‹ Les toxines microbiennesChapitre 1 sur 16 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

En abordant l’étude de l’action physiologique des toxines microbiennes, il semble que cette question, âgée de dix ans à peine, soit encore dans l’enfance.

Les rares mémoires importants consacrés à ce sujet, l’absence de monographie d’un des nombreux produits solubles aujourd’hui connus, paraissent confirmer cette notion du peu de progrès accomplis dans cette voie nouvelle. Mais feuilletons les Revues spéciales, interrogeons les comptes rendus de l’Académie des Sciences, les bulletins de la Société de Biologie, notre opinion changera. Depuis 1885, où la question est entrée franchement dans le domaine expérimental, que de communications, de notes présentées aux Sociétés savantes, cachant sous la sécheresse et la concision de leur forme, de longues, patientes et laborieuses recherches !

Dans cet amas de notes accumulées, quelle difficulté pour obtenir une vue d’ensemble ! Chaque auteur poursuivant un but spécial, expérimente avec une toxine différente, obtient des résultats, tire des conclusions, et ne s’inquiète nullement de l’hypothèse entrevue, des essais ébauchés par ses devanciers.

Des nombreux produits solubles étudiés au cours de ces dernières années, tous ont eu certaines de leurs propriétés, vaccinante, toxique ou prédisposante, nettement mises en lumière et définies ; mais combien peu ont inspiré des travaux complets, résumant l’ensemble de leurs actions physiologiques ! Toutefois, grâce à des recherches persévérantes, suivies pendant de longs mois, nous connaissons aujourd’hui jusque dans le détail le rôle joué dans l’économie par les produits solubles du bacille pyocyanique, du staphylococcus aureus et albus, des bacilles de Nicolaïer et de Koch.

Non seulement les propriétés générales de ces toxines, mais encore les caractères chimique et toxique spéciaux à chacune des substances formant la masse des produits solubles, ont été bien décrits et approfondis.

Depuis quelques mois, sous l’influence du regain d’actualité donné à la diphtérie par la serumlhérapie, l’étude des toxines du bacille de Lôffler est activement poussée. Chaque semaine presque apporte de nouvelles connaissances aux résultats déjà acquis, et bientôt le poison diphtéri tique, sécrété par le microbe, sera définitivement connu et classé.

Ces toxines exceptées, on ne connaît des autres que certaines propriétés isolées qui laissent cependant entrevoir une grande unité dans l’action générale des produits solubles.

On le voit donc : l’action physiologique de ces produits est loin d’être encore élucidée. Poursuivant cette étude, et cherchant pour notre modeste part à compléter les notions déjà acquises, il nous a semblé qu’il fallait avant tout expérimenter avec des substances peu connues et résumer le plus grand nombre de leurs effets généraux et particuliers. Nous croyons fermement que cette intéressante question ne portera ses fruits dans le domaine pratique, que le jour où toutes les propriétés des sécrétions bactériennes propres à chaque germe seront définitivement éprouvées et classées.

Dès lors, il sera facile de comparer ces poisons, d’établir des groupements suivant leur communauté de caractère, de les opposer les uns aux autres. A ce moment, les sentiers obscurs encore et à peine battus d’une thérapeutique nouvelle ne s’ouvriront-ils point plus largement pour éclairer d’une lueur bienfaisante le sombre pronostic des maladies infectieuses ?

Aussi, dans le travail que nous présentons aujourd’hui, ne nous sommes -nous point préoccupé des toxines déjà étudiées avec plus ou moins de détails. Choisissant des produits solubles encore mal connus, nous les avons soumis à l’expérimentation, et nous apportons les résultats aussi complets que possible, qu’ont pu nous fournir une

série d’expériences sur les sécrétions du bacillus liquefaciens bovis, du bacillus heminecrobiophilus et du microbe de la morve .

En recherchant les travaux publiés sur l’action des toxines microbiennes, grande a été notre surprise de ne rencontrer aucun index bibliographique sur cette question. Il nous a paru bon de combler cette lacune : c’est pourquoi nous avons fait précéder l’exposé de nos expériences d’un historique relatant chronologiquement les phases diverses traversées par le sujet, et nous consignons à la fin de cette thèse les auteurs dont les publications ont créé et édifié la question. Nous espérons ainsi avoir fait une œuvre utile en facilitant, dans la mesure de nos moyens, les recherches de ceux qui voudront aborder cet intéressant sujet.

Et maintenant il nous reste un devoir à remplir.

