‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 184 sur 213 · Vaillard, Compt. rend. Acad. sciences, t. CXX, p · texte numérisé non relu

Vaillard, Compt. rend. Acad. sciences, t. CXX, p

TOXINES TÉTANIQUES

eL celle appréciation de la puissance loxique de ce venin est encore certainemenl bien au-dessous de la réalité, puisque dans ce calcul nous avons admis que toute la matière organique des cultures de tétanos est virulente^, ce qui n'est certainement pas.

Quelle est la nature de ce poison? A la façon des venins proprement dits et de la plupart des toxines virulentes, en particulier de celles du charbon, il se compose de deux parties, l'une accessoire, formée de corps alcaloïdiques; l'autre principale qui, étant donné son altérabilité à la chaleur, à l'air et à la lumière, aussi bien que son incomparable puissance, paraît de nature diastasique.

Nous avons déjà décrit (p. 188) latétanine, la tétanoloxine, la spasmotoxine et une quatrième ptomaïne. Elles ont été extraites par Brieger en 1886 et 1887, des cultures du bacille de Nicolaier. La tétanine C"H^"Az^O* détermine, à la dose de quelques milligrammes chez le cobaye, tous les désordres classiques du tétanos; la seconde, la tétanoloxine, est moins vénéneuse que la précédente, mais produit aussi des convultsions. La spasmotoxine paraît très peu toxique. Enfin une dernière base obtenue en faible proportion, très active et tétanisante, excite la sécrétion des larmes et de la salive., Il est vrai que quelque temps après ces premières études, Brieger et Fraenkel ayant séparé des cultures pures du bacille tétanique de Kitasato une toxine protéique ou toxalbumine, attribuèrent à celle-ci tous les désordres du tétanos. Mais, s'il est vrai que cette toxalbumine est, en effet,, l'agent le plus redoutable qui se forme dans les cultures tétaniques, les ptomaïnes de Brieger avec leur puissance tétanogène spécifique, ptomaïnes qui dérivent des albumotoxines par voie d'iiydralation plus avancée, n'en accom-

pagnent pas moins les toxines proléiques dont ils sont comme les satellites. Ce môme fait se reproduit pour toutes les toxines comme pour les venins; nous avons vu que dans toutes, ou presque toutes, lés sécrétions toxiques ou venimeuses, les loxalbumines et nucléines toxiques sont toujours mélangées de ptomaïnes généralement moins toxiques qu'elles, mais concourant à leur action ou la préparant. Il est certain que la tétanine, dont le chlorhydrate à la dose de O^^OS provoque chez la souris des accidents tétaniques, n'est pas l'agent essentiellement actif des cultures du microbe de Nicolaier, mais cette tétanine et les autres bases qui l'accompagnent n'en existent pas moins dans ces cultures, même lorsqu'elles sont parfaitement pures; elles préexistent à l'action des réactifs; elles contribuent à l'action complexe de ce qu'on appelle la toxine du tétanos.

La toxine proprement dite, la toxalbumine de Brieger et Fraenkel, de Vaillard et Vincent, deTizzoni et Canttani, etc. est une substance diastasique. En effet, son activité est profondément modifiée lorsqu'on la chauffe 40 minutes à 60 degrés; un chauffage de 30 minutes à 65° en vase clos la détruit en partie, alors que cette température est incapable de tuer le microbe lui-même. Si l'on chauffe ces cultures à 70-7S% et même à 80% et si l'on en injecte une dose suffisante aux animaux ils sont encore intoxiqués*. Conservées en vase clos à l'abri de l'air et de l'obscurité, les cultures filtrées gardent toute leur puissance. Elle disparaît, au contraire, assez rapidement à l'air, surtout en présence de la lumière, grâce à un phénomène d'oxydation. L'acidification par l'acide tartrique ne modifie pas la toxicité de ces cultures.

\. Annales de l'Institut Pasteur, t. VI, p. 387.

TOXINES TÉTANIQUES

Evaporées elles laissent un résidu brun amorphe qui, repris par l'alcool, abandonne à ce dissolvant une faible quantité d'une substance d'odeur vireuse rappelant la vieille pipe et peu ou pas toxique [Nicomorhuine ?) La partie restée indissoute est amorphe, ambrée, inodore, très soluble dans l'eau. Injectée à faible dose au cobaye elle lui communique un tétanos mortel. La substance toxique traverse très lentement les dialyseurs.

Comme le poison diphtérique, la toxine tétanique possède la propriété d'être entraînée en partie par les précipités gélatineux produits au sein de sa solution. L'alumine, et surtout les phosphates tribasiques et bibasiques de chaux, se chargent du poison, et ces précipités soigneiisetnent lavés, insérés à petites doses sous la peau, déterminent un tétanos typique mortel. Toutefois, même après 6 précipitations successives de phosphate dans la même liqueur (Je culture filtrée, celle-ci reste encore très active; elle contient de la toxine en quantité, ou une toxine spéciale que le phosphate calcique est impropre à entraîner'.

Un demi-milligramme de ce précipité calcique provoque chez le cobaye un tétanos mortel. La matière organique totale de ce demi-milligramme pèse environ 0°^00015.

Les cultures tétaniques actives possèdent la propriété de liquéfier la gélatine grâce à une diastase que sécrète le bacille. Celle-ci constitue-t-elle le vrai poison ? MM. Vaillard et Vincent ont remarqué que toute culture de tétanos atténuée par la chaleur, par l'oxydation et la lumière, etc..

1. J'ai démontré depuis longtemps que c'est aussi ainsi que les choses se passent pour la pepsine, ou plutôt les pepsines, du suc gastrique. La soie enlève une pepsine spéciale, soluble, incapable de donner des peptones complètes, et laisse la pepsine proprement dite quelle qu'ait été la quantité de soie qu'on ait employée.

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