CHAPITRE II
Actions des produits solubles sécrétés par le Pneumobacillus liquefaciens bovis.
Le 'pneumobacillus liquefaciens bovis , agent pathogène de la péripneumonie clu gros bétail, a été isolé pour la première fois et étudié par M. le professeur Arloing. De même que tous les autres microbes, il sécrète une toxine spéciale, particulièrement active, dont les effets physiologiques sont des plus intéressants.
Déjà dans quelques-uns de ses travaux, mais notamment dans une note à l’Académie des Sciences (1893) M. Arloing a signalé plusieurs des caractères généraux de cette toxine. Toutefois il laissait entrevoir que certaines des particularités qu’il avait relevées étaient encore un peu vagues, et pourraient être soumises à de nouvelles études. Ce sont ces recherches que nous avons reprises dans son laboratoire.
Nous avons employé pour nos expériences tantôt des
bouillons de culture filtrés et stérilisés dans lesquels ont végété les microbes de la péripneumonie, tantôt un produit auquel M. Arloing réserve le nom de pneumobacilline, et préparé suivant les procédés usités pour la fabrication de la tuberculine et de la malléine.
Avant d’entrer dans l’exposé des expériences, nous déclarons que les effets produits par les injections intraveineuses des bouillons de cultures privés de microbes, et de la pneumobacilline, sont absolument identiques. L’activité de cette dernière serait seulement un peu moindre.
EXPÉRIENCE I. — 20 décembre 1894.
Chien : 16 kilog. Bon état. Pression : 180 millimètres. Pouls: 112 battements à la minute. Respiration : 14. (Fig. 1.)
Fia. 1. — (Exp. I) Pneumobacilline. Chien. Etat normal de la respiration du pouls et de la pression (S : secondes. R : respiration prise avec le pneumographe direct. P : Pouls. M : pression). (3/4 de réduction.)
Une injection de 2 cc. 5 de pneumobacilline est poussée dans la veine jugulaire.
47 secondes après l’injection, la pression baisse brusquement et atteint un niveau très inférieur. Le mouvement de chute s’accentue
de pneumobacilline. (3/4 de grandeur naturelle,)
de plus en plus pour arriver, au bout d’une minute et demie, à 62 millimètres (fig. 2), où elle se maintient pendant 56 secondes, (fig. 3).
Pio. 3. — Suite du précédent. (3/4 de grandeur naturelle.)
Fig. 4. — Etat des grandes fonctions 8 minutes après l’injection de 2 cc. 5 de pneumobacilline. (3/4 de grandeur naturelle.)
La pression demeure au-dessous de la normale pendant 8 à 9 minutes environ, puis se relève peu à peu en suivant une ascension progressive (fig. 4).
Fia. 5. — Étatdes grandes fonctions 20 minutes après l’injection de 2 ce. 5. |(3/4 de grandeur naturelle.)
Fio. 6. — État des grandes fonctions 25 minutes apres l’injection de 2 cc. 5 de pneumobacilline. (3/4 de grandeur naturelle.)
15 minutes après la première injection, la pression oscille entre 138 et 168 millimètres.
20 minutes après la première injection, le^manomètre oscille entre 158 et 178 millimètres (fig. 5).
Fio. 7. — Etat des grandes fonctions 1 minute 1/2 après une nouvelle injection intraveineuse de 5 cc. de pneumobacilline. (3/4 de grandeur naturelle.)
25 minutes après la première-injection, tout paraît rentrer dans l’état normal (fig. 6).
L’état des fonctions paraissant satisfaisant, on procède alors à une nouvelle injection intraveineuse de 5 cc. de pneumobacilline.
Aucun trouble ne se manifeste.
La pression se maintient à son état normal (fig. 7).
Une nouvelle injection de 12 cc. de la même substance ne modifie aucunement la pression.
L’expérience est arrêtée.
Du côté du pouls, des phénomènes très apparents se sont montrés. A la suite de la première injection intraveineuse de 2 cc. 5 de la pneumobacilline, ayant produit la baisse de pression, on constate de côté du pouls une accélération des pulsations qui suit la chute dépréssion , mais ne la précède pas. Cette accélération, qui atteint 222 battements par minute, s’accompagne d’un -affaiblissement considérable des pulsations qui perdent toute amplitude (fig. 3).
La pression arrivée à son niveau le plus inférieur, le tracé sphygmographique est absolument rectiligne (fig. 4).
