II. Acides carbopyridiques et corps analogues
Les acides carbopyridiques et carboquinoléïques doivent se produire durant les fermentations bactériennes, mais ils ont échappé jusqu'ici aux recherches ou n'ont pas été classés. On n'en connaît sûrement qu'un seul à cette heure : je l'ai extrait de l'huile de foie de morue et des foies de morue fermenlés. C'est Vacide morhuique.
Acide morhuique C"II"AzO'.
Cet acide paraît être contenu dans les huiles de poisson sous forme de combinaisons complexes, lécithines ou protagons, car il se sépare lentement et petit à petit soit à froid, soit surtout à chaud, lorsqu'on évapore les extraits alcooliques acidulés. Il accompagne toujours les alcaloïdes des huiles et parait dès qu'on veut mettre ceux-ci en liberté.
Pour le séparer directement des huiles de foie de morue^ il suffit de les épuiser méthodiquement par de l'acide chlor-
1. Guareschi, Ricerche suUe basi che si Irovano fra i prodotti délia putvel'azione. Milano, 1887.
ACIDE MOUHLIQL'E.
hydrique étendu (40 vol. pour 1 000 d'eau et 20 vol. alcool à 40'' centés.). On sépare la liqueur aqueuse acidulé ; on la sature par du carbonate de sodium et on la concentre dans le vide à 45". Le résidu précipite abondamment, surtout a chaud, une matière brune, odorante, peu soluble, visqueuse, qu'on enlève mécaniquement. On peut aussi extraire l'acide morhuique de la liqueur acide d'épuisement en la concentrant et ajoutant de la potasse; les bases se séparent et viennent surnager, l'acide morhuique reste dissous. On décante et l'on met cet acide en liberté par acidihcalion de la liqueur alcaline.
Pour le purifier, on le redissout dans de la potasse faible, on neutralise par de l'acide nitrique étendu, et on ajoute de l'acétate de plomb avec précruilion et en agitant. On sépare et rejette les premiers précipités floconneux bruns; on filtre dès qu'ils sont grisâtres, enfin l'on termine la précipitation en ajoutant un excès d'acétate plombique. Le morhuate de plomb faiblement coloré est lavé et décomposé par l'hydrogène sulfuré à chaud. On filtre bouillant, et l'on reprend même par l'alcool le précipité de sulfure qui retient une notable partie de l'acide morhuique peu soluble. En évaporant les liqueurs à basse pression, il cristallise un corps de couleur jaunâtre en prismes et plaques carrées hérissées de pointements. Séché longtemps dans le vide, cette substance adhère au verre et devient cassante et pulvérisable. Elle répond à la composition G'H*^AzO^ Elle ne diffère de celle de la tyrosine que par deux atomes d'hydrogène en plus.
C'est un acide rougissant faiblement le tournesol, décomposant les carbonates, facilement soluble dans les alcahs, avec lesquels il forme des sels que précipitent l'acétate de
LES PTOMAÏiNKS.
plomb èl le nilrale d'argent, mais non l'acélate de cuivre à froid ou même à chaud.
Il se dissout un peu dans l'eau chaude et s'en sépare en partie à froid sous forme de gouttelettes ou d'émulsion. Ses solutions ont une odeur aromatique désagréable rappelant à la fois le varech et le poisson. Par évaporation lente, elles laissent cristalliser des prismes à base carrée ou de larges lamelles, mais la majeure partie de l'acide passe à l'état de gouttes huileuses. L'acide morhuique n'est pas soluble dans l'éther ; il se dissout bien mieux dans l'alcool même étendu. Quand il vient d'être précipité de ses sels par un acide, il est visqueux et colle aux parois de verre.
L'acide morhuique est remarquable par sa double fonction d'acide et de base. Il est soluble dans l'acide chlorhydrique, pourvu que celui-ci ne soit pas trop étendu; mais l'eau en excès suffit, surtout à chaud, pour le reprécipiter partiellement sous forme d'émulsion de cette solution, même acidulé. Son chlorhydrate est donc peu stable. Par évaporation rapide de la liqueur concentrée et tiède, il cristallise en feuilles de fougère.
Avec le chlorhydrate, le chlorure de platine donne un chlorojjlatinate soluble formé de petits cristaux prismatiques souvent réunis en croix. Il s'altère à chaud. Le chloroaurale se précipite à l'état amorphe. Il est fort peu soluble à froid et se redissout à chaud.
Le morhuate d'argent, qui nous a permis de déterminer le poids moléculaire de cet acide, s'altère et se réduit surtout à la lumière avec la plus grande rapidité. Il répond à la formule C'II" Ag^ AzO^ Cet acide contient donc deux atomes d'hydrogène remplaçable par les métaux,
ACIDE MORHLIQUE.
Distillé avec les alcalis, l'acide morhuiciue donne naissance à une base huileuse, d'une odeur forte, très alcaline, que nous avons reconnue appartenir par ses caractères généraux à la série pjridique. Cet acide possède donc un noyau cyclique en relation avec cette série ; en effet, oxydé par le permanganate de potasse l'acide morliuique fournit un acide appartenant à la série carbopyridique. Étant donnée l'existence d'un sel à deux atomes d'argent, sel très facilement réductible, tenant aussi compte de la monobasicité de cet acide et des autres considérations qu'on vient d'exposer, nous avons été amené à donner à l'acide morhuique la constitution très probable représentée par la formule :
par oxydation de la chaîne latérale C(G^H®)CO^H, d'un acide carbopyridique, ainsi que la naissance d'une base pyridique lorsqu'on distille cet acide morhuique avec des alcalis.
De Jongh, dans son beau mémoire sur l'huile de foie de morue, a décrit une substance qu'il nomma gaduine, et qui par toutes ses propriétés nous paraît correspondre à notre acide morhuique. Mais cet auteur, qui ne semble pas avoir recherché l'azote dans cette matière, la rapproche des produits de dédoublement des acides biliaires par les alcalis ou les acides, tels que l'acide cholalique C'^° 0% ou la dyslisine C^* H®^ 0^ De Jongh observa que la gaduine, sous l'influence de la chaleur, se décompose partiellement en donnant un peu d'acide acétique.
GH
hg,-^\goh
AzH
Elle explique l'instabilité du sel à deux atomes d'argent, le second atome étant, sans doute, substitué dans le radical phénolique GOH.
Elle explique aussi la formation.
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Injecté aux animaux à l'état de sel neutre de sodium, l'acide morhuique paraît inoffensif; mais il est doué de propriétés diurétiques presque aussi énergiques que celles de la morliuine. Contrairement à ce qui se passe chez le cobaye qui, à l'état normal, rend à de longs intervalles des urines troubles et peu âbondantes, sous son influence, cet animal émet à intervalles très rapprochés une grande quantité d'urines limpides. En même temps il cherche avidement à manger et dévore tout ce qu'il rencontre. Ces observations ne permettent pas de douter que cet acide ne soit un puissant adjuvant de l'appétit et un excitant de la désassimilalion.
L'acide morhuique existe en proportion très notable dans les huiles de foie de morue ; c'est un des agents les plus importants de leur activité.