Voir Comf1. Rend. Acad. sciences, t. CXIV, p
LES PTOMAÏNRS.
Les bases ainsi précipitées par le sel de cuivre à froid, et mises ensuite en liberté par l'hydrogène sulfuré, ont à la fois les caractères acide et basique. Elles donnent des chloroplatinates solubles et cristallisables. Leurs propriétés rappellent celles des acides carbopyridiques et carboquinoléïques.
2° Des bases précipitables par l'acétate de cuivi^e lorsqu'on porte un instant la liqueur à l'ébullition. Ce sont les bases xanthiques.
3° Des bases que l'acétate de cuivre ne précipite ni à froid ni à chaud. Les liqueurs d'oii ont été séparées les bases précipitables par l'acétate cuprique sont privées de l'excès de cuivre par l'hydrogène sulfuré, puis évaporées à sec. En reprenant le résidu par l'alcool, il peut rester de la guanine, de la créatinine et même de la créatine insolubles, tandis que se dissolvent les bases telles que la névrine, la choline, les polyméthylènediamines, les butylènesdiamines et bases analogues, la neuridine, les éthylènimines, les bases hydropyridiques, des alcaloïdes qui donnent abondamment du pyrrol lorsqu'on les distille avec de la chaux, enfin des peptones. On peut séparer ces dernières par addition de sous-acétate de plomb ammoniacal.
C'est ce troisième groupe des Bases B que, par sa méthode, Brieger a surtout obtenues (voir p. 63), parce que ce sont celles qu'on précipite par le chlorure de mercure alcoolique.
Presque toutes ces bases sont vénéneuses.
Bases C. ' — La liqueur alcoolique d'où les Bases B ont été précipitées par le sublimé (Voir p. 66) est libérée d'alcool par distillation, privée de mercure par l'hydrogène sulfuré, bouillie, filtrée, traitée par l'acétate de plomb. La liqueur filtrée, débarrassée de plomb par l'hydrogène sulfuré, cou-
EXTRACTION lîT SÉPARATION DES PTOMAÏNES.
lient maintenant de nouveau tous ses alcaloïdes à l'état d'acétates. En évaporant à sec, la créatine et les bases analogues restent insolubles lorsqu'on reprend ce résidu par l'alcool faible. La liqueur privée de ce dissolvant par distillation peut dissoudre encore des corps alcalins tels que l'oxéthylénamine, la méthylguanidine, etc., bases que l'on sépare, suivant les cas, par l'emploi successif de l'acide picrique en liqueur acide*, par cristallisations fractionnées de leurs chloroplatinates, etc.
Presque toutes ces bases, que le sublimé ne précipite pas, sont vénéneuses. Elles sont en général moins abondantes que les précédentes.
De chacun des groupes de Bases A, B, C précédents ainsi que des sous- groupes que l'on vient d'indiquer, il est alors relativement facile de séparer chacun des termes qui les composent en suivant les méthodes connues qui permettent, après les avoir ainsi distribués en familles, d'isoler successivement chaque base. Nous en avons donné un exemple à propos du groupe des Bases A (p. GG).
C'est en suivant cette marche que j'ai pu séparer à peu près complètement les divers composés basiques qu'on rencontre dans le bouillon musculaire ou dans l'extrait de viande.
Dans les cas les plus ordinaires, les méthodes que je recommande sont celle de S tas, avec les modihcations que j'y ai apportées et que je décris plus haut (p. o5), et celle au phosphomolybdale de soude. La première convient mieux
1. Lps picrates d'alcaloïdes crislalliseut souvent en liqueurs plus ou moins concentrées ; on les sépare, on les lave, on les redissout dans l'acide clilorhydrique. et, l'on épuise la liqueur en l'agitant avec de l'éther qui enlève l'acide picrique et laisse les chlorhydrates des bases.