Quand elle commence son mouvement ascensionnel, le cœur se ralentit parallèlement, 114 battements (fig. 5).
En résumé, à mesure que la pression se relève , le cœur se ralentit , à mesure qu’elle baisse il s’accélère.
Le tableau comparatif suivant montrera bien le phénomène.
Pression
72 millimètres.
Pouls 222 battements.
La respiration, elle aussi, a subi des modifications sensibles pendant cette expérience. Après la première dose de toxine injectée, pendant la baisse de pression, elle est très irrégulière, superficielle, et a des tendances à l’arrêt en expiration : 12 mouvements respiratoires par minute.
Le peu d’amplitude, les pauses respiratoires, le caractère saccadé des mouvements se maintiennent pendant toute la durée de la phase de dépression.
Peu à peu la respiration reprend son rythme normal et 25 minutes après l’introduction de la première quantité de pneumobacilline dans la circulation, malgré de nouvelles doses, le nombre des mouvements respiratoires est de 14, comme à la normale.
EXPÉRIENCE II. — 20 décembre 1894.
Chien : 16 kilog. Bon état. Pression: oscille entre 138 et 170 millimètres. Pouls : 14 pulsations à la minute. Respiration : 14 mouvements.
Une injection de 2 ce. 5 de pneumobacilline est poussée dans la veine jugulaire, en 33 secondes.
41 secondes après le début de l’injection, la pression devient irrégulière et baisse légèrement.
76 secondes après le début de l’injection, la pression est en pleine chute : le manomètre atteint 86 millimètres. Elle se maintient peu de temps à ce niveau inférieur, et, 2 minutes après le début de l’injection, elle est remontée à 152 millimètres.
Des injections successives intraveineuses, d’abord de 5 centimètres cubes, puis de 10 centimètres cübes, ne produisent plus aucun effet.
5 minutes après l’injection des 10 derniers centimètres cubes, la pression oscille entre 148 et 172 millimètres. Elle se maintient à ce niveau jusqu’à la fin de l’expérience que l’on est obligé d’interrompre quelques minutes après.
Du côté du pouls, des modifications ont été observées
comme dans l’expérience I. Dans la phase succédant immédiatement à l’injection initiale, 35 secondes avant la chute absolue de pression, le cœur s’est beaucoup accéléré, en même temps on constate que les pulsations ont considérablement perdu de leur amplitude.
On compte 215 pulsations à la minute.
Pendant la phase d’hypotension, le tracé sphymographique indique 252 pulsations.
Ici comme dans l’expérience I, nous remarquons que le pouls s’accélère à mesure que la pression baisse, pour se ralentir ensuite, quand elle se relève.
Voici d’ailleurs le tableau comparatif :
Pression 86 millimètres. Pouls 252 battements.
La respiration est toujours troublée dans la phase d’hypotension. Chez cet animal ce qu’il y a eu de caractéristique au point de vue de cette fonction, c’est une accélération avec diminution d’amplitude, après l’injection de la totalité de la dose de pneumobacilline. Les mouvements respiratoires sont arrivés à 26 par minute.
Caractères généraux. — Les deux chiens qui ont servi aux expériences précédentes ont présenté en plus des modifications graphiques que nous venons de rapporter, des phénomènes particuliers et intéressants.
Nous avons observé chez chacun d’eux une hypersécrétion considérable des glandes salivaires et intestinales. Cette dernière,
accompagnée par un réveil du péristaltisme, se traduisait par des évacuations diarrhéiques et des borborygmes nettement perceptibles.
En même temps, les animaux étaient plongés dans une sorte de torpeur, un abrutissement se manifestant quand on les a mis à terre, par une grande tristesse, de l’incoordination dans les mouvements et une attitude légèrement titubante. Ils se sont étendus à terre l’un et l’autre, paraissant harassés, mais l’un d’eux a présenté, 45 minutes après l’injection de pneumobacilline, un état nauséeux suivi de quelques efforts de vomissements.
Le lendemain (21 décembre), ils paraissaient tristes, avaient le regard mort, les poils hérissés, la tête basse, la queue entre les jambes : ils refusaient toute nourriture.
Dans la soirée, cet état s’est aggravé : l’un est mort dans la nuit, l’autre dans la matinée du 22 décembre.
Autopsies. — A l’ouverture des deux cadavres, on est surtout frappé par la coloration et les caractères du sang : il est noir, incoagulé, et rougit très difficilement à l’air.
