice. Il vit dans le sable. Son appareil à venin est placé à la base de chacune des épines dorsales et pectorales qui sont canaliculées. La glande est complètement close et ne laisse sortir son venin qu'en se rompant par le fait d'une compression extérieure.

VK.MNS DE POISSOiNS.

La douleur que cause la piqûre est très vive ; quelquefois il y a de la fièvre. Ehrenberg assure qu'on peut en mourir, mais celte terminaison paraît rare.

Espèces du genre vive [famille des tracliynidés). — On connaît quatre espèces de vives : la vive vipère ou 'petite vive, la vive commune (l'une et l'autre fréquentant le nord-est de l'Atlantique), la vive araignée et la vive à tète rayonnée habitant les côtes méditerranéennes. On en a signalé aussi sur celles du Chili. Ce sont des poissons à corps allongé, comprimé latéralement, armés de dents aux deux mâchoires. La vive commune ou grande vive peut avoir G"' 20 à 0™30 de long.

Les vives possèdent toutes un double appareil à venin; l'appareil operculaire et le dorsal. Le premier est le plus dangereux; l'épine de l'opercule présente une double cannelure en connexion avec une cavité conique creusée dans l'épaisseur de la base de l'os operculaire. Le fond du culde-sac de celte cavité, sorte de glande folliculeuse invaginée dans i'os, est revêtu des cellules spéciales qui sécrètent le venin. Les glandes dorsales ont une structure analogue.

Le venin de la vive pris sur l'animal vivant est légèrement bleuâtre, opalescent; il est louche si le poisson est mort. Ce venin paraît neutre. Il coagule par les acides et par les bases.

Il est plus actif sur les poissons que sur les grenouilles, plus actif sur celles-ci que sur les mammifères, il est moins dangereux encore pour les oiseaux.

Il mortifie les tissus vivants et paraît agir comme un poison paralysant; il porte son action sur le bulbe et la moelle et ralentit les mouvements du cœur. On observe du

LliS TOXINES.

tremblement, des convulsions, quelquefois avec spasmes, suivies de paralysie, de larmoiement. Les rats inoculés s'amputent souvent à eux-mêmes le membre atteint.

Cottes. — Elles appartiennent à la famille des triglidés, sous-famille des cetliniens. On en connaît près de quarante espèces habitant les parties froides ou tempérées des mers de l'hémisphère Nord de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie. On les appelle aussi chabots, caramassons, scorpmis. Leur tête (fig. 12) est grosse et déprimée, leur corps épais, leur peau nue. L'opercule est munie d'une épine forte et aiguë.

Fia. 12. — Cotte scorpion.

Le préopercule porte trois épines. Ces poissons, lorsqu'on les irrite, gonflent leurs joues et dardent leurs aiguillons. L'organe à venin siège dans les culs-de-sac que forme la peau de la tête aux épines operculaires et préoperculaires. G'est à la troisième épine préoperculaire (en comptant de haut en bas) que siège l'appareil à venin le plus complet.

La su?' face des cuis-de-sac n'est revêtue des cellules spéciales, à sécrétions ve7ii?neuses, qu'au moment du frai, c'est-à-dire de novembre à fin janvier. En dehors de ces époques l'animal paraît ne pas être dangereux'.

\. C'est là une observation importante et qui n'est pas isolée: les callionymes, de l'ordre des acanlhoptérés, famille des gobiidés, n'ont aussi de

VIÎNINS DE POISSOMS.

Uranoscopes. — Ils font partie de la tribu des acantiioplérygieiis jugulaires, famille des trachinidés, à laquelle appartiennent aussi les vives. On trouve les uranoscopes dans la mer des Indes, le Grand Océan, la Méditerranée. Ils ont le corps cunéiforme tout couvert d'écaillles fines, une grosse tête osseuse, aplatie de haut en bas; les yeux regardent en haut. L'appareil à venin siège à l'épine coracoïdienne à laquelle la peau de l'épaule forme une gaine qui se prolonge en un double cul-de-sac. La surface interne de ce sac est recouverte de cellules à sécrétion peu venimeuse qui se développent surtout à l'époque du frai.

Batrachidés. — Cette famille comprend le genre batraclms et le genre thalassojjhryne. Deux espèces de ce dernier genre possèdent un double appareil à venin, operculaire et dorsal. Une épine forte, creusée d'un canal central, termine l'os de l'opercule. La contraction des muscles destinés à mouvoir cet organe fait sourdre le venin. Il sort d'une poche piriforme d'aspect fibreux, sous forme de gouttelette. L'érection des rayons épineux fait aussi sourdre du venin des épines dorsales.

L'action de ce venin nous est encore inconnue; mais elle paraît se rapprocher des effets de ceux de la Adve et de la synancée.

Murènes. — Les murénides appartiennent à l'ordre des phi/sost07nes, groupe des apodes. Le genre iniirène a

cellules à sécrétion venimeuse qu'au moment du frai. Il en est probablement de même des uranoscopes et des perches (Voir plus loin).

On rappellera que les œufs de brochet sont vénéneux. On sait aussi que le poisson de Tordre des tétrodons, appelle fuQu au Japon, est très vénéneux à l'époque des amours, par sa chair aussi bien que par ses œufs ou son frai, tandis que hors de cette époque il est excellent à manger et inofTensif {Comptes rend. Soc. biolog., 1883, p. 263).

le corps allongé, la peau nue. Ues poissons liabilenl presque toutes les régions tropicales ou subtropicales. Les murènes n'ont pas de nageoires pectorales ; mais les dorsale et anale sont très longues. De chaque côté du museau sont une ou plusieurs rangées de fortes dents recourbées en crochet.

La murène hélène peut avoir l'"i50 de long. Son appareil à venin siège au palais. Il est constitué par trois à quatre dents en forme de crochets mobiles pouvant s'effacer en arrière, non creusées d\in canal. Le venin s'écoule entre ces dents et les replis de la muqueuse du palais. La glande est divisée en plusieurs loges tapissées de cellules spéciales. Ce venin aurait des propriétés digestives puissantes. La morsure de la murène produit une hémorrhagie souvent suivie de syncope.

Scorpènes et Pteroïs. — Ces deux genres appartiennent au groupe des acanthopti'rygiens, famille des triglidés. Le corps des scorpènes est écailleux; leur tête est grosse et épineuse. Elles vivent dans la Méditerranée {rascasse, scorpion de mer), dans la mer des Indes, aux Antilles, etc. L'appareil à venin siège aux rayons épineux de la nageoire dorsale et à ceux de la nageoire anale. Ils sont enveloppés d^me membrane intraradiaire qui leur forme gaine, et

creusés d'une double cannelure au fond desquelles t^ont les cellules qui sécrètent le venin.

Les pteroïs (fig. 13) ont la tête osseuse et épineuse, des rayons simples aux pectorales et

Fig. V,). — Pleio'is volant.

Page 1