Compt. rend. Soc. biolog. (1892), p
ANTITOXINE DIPHTÉRIQUE.
L'animal finit par mourir avec '^0° de température dans le rectum [Courmont et Doyon).
Antitoxine diphtérique*. — Les animaux immunisés contre la diphtérie peuvent fournir un sérum antiloxique, c'est-à-dire qu'injecté en petite quantité dans les veines ou dans le tissu cellulaire d'un animal neuf, ce sérum empêche l'action nocive de la toxine diphtérique, et même en arrête les effets lorsque ceux-ci ont commencé à se produire et que l'animal est déjà en puissance de la maladie.
Cari Freenkel parvint le premier à immuniser les animaux contre la diphtérie en leur injectant avec ménagement des liquides de culture du microbe correspondant filtrés et modifiés par chauffage à 70°. Après lui, Behring recommanda dans le même but les mélanges de cette toxine et de trichlorure d'iode. MM. Roux et Martin employèrent aussi la liqueur de culture du bacille de Klebs-Lœfler ad^ditionnée d'iode : au moment de s'en servir, on ajoute à la toxine 1/3 de son volume de liqueur de Gram (solution d'iode dans Tiodure de potassium), et l'on injecte ce mélange sous la peau. De tous les animaux, le cheval est le plus facile à immuniser ainsi contre la diphtérie. On lui inocule d'abord un quart de cent, cube de toxine iodée au 10% puis de 2 en 2 jours, un demi-cent. cube de la même toxine iodée, enfin un cent, cube, et l'on procède vers le 18° jour à l'inoculation directe de la toxine non iodée dont on augmente la quantité peu à peu. Au bout de deux mois à 2 mois et demi l'animal est entièrement immu-
1. Nous empruntons en grande panie les détails suivants au beau mémoire de MM. C. Roux et L. Martin, Conlrihulions à l'élude de la diphtérie, Annales Inslit. Pasteur, t. VIII, p. 612.
LKS TÛXINIiS.
nisé: il peut recevoir alors sans danger, en injection souscutanée ou dans les veines, 00 et 100 cent, cubes de toxine diphtérique pure très active.
Ainsi préparé, le cheval fournit un sang d'où l'on sépare un sérum antitoxique doué d'un pouvoir préventif supérieur cà 50 000, c'est-à-dire qu'un cobaye auquel on injecte sous la peau une quantité de ce sérum égale à la cinquante millième partie de son poids' peut recevoir quelques heures après 1/2 cent, cube de culture diphtérique récente qui eût été mortelle pour lui s'il n'eût pas subi préalablement cette vaccination.
Non seulement le sérum ainsi produit est préservateur, mais il est thérapeutique, et ces propriétés découvertes par Behring, précisées et rendues définitivement pratiques par Roux auquel on devait déjà la connaissance du poison qu'il s'agissait de combattre, ont conduit au traitement le plus efficace de cette maladie.
Le sérum antidiphtérique doit sou activité spécifique à Vantitoxine diphtérique qui se forme chez l'animal immunisé et qui paraît apte à saturer la toxine diphtérique sans la détruire, ainsi que nous en avons déjà donné les preuves dans la partie générale de ces études (p. 400). La nature de cette antitoxine nous est à peu près inconnue; on sait seulement qu'à la façon de la toxine diphtérique correspondante, elle est altérée par la chaleur, coagulée par l'alcool, entraînée par divers précipités minéraux amorphes et gélatineux, tels que l'alumine ou le phosphate de chaux, qu'on fait naître dans ses solutions.
1. Le cobaye pesant 500 grammes en moyenne, la 50 millième partie de son poids est donc Car, 01, ou environ un ceutième de cent, cube de sérum andiphtérique.
SÉRUM ANTIDIPHTÉIUQLK
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Les animaux qui reçoivent l'anlitoxine diphtérique deviennent réfractaires à la maladie. L'immunité est acquise sur-le-champ, mais elle n'est pas durable; elle disparaît en quelques jours ou en quelques semaines. Cette immunité est donc difiérente de celle qu'on peut conférer péniblement par des injections ménagées et répétées du poison diphtérique lui-même; mais cette dernière méthode protège l'animal beaucoup plus longtemps.
Des doses de sérum très supérieures à celles qui immuniseraient les animaux contre une injection de toxines faite sous la peau, deviennent insuffisantes si le poison est introduit directement dans les veines.
Si la toxine est inoculée la première, il faut, pour sauver les animaux, d'autant plus de sérum qu'on intervient pliis tardivement. Encore, après un certain délai, l'effet thérapeutique peut-il être nul.
Le sérum antidiphtérique n'est pas un antidote dans le sens propre de ce mot. Il agit sur les cellules en les rendant insensibles au poison, ou, ce qui revient peut-être au même, il les excite à. sécréter les substances qui neutraliseront la toxine'.
Si l'on diminue les réactions vitales des cellules en soumettant au préalable les animaux à d'autres maladies infectieuses, ou si on les inocule au même moment avec d'autres virus, tels que le streptocoque, capables d'aff'aiblir pour leur part la résistance de l'économie, le mélange de toxine et d'antitoxine, inerte pour les animaux sains et frais, devient actif et mortel pour ceux dont la résistance et la
1. Il serait nécessaire toutefois de voir si la toxine diphtérique passe dans les urines avec l'antitoxine, ou bien si elle a disparu, auquel cas la neutralisation dont nous parlons serait démontrée.
vilalilé s'est amoindrie par des chocs antérieurs ou simultanés.