Les organes parenchymateux, rate, foie, reins, sont gorgés de sang. Les poumons, œdémateux et congestionnés, montrent des plaques rouge sombre en différents points.
En résumé, ces lésions sont celles de la mort par intoxication.
EXPÉRIENCE III. — 31 janvier 1895.
Chien : 17 kg. 500. Bon état. Pression oscillant entre 154 millimètres et 188 millimètres. Pouls : 80 pulsations à la minute. Respiration : 16 mouvements en moyenne, très irrégulière.
L’expérience commence à 3 h. 45.
Les injections sont pratiquées avec un bouillon ensemencé le 16 janvier 1895 avec des microbes de pneumobacillus liquefaciens bovis, et stérilisé.
On fait une injection de 2 cc. 5 de ce bouillon dans la veine jugulaire, en 23 secondes.
38 secondes après le début de l’injection, la pression commence à se troubler.
70 secondes après le début de l’injection la chute de pression s’accuse, le manomètre atteint 94 millimètres et après quelques
Fig. 8. — (Exp. III). Pneumobacilline. Chien. Etat des grandes fonctions 20 minutes après l’injection intraveineuse de 2 cc. 5 de pneumobacilline. (S : seconde. R : respiration enregistrée avec le pneumographe direct. P : pouls. M : pression). (Grandeur naturelle.)
oscillations touche à 84 millimètres, et arrive même à 62 millimètres.
Au bout de 9 minutes elle remonte peu à peu, progressivement et se maintient bientôt entre 124 millimètres et 136 millimètres.
20 minutes après le début de l’injection nous la trouvons entre 128 millimètres et 148 millimètres (fîg. 8).
30 minutes après le début de l’injection, elle est remontée à un niveau qui varie entre 146 millimètres et 162 millimètres.
On pratique à ce moment une seconde injection de2cc. 5 de la même substance.
Rien de particulier à signaler immédiatement après cette nouvelle dose.
2 minutes 30 secondes après cette deuxième injection, la pression se maintient entre 150 millimètres et 166 millimètres.
Fig. 9. — État des grandes fonctions 30 minutes après des injections intraveineuses portant à 45 cc. la dose totale de pneumobacilline injectée. (Grandeur naturelle.)
45 minutes après le début de l’expérience, troisième injection avec 5 centimètres cubes du même bouillon.
Aucune modification ne se produit dans la pression.
55 minutes après le début de l’expérience, quatrième injection avec 10 centimètres cubes de la même substance. On ne relève encore rien d’anormal.
1 heure 5 minutes après le début de l’expérience, injection massive de 25 centimètres cubes, ce qui porte à 45 centimètres cubes le total de la dose injectée (fig. 9).
A la suite de cette cinquième injection, très progressivement la pression commence à baisser. Elle tombe lentement, de 5 en 5 minutes, par exemple, de 153 millimètres à 124 ; 102; 93; 71.
A partir de ce moment le manomètre ne descend plus qu’avec une extrême lenteur ; vers la fin de l’expérience qui a duré 2 heures et demie, on le trouve à 68 millimètres (fig. 10).
Le pouls a présenté, comme dans nos autres expériences, de sérieuses modifications.
Fia. 10. — Etat des grandes fonctions 1 heure 1/2 après des injections intraveineuses portant à45cc. la dose totale de pneumo-bacilline injectée. (Grandeur naturelle.)
Après la première injection, alors que la pression commençait à baisser, le pouls donnait 116 pulsations.
Pendant la période de dépression, le manomètre marquant 94 millimètres, le sphygmographe enregistrait 193 pulsations. Le tracé devient ensuite rectiligne, et il est impossible de compter les mouvements au cours de la phase d’hypotension.
A mesure que la pression se relève, nous voyons que les pulsations se maintiennent autour de 150 à 152 par minute.
Dans cette expérience nous n’assistons plus au même
phénomène qui nous avait frappé dans les autres : ici le cœur ne se relève pas parallèlement à la pression. Au contraire, durant toute l’expérience, le cœur n’a jamais repris son rythme normal : il est toujours allé en s'affaiblissant et en s' accélérant de plus en plus.
Ainsi, lorsque la pression est revenue à son niveau normal, avant l’injection de la deuxième dose, le nombre des battements s’est maintenu à 128, au lieu de 80 qu’ils représentaient à l’état sain.
Les injections successives diminuent l’amplitude des pulsations et les accélèrent. Après avoir reçu les 45 centimètres cubes de bouillon toxique, pendant que la pression balançait entre 158 et 180 millimètres, on comptait 164 pulsations.