LliS l'TOMAÏiNKS.
pour la recherche des plomames; la seconde, pour la séparation des leucomaïnes^
Pureté des dissolvants. — Lorsque dans la méthode de Stas modifiée, on a recours aux divers dissolvants, alcool, éther, chloroforme, alcool amylique, benzine, etc., il faut se préoccuper de la pureté de ces menstrues surtout au point de vue des alcaloïdes qu'ils peuvent contenir quand ils sont impurs ou industriels, et d'autant plus qu'on les emploie en plus grandes quantités. Pour l'alcool ordinaire, nous avons dit que celui de grains ou de betteraves peut contenir à l'état naturel diverses bases en petite proportion. L'alcool qu'on emploie doit avoir été préalablement agité avec de l'eau acidulée d'acide sulfurique ou tartrique et redistillé en présence de ces acides étendus. — L'alcool méthylique du commerce peut contenir un peu de pyridine [OEchsner de Coninck). — L'élher doit avoir été lavé à l'eau acidulée d'acide chlorhydrique et redistillé. Il en est de même de Talcool amylique qui, presque toujours, contient des bases diverses, en particulier de la série pyridique, ainsi que les deux bases de Schrœler G^H'^Az^ et G'°H"^Az'', citées plus haut. Il faut agiter aussi au préalable et à plu-
\. On a indiqué beaucoup d'autres méthodes pour extraireles ptomaïnes. La plus simple, et que je cite à ce titre, est celle de M. Ch. Bouchard, reprise par Griffiths. Elle consiste à alcaliniser les solutions avec du bicarbonate de soude et à les agiter ensuite avec leur demi-volume d'éther pur. Après dépôt et filtration, l'éther est à son tour épuisé par une solution d'acide tartrique qui s'empare des ptomaïnes. La solution tartrique étant concentrée, on l'alcalinise avec du carbonate de soude et on l'agite à plusieurs reprises avec de l'éther. L'évaporation de la liqueur laisse les ptomaïnes à l'état libre. On voit que par ce procédé on sépare seulement les ptomaïnes que l'éther est apte à enlever à l'eau et qui sont solubles dans ce dissolvant. L'éther dissout surtout les ptomaïnes volatiles ou peu oxygénées.
Extraction kt séparation pks ptomaïnes.
sieurs reprises ce dissolvant avec de l'eau acidulée d'acide sulfurique, et le reclifier avant de s'en servir.
Les autres dissolvants, chloroforme, essence et huile de pétrole, benzine, toluène, etc.. peuvent être lavés aux acides étendus et rectifiés; mais ils ne contiennent pas, ou que des traces, de pyridine ou d'autres alcaloïdes.
De tous ces dissolvants, l'alcool amylique est le plus précieux, puisqu'il suffit d'agiter ensuite ce liquide avec de l'eau acidulée d'acide sulfurique, puis d'enlever par la baryte l'acide ajouté, pour obtenir les ptomaïnes à l'état libre.
Séparation des albumotoxines d'avec les bases proprement dites. — Lorsque d'une liqueur vénéneuse, d'un bouillon de culture, d'une sécrétion, etc., on veut extraire toutes les parties actives, en particulier séparer les ptomaïnes des toxines (voir IIP Partie), il convient de précipiter d'abord ces dernières par un léger excès de sulfate d'ammoniaque employé pur et en poudre qu'on ajoute au liquide froid légèrement acidulé d'acide acétique (les toxines s'altèrent souvent à chaud et sous l'influence des moindres quantités d'acide minéral ou d'alcalis libres). A l'exception des toxines peptoniques, les albumotoxines se précipitent sous l'influence de l'excès du sel magnésien. Nous verrons plus loin comment on les sépare. La liqueur filtrée est évaporée dans le vide et reprise par l'alcool à 60° centésimaux qui laisse la majeure partie de sulfate d'ammoniaque ajouté ; l'alcool soumis à la distillation laisse un résidu qu'on dissout dans l'eau et qu'on traite par le sous-acétate de plomb ammoniacal pour précipiter les peptones s'il y en existe*.
1. Si l'on poursuit spécialement Télude de ces peptones, on peut laver le précipité plombique, le décomposer par H^S, évaporer et reprendre par de l'alcool à SS» centésimaux, qui dissout les peptones.
