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III. — Ptomaïnes non analysées

Toutes les plomaïnes jusqu'ici décrites ont été analysées ; leur composition, et quelquefois leur constitution nous est connue. Il n'en est plus de même de celles dont nous allons parler, qui, vu leur petite quantité, ou pour d'autres causes, n'ont pas été soumises à l'analyse.

Mydaléïne.

Cette ptomaïne accompagne, d'après Brieger, la neuridiue, la choline, la cadavérine, la putrescine et la saprine dans les cadavres humains abandonnés sept à huit jours à la putréfaction. Elle augmente jusqu'au vingt-quatrième

l'IO.MAÏ.M'.S N(».N ANAl.YSKKS.

jour. La mydaléïne a été isolée, comme les autres bases qu'on vient de nommer, en la précipitant, par le chlorure mercurique, dissous dans l'alcool, de l'extrait alcoolique des matières animales. Ce précipité n'est toutefois insoluble que dans l'alcool absolu, et même, dans ce cas, la mydaléïne ne se précipite qu'en partie. Après avoir transformé les bases en chloroplalinates, on sépare des eaux mères le chloroplalinate de mydaléïne qui est le plus solul)le.

Le chlorhydrate de celte base ne cristallise que très difficilement, même après un long séjour dans l'exsicateur. Il est très hygroscopique. Il forme avec le chlorure platinique des aiguilles microscopiques ; avec le chlorure d'or, des gouttelettes huileuses. L'acide phosphomolybdique donne un précipité jaune amorphe; l'iodure mercuricopotassique, des gouttelettes jaunes. Il précipite le réactif de Bouchardat. Le ferricyanure de potassium mêlé de perchlorure de fer étendu est immédiatement réduit par ce sel et donne du bleu de Prusse.

L'analyse du chloroplatinate a donné à Brieger : Pt = 38,74 ; G =: 10,83; H = 3,23. Il semble, d'après ces chiffres incomplets (l'azote n'ayant pas été dosé) que cette base constitue une diamine à 4 ou 5 atomes de carbone.

De petites quantités de mydaléïne injectées à des lapins déterminèrent une augmentation de la sécrétion nasale et buccale. Peu à peu se produisit un larmoiement qui devint trouble et blanchâtre. Les pupilles se dilatèrent, les conduits auditifs s'injectèrent d'une façon extraordinaire. La température s'élèva de 1 à 2 degrés. Le poil était hérissé, et de temps en temps les animaux étaient secoués par un frisson. Peu à peu la salivation diminua. La respiration et l'activité du cœur d'abord accélérées, se ralentirent, la

LKS l'TOMAÏNiiS.

température baissa et les animaux se ranimèrent. Il y avait tendance marquée au sommeil ; l'intestin était le siège de mouvements péristaltiques accentués.

Injectée à dose plus élevée (mais au dessous de 0^'',005 chez le cobaye) cette substance détermina des troubles violents suivis de mort. La sécrétion salivaire fut très abondante chez le chat : il y eut une diarrhée profuse, et des vomissements épais et blanchâtres. L'animal était pris d'un tremblement généralisé qu'accentuaient les excitations extérieures.

Lorsque l'action toxique atteint son maximum, les extrémités postérieures d'abord, puis les antérieures sont paralysées. Le sujet tombe sur le ventre. Sa respiration devient pénible et bruyante. Parfois l'animal relève la tête, faisant des efïbrts violents pour respirer, exécutant des mouvements de défense avec ses membres et retombant anéanti. Peu à peu sa température baisse, ses mouvements deviennent plus faibles et il s'éteint dans une sorte de coma, le cœur en diastole, les intestins et la vessie contracturés.

Tirotoxine ou tirotoxicon.

Brieger n'a retiré des fromages putréfiés que de la neuridine ou de la triméthylamine. Toutefois, en 1883 et 1884, dans l'État de Michigan, à la suite de l'empoisonnement de près de trois cents personnes par des fromages suspects Vaughan* remarqua que, sans que le goût ni l'odeur de ces aliments offrît à première vue rien de bien

1. Zeitsch. f. physiol. Cliem. , t. X , p. 146. Nous reviendrons plus loin sur les substances vénéneuses des fromages examinées par Vaughan.