Parvenu au terme de nos études, jetant un regard sur les années écoulées, nous revoyons les Maîtres éminents qui nous ont initié à la pratique médicale, et prodigué les richesses de leur enseignement. Nous entendons encore leurs encouragements incessants, les conseils dictés par leur expérience, et l’exemple de leur dignité professionnelle, de leur dévouement, modèle toujours présent à notre pensée, sera le guide de notre conduite dans l'exercice de notre carrière.

Nous les prions aujourd’hui, d’accueillir avec la bienveillance qu’ils n’ont jamais cessé de nous témoigner,

l’hommage cle ce travail et l’expression de notre inaltérable et profonde gratitude.

G’est d’abord à la mémoire du Dr Paul Didaj que nous adressons ces premiers hommages. Gomment oublier cette physionomie expressive, empreinte de finesse et de bonté, que nous apprîmes à chérir dès notre première enfance ! Plus tard étudiant, puis interne, c’est auprès de sou affectueux intérêt que nous puisions aux heures de découragement l’énergie nécessaire à la persévérance. Nous garderons à jamais le souvenir de ces causeries pleines de charme, provoquant la confiance, d’où, sous cette forme étincelante et précise dont il avait le secret, jaillissait le plus sérieux, le plus captivant et le plus pratique des enseignements.

Un autre disparu, dont le nom brille toujours d’un vif éclat dans les annales de la chirurgie lyonnaise, a droit à notre reconnaissance. A notre entrée dans le service hospitalier comme externe, Daniel Mollière fut notre premier maître. Nous n’aurons garde d’oublier ses cliniques originales, sa merveilleuse habileté opératoire, et surtout l’affection qu’il voulut bien nous témoigner.

Pendant notre dernier semestre d’internat nous avons eu l’honneur d’être l’interne de M. le professeur J. Teissier, médecin de l’Hôtel-Dieu, et les quelques mois trop vite écoulés, passés dans son service, compteront parmi les meilleurs de nos études médicales. A côté d’un enseignement clair, pratique, dénué de tout parti-pris et basé ’

sur la clinique, nous avons trouvé chez ce Maître éminent une bonté, un dévouement que nous ne saurions trop reconnaître. Dans maintes circonstances ses conseils judicieux nous furent d’un précieux secours, et souvent il nous témoigna qu’il ne voyait pas seulement en nous un élève, mais encore qu’il voulait bien nous considérer comme un ami.

En acceptant la présidence de cette thèse, dont l’idée première lui appartient, M. le professeur Teissier a augmenté la dette de reconnaissance contractée envers lui. Nous le prions d’accepter ici l’expression de notre vive gratitude, et de croire que nous serions heureux de pouvoir la lui exprimer mieux que par de banals remerciements.

Au cours de l’année passée comme externe d’abord, puis comme interne auprès de M. Humbert Mollière, médecin de l’Hôtel-Dieu, nous avons apprécié les inépuisables qualités d’esprit et de cœur de ce maître si dévoué. Sa paternelle sollicitude nous a suivi pendant toutes nos études, nous n’aurions garde de l’oublier, et nous lui en exprimons toute notre reconnaissance.

MM. les professeurs Gailleton, J. Renaut et Poncet, MM. les professeurs agrégés Weill et Auguste Pollosson, MM. Clément et Drivon, médecins de l’Hôtel-Dieu, nous ont fréquemment donné des preuves de sympathie. Nous sommes heureux de nous les rappeler, à côté de leur enseignement théorique et pratique dont nous conserverons toujours le plus cher souvenir.

M. le professeur Crolas, M. le Dr Lacour, médecin honoraire des Hôpitaux, MM. Dévie et Chandelux, agrégés à la Faculté, nous ont souvent témoigné des marques d’intérêt dont nous avons été vivement touché et que nous ne saurions trop reconnaître.

En nous ouvrant la porte de son laboratoire, en voulant bien s’intéresser à nos recherches et nous aider de son expérience, M. le professeur Arloing a acquis des droits à notre gratitude que nous lui exprimons pleinement.

Sans l’aide fidèle et éclairé de M. L. Guinard, chef des travaux de physiologie et chargé du cours de thérapeutique générale à l’Ecole de Médecine vétérinaire, ce travail fût difficilement arrivé à bon terme. C’est grâce à son appui constant, à ses conceptions originales, sa méthode scientifique, que nous avons réalisé nos expériences et tiré d’intéressantes conclusions. Et c’est avec une sincérité véritable et une joie réelle que nous saisissons cette occasion de dire à ce collaborateur, que nous sommes heureux d’appeler un ami, combien notre reconnaissance est grande pour le précieux concours qu’il nous a prêté.

N’oublions point enfin MM. Amichaud et Farçat, préparateurs au laboratoire de physiologie à l’Ecole vétérinaire, qui nous ont toujours si obligeamment consacré leur temps au cours de nos expériences.

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