LES l'TUMAÏNKS.
La liqueur mise à bouillir avec un excès d'eau pour en chasser l'ammoniaque est privée de plomb par PFS et le filtratum est enfin traité par l'une des méthodes ci-dessus indiquées pour l'extraction des ptomaïnes.
Recherche des autres parties actives d'un produit naturel ou d'une culture. — Dans les recherches faites pour étudier le mécanisme des effets toxiques d'un fruit vénéneux, d'un extrait, d'un venin, d'une excrétion, d'une liqueur, ou même simplement dans les expertises toxicologiques, on peut être amené à se préoccuper de l'existence de substances appartenant à la famille des glucosides. On sait que des poisons très actifs, l'ouabaïne, la strophantine, la rosaginine par exemple, appartiennent à cette famille; que d'autres, tels que la digitaline, la tanghinine retirée du poison des flèches malgaches, doivent en être aussi rapprochées.
Dans ces cas, pour l'étude complète d'un produit vénéneux, on peut suivre la méthode suivante :
Après avoir pulvérisé la matière, s'il y a lieu, on l'épuisé par de l'eau acidulée à 0^'',25 d'acide oxalique pour cent. On filtre et l'on évapore la liqueur dans le vide. Le résidu est repris à chaud par de l'alcool à 80" centésimaux ; on évapore ce dissolvant et l'on redissout le résidu dans de l'eau tiède. La liqueur est presque neutralisée par du carbonate de soude et précipitée par l'acétate de plomb sans excès; on filtre encore et l'on précipite le filtratum par du sous-acétate de plomb. Le précipité plombique (A) qui se forme, contient les glucosides 1; la liqueur claire (B) contient les alcaloïdes.
1. Quelques très rares glucosides ne précipitent pas par le sous-acélale de plomb. On peut retrouver ceux-ci en chassant le plomb de la solution
"2 SEPARATION DKS PTdMAÏNES PUS AUTRES PIIODUITS ACTIFS.
Celle-ci privée de plomb est traitée comme on l'a dit plus haut (p. g;]) pour l'extraction et la séparation des bases.
Quant au précipité plombique (A) il est broyé avec de l'acide sulfurique étendu jusqu'à ce qu'après un contact de vingt-quatre heures, il reste un petit excès de cet acide apte à bleuir le violet de méthyle en solution étendue. On reprend le magma par de l'alcool à 60° centésimaux chaud et on l'évaporé. L'extrait, mêlé de chaux éteinte, est repris une deuxième fois à chaud par l'alcool à 60° centésimaux. La solution alcoolique préalablement additionnée d'un peu d'acide oxalique en solution pour précipiter quelques sels calcaires, est filtrée, puis évaporée dans le vide. Dans ces conditions, les glucosides, s'il en existait dans le résidu (A), cristallisent généralement.
Si le produit obtenu n'était pas pur, on pourrait le laver avec de l'éther, redissoudre la partie insoluble dans la quantité d'eau suffisante, et saturer à refus au bain-marie par un mélange de sulfate de magnésie et de sulfate de soude, mélange qui précipite les glucosides. On les redissout alors dans l'alcool à 60" tiède et on les fait cristalliser.
Tel est l'ensemble des méthodes qui permettent de séparer d'un organe, d'un bouillon de culture, d'une excrétion, etc., les produits vénéneux ou actifs, ptomaïnes, leucomaïnes, toxines albumineuses, etc., et les glucosides euxmêmes qui, dans les produits naturels, peuvent s'y rencontrer seuls ou mélangés avec ces bases.
par ll^S, portant alors à l'ébuUition, concentrant dans le vide et additionnant la liqueur de sulfate de magnésie en poudre et de sulfate de soude. Ces sels précipitent les glucosides. En filtrant, évaporant dans le vide et reprenant par de l'alcool chaud, on dissout les sels des alcaloïdes s'il y en existe, et on les sépare entre eux comme il a été dit (p. 63).