EXPÉRIENCE II
( Communiquée par M. le professeur Arloing.)
Chien bien portant. Etat normal des grandes fonctions. Pression 147 millimètres.
Une injection de 3 centimètres cubes de bouillon stérilisé où ont végété des cultures de bacillus heminecrobiophilus , est poussée dans la veine jugulaire.
Presque immédiatement nous assistons à une chute de pression qui atteint le niveau minima de 44 millimètres.
Bientôt ces premiers effets sont suivis d’un retour à l’état normal.
Trois nouvelles injections de 3, 4 centimètres cubes chacune ne produisent plus de modifications sur le système circulatoire. Nous observons là les effets d’accoutumance que nous avons signalés pour la pneumobacilline, relevés dans l’observation précédente et que nous retrouverons dans la suivante.
Toutefois la dose totale de 15 centimètres cubes reçue par l’animal parait, au bout d’un certain temps, avoir amené de l’hypotension. Malheureusement l’expérience faite à un autre point de vue n’a pas été poussée assez longtemps pour permettre de nettement constater ce phénomène. Nous le retrouverons dans l’expérience suivante.
L’animal a survécu.
EXPÉRIENCE III.— 24 janvier 1895.
Chien : 14 kilogrammes. Bon état. Pression : 157 millimètres. Pouls : 108 pulsations. Respiration : 18 mouvements.
A 3 heures injection de 2 ce. 5 de produits solubles de bacillus heminecrobiophilus , dans la veine jugulaire.
30 secondes après le début de l’injection, chute de la pression qui arrive à 88 millimètres ; le pouls à ce moment est affaibli et accéléré (fig. 44).
Fig. 44. — Produits solubles du baccillus heminecrobiophilus (Exp. III). Chien. État des grandes fonctions immédiatement après une injection intraveineuse de 2 cc. 5 de produits solubles. (S: secondes. R : respiration enregistrée avec le pneumographe direct. P. Pouls. M . pression.) (5/6 de grandeur naturelle.)
60 secondes après la première injection, la pression remonte, le cœur se renforce et se ralentit progressivement et simultanément. La durée des mouvements respiratoires dépasse la normale mais a moins d’amplitude.
30 minutes après la première injection la pression oscille autour de 152 millimètres. Le pouls est à 66 pulsations.
Nouvelle injection de 5 centimètres cubes dans la veine jugu^ laire.
Aucune modification ne se produit dans les grandes fonctions : la respiration semble plus ample (fig. 45).
Fn. 45. — Etat des grandes fonctions 1 minute après une nouvelle injection de 5 cc. de produits solubles de bacillus heminecrobiophilus. (5/6 de grandeur naturelle).
Nouvelle injection de 10 centimètres cubes dans la veine jugulaire.
Rien d’apparent : le tracé a un aspect normal.
L’animal a reçu jusqu’à présent 17 cc. 5 de culture filtrée de bacillus heminecrobiophilus .
1 h. 45 minutes après la première injection on relève une légère hypotension artérielle. La pression est à 136 millimètres.
Nouvelle injection massive de 15 centimètres cubes dans la veine jugulaire.
Cette dose amène très passagèrement un léger relèvement de la pression.
2 h. 15 minutes après la première injection, et 30 minutes environ après la dernière, on voit que la pression est à 118 millimètres, le pouls est très affaibli (fig. 46).
lsLX — l-l — LX-4-X l UX-l—l
Fig. 46. — État des grandes fonctions 30 minutes après une injection massive de 15 cc.de produits solubles de bacillus heminecrobiophilus, et une totale de 22 cc. 5. (5/6 de grandeur naturelle.)
A la fin de l’expérience qui a duré 3 heures, l’animal ayant reçu en plusieurs fois 32 cc. 5 de bouillon stérilisé où a végété une culture de bacillus heminecrobiophilus, l’état des grandes fonctions est peu modifié. Il y a une tendance à la vaso-dilatation et la chute de pression s’accentue de plus en plus mais lentement.
Ces résultats démontrent que dans les toxines sécrétées par le bacillus heminecrobiophilus , comme dans la pneumobacilline, il faut reconnaître des effets appartenant à un poison, et des effets relevant d’une diastase, comme on le prévoyait déjà dans le travail de M. le professeur Arloing.
Caractères généraux. — Nous avons remarqué sur ce
chien du tremblement musculaire, un abrutissement, une somnolence intense, de la diarrhée, de la salivation, des nausées suivies de vomissements.
Ces manifestations graves se sont vite dissipées et le sujet s’est rapidement rétabli.
Nous signalerons enfin un fait qui démontre combien sont complexes les éléments actifs des toxines. Les dernières injections partielles faites 1 h. 1/2 environ après la première, ont produit chaque fois non plus de l’hypotension, mais un relèvement passager delà courbe manométrique.