‹ Les toxines microbiennes et animalesChapitre 93 sur 213 · Voir Comptes rendus Soc. biol., 1891, p · texte numérisé non relu

Voir Comptes rendus Soc. biol., 1891, p

LKS TOXINKS.

Les LoxalJjumiues, ol à /oriiori les toxines, ne sont donc le plus souvent que des ptoniaïnes compliquées ou mal définies. C'est une classe nouvelle et fort intéressante de cette grande famille des alcaloïdes microbiens que je découvrais il y a une vingtaine d'années et que dès le début je reconnus être accompagnées de matières plus toxiques encore et plus complexes que les alcaloïdes proprement dits ou ptomaïnes'. Ces toxines albuminoïdes et diastasiques, presque toutes douées de fonctions basiques, qui passent insensiblement aux ptomaïnes, représentent donc simplement quelques-unes des formes cbimiques plus complexes, souvent incomplètement interprétées, sous lesquelles la matière pétrie et modifiée par les microbes patbogènes se cbarge de puissance et de vénénosité.

Si les fonctions chimiques des toxines les rapprochent le plus souvent des alcaloïdes, il serait toutefois inexact d'affirmer que toutes les substances toxiques produites par les microbes ou par le fonctionnement des organes, sont alcaloïdiques ou même albuminoïdes. Mais l'on peut dire qu'en général les toxines répondent à la réaction xanlhoprotéique, à celle du biuret, à celles de Millon et d'Adamkiewics, etc. Presque toutes se séparent de leurs solutions par le sulfate de magnésie {globulines) ou parle sulfate d'ammoniaque {sérines, albiimoses) employés en poudre et en excès. Elles précipitent par le ferrocyanure de potassium acétique, partiellement par le sublimé, plus complètement par le nitrate de mercure, l'azotate d'argent, l'acétate d'urane, les iodures doubles de sodium et de mercure ou de bismuth, le sous-acétate de plomb. Elles sont précipitées par l'alcool

1. Voir A. Gautier, Journ. de physiol. et cTanal. de Ch. Robin, septembreoctobre 1881, p. 361.

SÉPARATION DKS TOXiNKS lîT IJKS l'TOMAÏNKS.

fort. Elles sont insolubles dans l'éther et dans le chloroforme. Elles ne sont pas volatiles. Elles se dissolvent assez bien dans la glycérine et peuvent s'y conserver. Leurs solutions aqueuses s'altèrent par la chaleur, les unes vers 50°, les autres (tétanos, morve, etc.), au-dessus de 110° seulement. Toutes les toxines sont azotées ; le plus souvent elles contiennent aussi du soufre et du phosphore au nombre de leurs éléments, ainsi qu'une proportion considérable de chaux et de magnésie qui semblent faire partie né/iessaire de leur constitution.

Au point de vue de leur action, beaucoup se comportent comme des zymases, à la façon des ferments pepsiques ou trypsiques, mais, en général, sans qu'elles digèrent par elles-mêmes les albuminoïdes et sans qu'elles modifient les hydrates de carbone.

Elles paraissent issues des dédoublements hydrolytiques des albuminoïdes et des nucléoalbumines, et être chimiquement intermédiaires entre ces corps, dont elles gardent les caractères généraux, et les alcaloïdes proprement dits ou plomaïnes dont elles possèdent aussi les principales aptitudes chimiques et physiologiques, entre autres celles de se comporter comme des bases faibles, et d'être douées comme elles d'une extrême énergie.

Séparation des Toxines et des Ptomaïnes.

Généralement les toxines proprement dites, albuminoïdes ou nucléïniques, sont accompagnées d'alcaloïdes proprement dits, les plomaïnes, formées en même temps qu'elles et complétant leur action. Pour séparer ces deux classes d'agents, voici la méthode que je suis et que je recommande.

LKS TOXINES.

Les liqueurs de culture de microbes, les sérosités, excrétions, etc., dont on veut extraire à la fois les alcaloïdes et les toxines albumineuses ou nucléïniques sont filtrées d'abord sur du papier. Le fillralum est légèrement acidifié (s'il ne l'est déjà naturellement) par de l'acide lactique, et rapidement évaporé dans le vide, sans dépasser 40% jusqu'à consistance sirupeuse. A ce sirop on ajoute de l'alcool à 7o° centésimaux, tant qu'il se produit un trouble. On dissout ainsi {A) les parties alcaloïdiques', les vraies peptones et les sels minéraux très solubles, et l'on précipite [B) toutes les substances albuminoïdes, avec quelques bases xanthiques et les sels inorganiques insolubles dans l'alcool.

La solution [A) contenant les alcaloïdes est additionnée d'alcool absolu tant qu'elle se trouble ; au besoin on ajoute 2 à 3 pour cent d'éther. On précipite ainsi les peptones vraies qu'on laisse déposer et qu'on lave à l'alcool absolu. Les alcaloïdes proprement dits restent tous à l'état de sels dissous dans les liqueurs alcooliques. On les sépare par la méthode générale donnée p. 216 et suiv. de cet Ouvrage.

