Comptes rendus Acad sciences, t. CXIII, p. l'iS
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Du bouillon peplonisé, ensemencé avec une culture sur aijar de pus blennorrhagique récent, fournit une liqueur trouble contenant un microcoque disposé en chaînons de deux ou en amas, et doué d'un mouvement d'oscillation. Ce microbe ne liquéfie pas la gélatine et présente les caractères extérieurs du gonocoque de Neisser.
Le liquide oi^i il s'est développé, filtré sur biscuit et précipité par trois fois son volume d'alcool à 90" centésimaux, laisse déposer des flocons qui, après lavage à l'alcool, sont redissous dans l'eau et refiltrés sur biscuit. La liqueur aqueuse, de nouveau reprécipitée par l'alcool, forme un dépôt amorphe, blanc jaunâtre, très soluble dans l'eau, ayant presque toutes les propriétés des albuminoïdes.
Cette matière ne se coagule ni .par la chaleur, ni par l'acide azotique. Elle précipite lentement par le ferrocyanure de potassium acétique ; le sulfate de magnésie ne la trouble pas. Elle ne possède aucune action diastasique sur l'amidon, le sucre de canne, la fibrine. A l'air libre, ses solutions se putréfient rapidement.
x\ l'incinération ce corps ne laisse pas de cendres en quantité appréciable. Il ne contient pas de soufre, mais bien du phosphore et 11, 43 pour cent d'azote. Ces caractères le différencient entièrement de la plupart des albuminoïdes ordinaire.'" et le rapprochent des nucléïnes.
Les propriétés toxiques de cette substance sont très spéciales : elles semblent ne se manifester que sur le testicule. Le produit de culture du gonocoque filtré sur biscuit et inséré sous la peau, ou déposée sous l'œil ou dans l'urèthre d'un chien, n'occasionne aucun désordre; mais si on l'injecte dans le testicule d'un jeune animal, en quelques heures il détermine une orchite suraiguë; les enveloppes de la glande
TOXINES DU GONOCOQUE. 605
sont perforées, le pus s'écoule et le testicule disparaît. Chez les chiens âgés, l'orchite se termine par l'atrophie testiculaire.
Le microbe de Neisser se développe assez difficilement dans une solution d'asparagine et dans ces conditions ne produit plus sa matière phlogogène spécifique.
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La découverte capitale des organismes de l'air et de leurs rapports de cause à effet avec les fermentations dont ils sont les agents nécessaires a été le prélude des mémorables travaux de Pasteur sur les maladies infectieuses. L'analogie des virus et des ferments figurés, des maladies et des fermentations, fut pour la première fois démontrée par lui vers 1865, et les méthodes qui permettent de sélectionner et de cultiver les races de levures furent dès lors appliquées à la culture des virus et à leur transformation en vaccins. C'est l'œuvre du génie de Pasteur. Quant au mécanisme par lequel les microbes nuisibles atteignent l'économie et produisent l'état pathologique, il resta indéterminé jusques au jour de la découverte des ptomaïnes ou poisons alcaloïdiques des fermentations bactériennes (1872). Je séparai et analysai le premier ces poisons, et j'établis que les microbes agissent par leurs sécrétions vénéneuses, par leurs ptomaïnes, mais non par elles uniquement, car le poison septique de Panum n'était pas alcaloïdique. Dix années après, généralisant cette conception, je montrai que les organes et les tissus sains vivent partiellement de la vie anaérobie de la plupart des microbes pathogènes, et produisent comme eux des matières offensives qui, lorsqu'elles ne sont pas éliminées ou détruites, provoquent les désordres de la santé. Ces vues générales (1882) furent précisées par M. Charrin, et M. Bouchard qui démontrèrent que la maladie résulte bien d'une intoxication de cause
CONCLUSION
chimique, d'un poison soluble exempt de toute forme ligurée, ce poison ayant du reste élé sécrété soit par le microbe spécifique du yivus correspondant, soit par l'organisme lui-même.
Toutefois, et j'avais fait celte réserve, les poisons alcaloïdiques, ptomaïnes ou leucomaïnes, ne suffisent pas à expliquer les désordres morbides observés. En 1883, Weir Mitchell découvrait dans les venins de serpents les premiers ferments toxiques de nature albuminoïde, et peu d'années après, MM. Roux et Yersin faisaient les mêmes observations dans le domaine des virus. Ils démontraient en 1887 que le poison diphtérique est de nature proléique et zymasique. On s'habitua dès lors à donner le nom général de toxines à ces substances offensives complexes, quelle que fût leur nature, auxquelles il faut attribuer la cause des intoxications morbides. J'ai montré dans cet Ouvrage que la démarcation précise entre les ptomaïnes ou leucomaïnes alcaloïdiques et les toxines albuminoïdes n'existe ni physiologiquement ni chimiquement, et qu'elles passent insensiblement des unes aux autres.
A l'empoisonnement que provoquent ces substances, l'économie résiste par élimination et oxydation des toxines, et par deux autres mécanismes jusque-là bien imprévus. D'une part, elle détruit la semence virulente apte à pulluler indéfiniment si elle n'élait anéantie grâce au pouvoir phagocylaire des globules blancs du sang; c'est là la belle découverte de Metchnikoff; d'autre part, atteints par les toxines, nos organes tendent à réagir et à' se défendre en vertu de cette propriété des cellules vivantes, reconnue par Behring, de produire, surtout chez les vaccinés, un contrepoison, une antitoxine qui com-
CONCLUSION
pense l'effet du poison. On sait tout le parti que Behring, Vaillard, Tizzoni, Marmorek, Calmelte, et surtout Emile Roux ont tiré de ces observations en créant la sérothérapie.
L'idée de cette méthode pleine d'avenir avait été précédée des conceptions brillantes de Brown-Séquard. L'économie sécrète des poisons et des ferments; pourquoi ceuxci, comme ceux-là, n'agiraient-ils pas sur les divers organes, par l'entremise des humeurs, pour créer en eux une excitation, une modification nutritive plus ou moins durable ? La glande testiculaire est de celles qui paraissent se comporter ainsi. Brown-Séquard montra l'influence de ses extraits sur la nutrition, et généralisant aussitôt, il eut la hardiesse de penser que les glandes closes fournissent à l'économie l'un ou l'autre des ferments qui, directement ou indirectement, contribuent à l'assimilation et à la nutrition générale. L'expérience a donné raison à cette conception puissante ; nous connaissons aujourd'hui, en partie du moins, les ferments issus de ces glandes et l'influence qu'ils exercent pour régulariser les fonctions générales, créant ainsi entre les organes une symbiose dont le mécanisme était resté jusque-là tout à fait ignoré.
Ainsi s'est élevé peu à peu, en moins de quarante années, grâce à un effort commun, le magnifique édifice de nos doctrines physiologiques et médicales modernes. Notre pays peut en revendiquer sa large part. Puissent dans le silence de leur laboratoire et de leur pensée utilement continuer à travailler en paix ceux qu'anime et soutient l'amour de la vérité.