MM. E. Roux et L. Martin ont appliqué leurs observations au traitement de la diphtérie confirmée, non seulement sur les animaux mais sur l'homme, et en 1894 ils ont pu annoncer au Congrès international de Dudapesth, qui accueillait leur communication par des applaudissements unanimes, les résultats favorables du traitement de la diphtérie humaine par leur sérum antidiphtérique. Ces résultats mémorables se résument en quelques mots : sur 300 cas de diphtérie traités à cette époque par le sérum de Roux dans les hôpitaux d'enfants, à Paris, la mortahté totale a été de 26 % au lieu de 50 %, qui est la proportion de mortalité ordinaire dans la diphtérie confirmée. La moitié des enfants voués à une mort prochaine a donc été sauvée par ce moyen'.
Depuis, les observations faites en Allemagne par Behring et ses émules sur plusieurs milliers de cas de diphtérie humaine, ont abaissé la moyenne des cas mortels à 17 pour cent environ.
Toxines tétaniques.
Nicolaier a décrit, en 1884, le microbe spécial du tétanos retiré des cultures du pus d'animaux rendus tétaniques par inoculations de parcelles de terre. Le japonais Kitasato obtint le premier à l'état de pureté cet organisme retiré des plaies d'un homme tétanique et montra que l'inoculation de
1. Voir au sujet du traitement de la diphtérie par la méthode de MM. RonnelU-AvUn, Annales de l'Institut toasteur, t. VIII, p. 609; Mémoire déjà cité; Ibid, p. 640, le mémoire de MM. Roux, Martin et Chaillou : Trots cents cas de dipthcrie traités par le sérum antidiplUérique .
TOXINES TÉTANIQUES
ces cultures provoque chez divers animaux le tétanos classique ordinaire ^ Nicolaier a décrit l'agent spécifique de cette maladie comme un bacille long et grêle dont une extrémité présente un renflement colorable et plus tard une spore brillante (fig. 19). Kitasato compléta ces premières observations; il montra que dans le pus des tétaniques, avant la phase de sporulation, le microbe V ^ C"*"^ se présente sous la forme d'un bâtonnet \j ^ 'Il mince, allongé, linéaire. Ce micro-orga- ^ é \\ \ ^ nisme ne se rencontre que dans la plaie ^ ^ et dans le pus qu'elle occasionne; il ne Fig. 19. — Tétanos. pénètre, pas dan^les vaisseaux ou les tissus. Le bacille tétanique résiste, quelques minutes du moins, à la température de 100°. Il est anaérobie.
Pour l'obtenir à l'état de pureté, on le cultive dans les milieux liquides, bouillons de bœuf, de veau, de poule (1 partie de viande et 2 d'eau), placés dans le vide ou dans une atmosphère d'azote ou d'hydrogène. On réussit le mieux à 38-39". Après 24 heures le liquide se trouble, la liqueur devient alcaline et la fermentation se ralentit. Elle s'arrête tout à fait du 15" au 18° jour. En se développant ainsi, le bacille tétanique dégage de l'acide carbonique mêlé d'un peu de gaz hydrocarbonés, et donne naissance à une substance inconnue d'une odeur pénétrante spéciale et caractéristique.
Les cultures peuvent aussi se faire sur sérum coagulé, sur gélatine, ou dans le sang frais.
L'action de l'air et de la lumière enlève peu à peu à ce bacille toutes ses propriétés virulentes.
1, Le bacille du tétanos. Zeitsch. fiïr Ilyg., nov. 1889.
2. Voir pour les cultures du bacille de Nicolaier le mémoire de MM. Vaillard et Vincent, Institut Pasteur, t. V, p. 2.
Le bacille lélanique ne pénétrant pas dans les tissus, et la plaie où il peut végéter étant souvent insignifiante, il faut qu'il agisse en sécrétant une substance soluble, une toxine d'une activité extrême, apte à dialyser et à se répandre dans l'économie. 11 est facile de démontrer l'existence de ce poison dans les milieux où le bacille a vécu. Si l'ou filtre sur biscuit une culture de bacille tétanique, on obtient un liquide privé de tout germe et d'une toxicité considérable, s'il arrive dans le sang ou le tissu sous-cutané; sai;is vénénosité appréciable s'il pénètre par l'estomac*. Une quantité minime injectée sous la peau ou dans le sang des animaux fait éclater la maladie. Un 800" de cent, cube produit un tétanos mortel en GO heures chez le cobaye. Un millième de cent, cube, soit 0'"' ,001 environ, et même 0""^ ,0002 de ces cultures peuvent tuer cet animal en 3 jours-.
La quantité de toxine réelle contenue dans cette minime parcelle de solution toxique est extrêmement petite. En effet, un centimètre cube de ce liquide séché dans le vide laisse 0^'',040 de résidu sec, contenant environ O^^O^o de matière organique. Si l'on admettait que cette dernière fût tout entière constituée par de la toxine pure, d'après les nombres ci-dessus la millième partie de ces 2o milligrammes ou 0^', 000 025 et même la 5000° partie ou 0^'", 000 003, tueraient donc un cobaye du poids de oOO^'". Cette matière intoxiquerait ainsi de 20 millions à 100 millions de fois son poids de matière vivante. Nous avons vu (p. 342) que cette toxine peut être encore plus active et arriver à tuer au moins 500 millions de fois son poids de cheval;
1. Voir le moyen d'augmenter celle loxicité par des culLures successives en Annales Inst. Pastaw, t. V, p. Iti.