Les peptones qui ont été précipitées sont alors reprises par l'eau, soumises vingt-quatre heures à la dialyse pour chasser les sels solubles, et enfin séparément examinées ^

Le précipité (Z?) ci-dessus, séparé par addition d'alcool^

1. Seules quelques leucomaïnes, parmi lesquelles surtout les bases xanthiques, sont ainsi précipitées ou restent insolubles. Nous avons dit (II» Partie, p. 216 et suiv. et p. 2S9) comment on les sépare. On doit ici rappeler que ces bases xanthiques ne sont que peu ou pas toxiques, et qu'elles existent presque toujours dans les cultures microbiennes aussi bien que dans les extraits de viande, les extraits de glandes, etc. En un mot, ce sont des substances banales que l'on peut, dans bien des cas, négliger.

2. Voir leurs propriétés distinctives dans mon Cours de chimie, t. III.

3. L'alcool doit rester le moins possible en contact avec lui, sous' peine d'en insolubiliser une partie.

SÉPARATION DKS TOXINES ET DES PTOMAÏNliS.

contient toutes les substances album inoïdes, sauf les peptones. On le redissout dans un peu d'eau à 3o-40° et Ton filtre. La liqueur est additionnée avec soin de sulfate d'ammoniaque pur en poudre fine; ce sel précipite des flocons albumineux qu'on lave avec une solution saturée du même sel; ils sont ensuite essorés sur plaque de plâtre ou de biscuit et repris par le minimum d'eau possible. On sature cette solution de sulfate de magnésie en poudre qui précipite (C) les globulines et les propeptones et laisse difesous {D) les albumines et serines proprement dites.

Le mélange (C) de globulines et de propeptones est lavé avec une solution saturée de sulfate de magnésie, et le précipité est traité par de l'alcool à S0° centésimaux froid qui dissout les propeptones et laisse les globulines.

La liqueur (/)) saturée de sulfate de magnésie, contient les albumines proprement dites ; en l'additionnant de quelques gouttes d'acide acétique, on précipite toutes les substances albumineuses qu'on lave avec une solution concentrée de sulfate d'ammoniaque et qu'on purifie par dialyse.

Cette méthode doit être suivie lorsqu'on veut faire l'étude détaillée d'un bouillon de culture, d'un sérum, d'un extrait,

d'un produit actif, quelle qu'en soit l'origine, etc ; mais

les recherches faites jusqu'à cette heure ont manqué de précision, au moins au point de vue chimique, et malgré l'intérêt et l'importance des résultats acquis, il faut désirer voir l'exactitude scientifique qui seule conduit aux progrès complets et définitifs, s'introduire dans les recherches à venir.

On peut encore recourir à une autre méthode fondée sur cette observation que lorsqu'on fait digérer un tissu, bien broyé avec du sable, dans 2 à 3 fois son poids de glycérine

LKS TOXINKS,

pure, celle-ci enlève par endosmose les parties solublchdu tissu qui i)assent dans la glycérine. Si l'on filtre alors la gl3''cérine et qu'on la précipite par l'alcool très concentré, on sépare les matières albuminoïdes et même les peptones dissoutes, au moins en partie, tandis que les substances alcaloïdiques et autres restent dans la glycérine alcoolisée.

On peut enfin, soit pour concentrer les toxines, soit môme pour les séparer suffisamment des composés cristallisables, entre autres des ptomaïnes, enfermer la liqueur aqueuse qui les contient dans un sac de parchemin végétal trempant dans de l'alcool à 80° centésimaux. Celui-ci absorbe l'eau assez rapidement sans passer en quantité sensible à l'intérieur du sac. L'eau et les toxines cristallisables (en général alcaloïdiques) diffusent seules dans l'alcool ; au contraire, les toxines albumineuses ou diastasiques se concentrent et restent dans le sac.

(lénéralement grâce k la dialyse ordinaire en présence de l'eau on sépare les toxines en deux parts : 1" celles qui sont cristallisables, dialysables et non albuminoïdes ; 2" celles qui sont albuminoïdes et qui ne traversent pas ou difficilement les dialyseurs. L'alcool fort permet de faire à peu près la même séparation, comme on a dit plus haut; il précipite les toxines non dialysables.

On a vu (/™ Partie, p. 63 et suivantes) comment on parvient à diviser en groupes spécifiques les toxines basiques cristallisables et définies ou ptomaïnes. Quant aux incristallisables (globulines, albumines, peptones, nucléïnes, ferments, etc.), on les sépare grâce à leur précipitation successive par le sel marin, le sulfate de magnésie, le sulfate d'ammoniaque, etc., employés en poudre et en excès. Mais rien ne peut être indiqué en ce sens de tout à fait général.

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