Tout à fait à la fin de l’expérience nous relevons 232 battements, le manomètre ne marque que 68 millimètres. Malgré leur fréquence sur le tracé, les pulsations cardiaques sont nettement perceptibles : ceci tendrait à montrer qu’il existe entre les troubles vaso-moteurs et ceux du cœur une certaine indépendance. En effet, en plaçant la main sur le thorax du chien on sent fort bien les pulsations cardiaques qui ont encore une certaine énergie.
Voici le tableau comparatif du pouls et de la pression.
Pression (chute) 94 millimètres Pouls 192
— (relèvement) 136 - — — 152
— (après 45 ce.) 170 — — 164
— (chute ultime) 71 — — 232
La respiration a été très irrégulièrement modifiée. Ce qui domine, c’est l’accélération avec tendance au rythme saccadé et quelques arrêts en expiration.
Caractères généraux. — Ce chien pendant toute la
durée de l’expérience a beaucoup salivé ; il a présenté aussi de la dysurie et quelques défécations diarrhéiques. Il est resté abattu, dans un état complet d’anéantissement et de dépression.
Mis à terre l’animal avait une marche titubante et de l’incoordination dans les mouvements. Les modifications thermiques observées ne nous permettent pas d’avancer d’une façon ferme les variations subies par la température.
40 minutes après la fin de l’expérience, l’animal a manifesté des mouvements nauséeux: il salivait, avait du mâchonnement, portait la tête basse, se léchait. Les efforts de vomissements ne tardent pas à apparaître : ils sont extrêmement violents et semblent très douloureux, l’animal vomissant à vide, ils durent environ 2 heures.
Le lendemain, 1er février, le sujet est excessivement triste : poils hérissés, physionomie anxieuse ; il reste debout, la tête basse, respirant avec difficulté, dans l’attitude du chien qui se prépare à vomir; toutefois il ne rejette rien. En l’observant attentivement et surtout quand on le fait déplacer, on observe une faiblesse non douteuse du train postérieur.
Ce dernier symptôme s’est de plus en plus accusé dans l’aprèsmidi, la station droite devient impossible. La souffrance parait grande : il plaint sans cesse, ne porte aucun intérêt aux personnes qui l’approchent. A tout moment il cherche à se déplacer, mais n’arrive qu’à mouvoir la partie antérieure de son corps, le train postérieur demeure immobile complètement paralysé.
La sensibilité, tout en étant très diminuée, n’a pas disparu : en piquant fortement l’animal on peut encore le voir réagir.
La faiblesse s’accuse de plus en plus ; dans la soirée le chien eBt sur le flanc, il meurt la nuit suivante.
Autopsie. — Faite 6 heures après la mort.
On relève une congestion intense et généralisée de tout le système vasculaire. Le sang est noir, incoagulé, ne s’oxydant à l’air que très difficilement.
Le foie, la rate et les reins sont tuméfiés, gorgés de sang, leur tissu est friable. La congestion des reins est si intense que l’on
distingue à peine une démarcation entre les zones corticale et centrale.
A l’ouverture de l’intestin, on constate dans le côlon des hémorragies de la muqueuse, qui ne se retrouvent pas dans l’intestin grêle.
L’estomac présentaitunelésionrare et intéressante, qu’expliquent fort bien les violents efforts de vomissement que l’animal a eus dans ses derniers moments. L’anneau pylorique et la première partie du duodénum étaient totalement invaginés dans l’intérieur de la cavité stomacale.
A la palpation extérieure cette lésion se manifestait par un cylindre induré d’une longueur de 5 à 6 centimètres formant une saillie au niveau de l’estomac.
Les poumons, œdématiés, congestionnés.
Le cœur ne montrait aucune lésion.
A l’ouverture du crâne et du canal rachidien, on constatait la dilatation des vaisseaux, gorgés de ce sang noir dont nous avons parlé plus haut. La substance corticale montre à la coupe un piqueté hémorragique très abondant. A la base du cerveau, la substance nerveuse est comme ramollie, et représente une sorte de pulpe grisâtre. Cette altération s’observe jusqu’au niveau du bulbe.
La moelle, sauf une vive congestion, ne présente rien de particulier.
EXPÉRIENCE IV. -24 janvier 1895.
Bouvillon : 150 kilogrammes. Bon état. Pression : 161 millimètres. Pouls : 50 pulsations à la minute. Respiration : 8 mouvements (fig. 11).
