‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 92 sur 213 · NATURE DES TOXINES · texte numérisé non relu

NATURE DES TOXINES

Ions albumineiix, la formation de prolo- et deutéroalbumoses, taudis que lorsqu'il cultivait ce microbe dans de l'asparaginate de sodium mêlé de divers sels, il se produisait une toxine douée des mêmes effets physiologiques et pathogènes, mais ne répondant que faiblement à la réaction xanthoprotéique et ne donnant pas celle du biuret. Getle toxine ne faisait évidemment plus partie du groupe des substances protéiques, quoiqu'elle en fût très rapprochée'. Tel est aussi le cas de la toxine de l'orchiocoque, matière exempte de soufre^ et de la imjcoprotéine, substance active albumoïde du protoplasma des bactéries putréfactives.

Mais en général les toxines sont des dérivés plus ou moins prochains des albuminoï^es ordinaires. Remarquons du reste qu'entre celles-ci et les peptones, la différence est déjà notable; qu'elle s'accentue davantage entre les peptones et ces corps à fonctions mal définies, mais encore doués de la plupart des caractères qualitatifs des albuminoïdes, tels que le chondromucoïde, la fibroïne, la substance amyloïde, la colloïdine, la chitine, la mycoprotéine, etc. Or l'on sait que de ces corps, albuminoïdes ou albumoïdes, on arrive insensiblement aux vrais alcaloïdes par voie de simple hydratation. Je rappellerai, comme exemple, le passage du chondromucoïde du cartilage à la chondrosine et à la glycosamine, qui sont des bases asse2i pui.ssantes^ Les diastases, et avec

1. M. Guinochet cultive dans de l'urine le microbe de la diphtérie; il observe que cette liqueur ne contient, ni avant ni après la culture du bacille de Loffler, aucune matière albuminoïde sensible tout en étant très vénéneuse ; il paraît donc très probable que la toxine ainsi formée n'est pas de nature albuminoïde {Comptes rendus Soc. BioL, 1892, p. /i88). Remarquons seulement que l'auteur de cette observation n'a pas recherché spécialement dans les produits de ces cultures les peptones ou les nucléines ; or l'on sait que celles-ci forment, ou paraissent former, le plus souvent la partie essentiellement active de ces poisons,

2. Voir A. Gautier, Chimie de la cellule vivante, p. lOS, Paris, 189/j.

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elles beaucoup de toxines, semblent occuper dans cette échelle de composés successifs une place singulièrement rapprochée des albuminoïdes proprement dits et des nucléoalbumines.

La difi'érence la plus importante qu'on puisse invoquer pour séparer les ptomaïnes des toxines, c'est que celles-ci se comportent généralement comme des ferments dont la chaleur altère profondément l'activité, alors que les ptomaïnes semblent peu accessibles à l'élévation de température. Mais cette différence est plus apparente que réelle : tandis que les toxines de la diphtérie et du tétanos, par exemple, sont rendues presque inertes à la température de 100°, celles du charbon symptomatique, du vibrion septique, de la tuberculose, de la morve, etc., peuvent supporter sans s'altérer sensiblement la température de 110° et même de 120°. Par contre, nous avons vu que les névrines, qui sont des ptomaïnes, se changent, lorsqu'on les chauffe modérément, en cholines douées d'une activité beaucoup moindre. De même l'hyoscyamine, l'atropine, l'aconitine, etc., qui sont des alcaloïdes végélaux, sont modifiées dans leur constitution et leurs propriétés par la chaleur de 100° et l'eau.

Remarquons encore que les bouillons de culture des microbes paraissent contenir le plus souvent les termes successifs de transition qui, des albuminoïdes proprement dits, passent aux alcaloïdes véritables ou ptomaïnes. Le D"' Lando- Landi, en étudiant dans mon laboratoire les produits toxiques de la bactéridie charbonneuse, parvint à séparer du sang et des organes des animaux malades, grâce à la précii»itation par les sels neutres et la dialyse, d'une part des

1. Voir A. Gautier, Chimie de la ccUnle viuanle, p. 105. Paris, 189-4.

iNATUUK DES TOXINES.

principes toxiques répondant aux caractères ordinaires des albuminoïdes, de l'autre une substance douée des mêmes propriétés vénéneuses caractéristiques, mais s'unissant de plus à Facide chlorhydrique pour donner un chlorliydrate bien défini et un cbloroplatinate cristallisable'. Cette toxine était évidemment à la limite des deux classes de corps, albuminoïdes et alcaloïdiques.

Il en est à peu près de même de la matière colorante toxique complexe fabriquée par le bacille pyocyanique ; elle rentre dans la famille des ptomaïnes.

Ainsi entre les toxines proprement dites et les ptomaïnes, la démarcation absolue qu'on a voulu tracer n'existe pas : on passe d'autant plus facilement et insensiblement des unes aux autres que les corps albuminoïdes ordinaires peuvent être regardés eux-mêmes comme des alcaloïdes très faibles. Depuis les travaux de Millon et Gommaille, on sait en effet que les substances protéiques sont aptes à s'unir aux acides, à précipiter par le tanin et l'émétique, à se combiner aux chlorures et cyanures de platine, de palladium, d'or, de mercure à la façon des alcaloïdes proprement dits. On connaît même quatre matières albuminoïdes au moins, la protomyosine, la deutéromyosine et les deux albumoses des cultures de l'antlirax de Sydney Martin qui, quoique notoirement albuminoïdes, sont de vraies bases s'unissant aux acides, et même bleuissant le tournesol, sans que les précipitations successives par l'alcool ou la dialyse fassent disparaître cette remarquable propriété. Ce sont donc là de vrais alcaloïdes albuminoïdes ; des corps qu'on doit classer à la fois dans les toxines protéiques, aussi bien que dans les ptomaïnes albuminoïdiques.

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