PTOMAÏNKS NON ANALYSÉKS.

particulier, ils présentaient à leur surface de nombreuses gouttelettes riches en microcoques. L'auteur isola de ces fromages une substance vénéneuse ; il l'obtint en les épuisant par de l'eau acidulée, sursaturant de potasse, puis agitant avec de l'éther; le résidu de cette évaporation fut repris par Teau, et le nouveau résidu laissé par cette solution une fois encore épuisé par l'éther qui, évaporé dans le vide, laissa des cristaux en aiguilles microscopiques. Elles étaient formées d'une substance, le tirotoxicon , qui se décompose, lorsqu'on le chauffe à 90° avec de l'eau. Les essais faits pour le précipiter par les sels de mercure ou de plomb et le séparer ensuite par l'hydrogène sulfuré n'ont pas réussi. Cette matière paraît plus stable en présence des bases.

Sa solution essayée sur les animaux produisit les phénomènes d'empoisonnement occasionnés par les fromages vénéneux , à savoir, une sorte d'état cholérique avec diarrhée profuse , vomissements , douleurs précordiales et stomacales, langue sèche et rouge, pouls faible, irrégulier, cyanose et mort.

Il est très loin d'être démontré que la tirotoxine ou le tirotoxicon soit une vraie base. Elle ne donne pas les réactions habituelles des alcaloïdes. Traitée par le chlorure de platine, il est vrai que sa solution alcoolique forme une combinaison. Mais, d'après Vaughan, elle ferait explosion quand on la chauffe au bain-marie. La tirotoxine réduit le mélange de sels ferriques et de ferricyanure et donne ainsi du bleu de Prusse. A l'air cette substance s'altère et se change en une matière acide.

Si sur une assiette de porcelaine on place deux gouttes d'acide sulfurique et de phénol concentré et une trace

LES PTOMAÏNES

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de solution de lyroloxine, on obtient une coloration orangée.

La tyrotoxine jouit d'une odeur forte de vieux fromage.

Elle a été signalée par divers auteurs dans le lait gâté.

De 16 kilogrammes de fromages ayant provoqué des accidents graves, Vaughan n'a retiré que 1 gr. à un demigramme de tyrotoxine. Il est probable que ce'n'estlà qu'un agent très secondaire de l'intoxication, car la quantité de tyrotoxine qui répondrait au poids de fromage reconnu capable de produire l'empoisonnement serait presque insignifiante.

Ptomaïnes des urines normales.

J'ai toujours trouvé dans les urines normales une très petite quantité d'alcaloïdes toxiques et volatils qui m'ont paru avoir la plus grande analogie avec les ptomaïnes de la putréfaction, liquides comme elles et possédant aussi l'odeur d'aubépine. M. Bouchard a fait les mêmes remarques. Il a observé en outre que les poisons des urines correspondant au sommeil sont différents de ceux des urines de la veille. Celles-ci sont surtout narcotiques et amènent la fatigue des centres nerveux et le sommeil, tandis que les toxines qui se forment lorsque Ton dort sont plutôt tétaniques et convulsivantes et tendraient à provoquer le réveil.

Mais l'action toxique des urines ne tient pas principalement aux petites quantités • d'alcaloïdes qu'on y rencontre ; on verra qu'elle est en grande partie due à leurs matières extraclives. Nous y reviendrons dans la IP Partie de cet Ouvrage.

PTOMAÏNKS NON ANALYSÉES.

Ptomaïnes du pain gdlé.

On a souvent signalé des empoisounemenls par le pain moisi ou gâté ou par les farines avariées. Ils paraissent surtout dus aux ptomaïnes et toxines sécrétées par les moisissures et les microbes; mais aucun produit toxique bien défini n'a été encore retiré de ces aliments suspects. Zenoni et Brugnalelli ont extrait du pain moisi un alcaloïde très vénéneux, qui présente quelques-unes des réactions de la strychnine'. On a signalé aussi des substances alcaloïdiques diverses dans le maïs gâté. Lombroso et Dupré donnent à l'une d'elles le nom de pellagrozéine^. Ce sont là des corps mal définis dont l'étude chimique n'a pas été faites

Viai},des passées ou corrompues.

On a publié de nombreux empoisonnements par les viandes gâtées : saucisses, jambons, préparations de charcuterie, conserves de viandes ou de poisson passées ou douteuses, etc. Maas a essayé d'extraire les principes vénéneux de ces aliments suspects. Il a reconnu que ceux-ci étaient, au moins en partie, alcaloïdiques, et il paraît être arrivé à séparer quatre ptomaïnes différentes; mais il n'a pu les obtenir pures, ni les analyser. De ces bases, certaines provoquaient une sorte d'empoisonnement strychnique; d'autres agissaient à la façon de la morphine*. On a Vu (p. 122) que Brieger a reconnu que, dès qu'elles commencent à s'altérer, les viandes fournissent de la choline et de la né-

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