On emploie la pneumobacilline préparée par M. le professeur Arloing.
Une injection de 2 cc. 5 est faite dans la veine jugulaire, 30 secondes après, survient une chute soudaine de pression avec accélération et affaiblissement des pulsations. La pression tombe à
92 millimètres, et le pouls donne 84 battements à la minute. Ce trouble circulatoire dure à peine 25 secondes.
Puis le manomètre s’élève assez rapidement et atteint, après une légère surélévation au-dessus de la normale, le niveau moyen de
Fio. il. — Pneumobacilline. Bouvillon. Etat normal des grandes fonctions (S : secondes. R : respiration enregistrée avec le pneumographe direct. P : pouls. M : pression). (5/6 de grandeur naturelle.)
156 millimètres. Le pouls à ce moment est peu modifié : 42 pulsations. Une nouvelle injection intraveineuse de 5 centimètres cubes est faite.
Le résultat immédiat est de déterminer le relèvement du niveau moyen de la pression qui oscille autour de 171 millimètres. Le pouls donne 80 pulsations. Cet état se maintient sans modification pendant 15 minutes.
Nouvelle injection intraveineuse de 15 centimètres cubes. Le
résultat immédiat sur la pression est nul ; le cœur paraît être très légèrement ralenti (fig. 12).
On continue l’expérience sans injecter de nouvelles doses de pneumobacilline pendant 45 minutes. Pendant ce temps, des modifications appréciables se développent lentement : le pouls est toujours un peu accéléré (60 pulsations), la pression est à 150 millimètres (fig. 13).
Une nouvelle injection intraveineuse de 10 centimètres cubes est pratiquée. Immédiatement l’état du pouls et de la pression ne se modifie pas. Puis on note une continuation de la marche descendante de la courbe manométrique, avec accélération et affaiblissement du pouls (fig. 14).
Successivement la pression tombe à 128 millimètres; 118; 114. Le pouls passe progressivement à 60, 66, 84 pulsations (fig. 15).
En comparant la marche clu pouls et de la pression, nous voyons qu’ici, comme dans les expériences I et II, les pulsations augmentent de fréquence à mesure que le manomètre baisse. Voici d’ailleurs le tableau :
2 cc, 5 Pression
92 millimètres
Pouls 48
15 cc. —
10 cc. —
Toutes ces variations se sont produites avec beaucoup de lenteur, mettant une heure pour se manifester, et s’accusant progressivement pendant un temps égal. Rien ne prouve que, l’expérience étant poussée plus loin, une aggravation des symptômes que nous venons de signaler ne se soit produite. Il y a tout lieu d’admettre cette idée, si
Fig. 12. — État des grandes fonctions après des injections intraveineuses portant à 22 c.c. 5 de pneumobacilline la dose totale injectée. (5/6 de grandeur naturelle.)
Fio. 13. — 45 minutes après les injections intraveineuses portant à 22 cc. 5 la dose totale de pneumobacilline injectée. (5/6 de grandeur naturelle.)
Fig. 14. — État des grandes fonctions après des injections intraveineuses portant à 32 cc. 5 la dose totaleinjectée. (5/3 de grandeur naturelle.)
Fio. 15. — Etat des grandes fonctions 2 heures après les injections intraveineuses de pneumobacilline portant à 32 cc. 5 la dose totale injectée. (5/6 de grandeur naturelle.)
nous nous reportons à ce qui a été vu dans l’expérience III. Alors que chez le chien les troubles respiratoires n’ont que peu d’importance, étant donnée la diversité des effets constatés, il est immédiatement intéressant de remarquer que chez le bœuf ils sont plus accusés et plus significatifs.
Dès la première injection de pneumobacilline, la respiration s’accélère, devient superficielle et haletante. Lés injections successives produisent des pauses expiratoires nombreuses.
Après l’injection des 22 centimètres cubes les mouvements respiratoires sont très accélérés (40-70 par minute) . A mesure que la pression tombe, la respiration, tout en demeurant plus fréquente qu’à l’état normal, reprend franchement le type précédemment décrit.
Caractères généraux. — La première dose de pneumobacilline a produit immédiatement une vive anxiété respiratoire avec accélération des mouvements du thorax, et un malaise général. A mesure que les injections étaient répétées, on voyait survenir une hypersécrétion considérable des glandes salivaires, du mufle et de la muqueuse des voies respiratoires. Rien du côté du tube digestif.
A la fin de l’expérience, hyperthermie : 39°, 9.
Le système nerveux semblait déprimé ; sur la table l’animal était comme abattu, plongé dans une sorte de torpeur apparente. Mis à terre, le bouvillon ne se tenait debout qu’avec beaucoup de difficulté, les membres écartés comme s’il cherchait à élargir sa base de sustentation.
Quand 30 minutes après la fin de l’expérience, on a voulu le conduire à l’étable, il oscillait, particulièrement du train postérieur et se heurtait aux murs.
Les suites n’ont pas été aussi simples qu’elles eussent pu l’être s’il se fut agi d’un chien ayant reçu proportionnellement à son poids une dose égale de pneumobacilline.
Le lendemain, 25 janvier, l’animal était encore très malade, refusant la nourriture, ne ruminant pas, salivant en abondance. Diarrhée fréquente.
Les modifications sécrétoires ont persisté longtemps ; cinq jours après l’expérience elles n’avaient pas encore complètement disparu. Peu à peu l’animal s’est rétabli, mais son état normal n’est complètement revenu qu’au bout de trois semaines.
EXPÉRIENCE V. — 7 février 1895.
Chien : 21 kg. 500. Bon état.
Cet animal a reçu le 5 février, 10 centimètres cubes de pneumo-
Fio 16. Pneumobacilline. Chien. (Exp. V). Ëlat des grandes fonctions 48 heures après une injection intraveineuse de lOcc. de pneumobacilline (b : secondes. R : respiration enregistrée avec le pneumographe direct. P : pouls. M : pression). (Grandeur naturelle.)
bacilline dans la veine jugulaire (bouillon stérilisé où a végété une culture de pneumobacillus bovis (ensemencée le 15 janvier).
Cette injection a paru déterminer immédiatement les troubles signalés habituellement en pareille circonstance. Le sujet a salivé et eu de la diarrhée. Le chien ne présentait aucun signe pathologique, sauf un peu d’hypertension bien nettement perceptible à l’exploration digitale.
Le 7 février, 48 heures après l’injection, l’animal est mis en expérience. La pression est uniformément basse ; elle est à 120 millimètres. Les oscillations sont faibles; leur simple examen permet de reconnaître la vaso-dilatation avec gêne circulatoire à la périphérie et stase sanguine. Le pouls accuse 88 pulsations à la minute. On note chez cet animal mieux que chez beaucoup d’autres les intermittences physiologiques spéciales aux sujets de cette espèce.
La respiration a beaucoup d’amplitude : 16 mouvements par minute (fig. 16).
On injecte dans la veine 5 centimètres cubes delà même substance. Cette injection qui détermine une chute immédiate et assez brusque de la pression, que nous avons toujours constatée, ne produit plus un semblable effet chez cet animal.
Le niveau moyen de la pression demeure à peu près constant ; les mouvements respiratoires ont une plus grande amplitude ; seul le pouls est influencé'. Ses mouvements sont beaucoup plus accélérés (fig. 17).
En résumé, il est intéressant de constater qu’une injection intraveineuse préalable de pneumobacilline s’oppose 48 heures après aux troubles à grands fracas vasomoteurs, toujours observés à la suite d’une première introduction de cette substance toxique. Toutefois, les effets sur le cœur ne font pas défaut, puisque nous le voyons s’accélérer en même temps que les pulsations perdent leur énergie.
Quand on a ramené le chien à sa loge, il paraissait déprimé, mais ne montrait pas les graves symptômes rele-
vés chez les autres animaux. Son état général semblait assez satisfaisant, aussi a-t-on été surpris, le lendemain matin, de le trouver inanimé.
Autopsie. — Les mêmes lésions contatées chez les sujets
Fio. 17. — Etat des grandes fonctions, l’animal ayant reçu en 48 heures 15 cc. de pneumobacilline, les injections intraveineuses faites en 2 fois. (Grandeur naturelle.)
injectés avec la pneumobacilline ont été relevées dans ce cas ; congestion intense des viscères qui sont gorgés de sang noir, visqueux, s’oxydant mal.
Aucune autre modification ne se montrant dans les organes, c’est bien à l’intoxication qu’il faut attribuer cette fin rapide et inattendue.
De cette expérience, deux faits ressortent nettement : le premier, c’est que chez un animal ayant reçu une dose faible de pneumobacilline, une nouvelle injection de toxine pratiquée 48 heures plus tard ne provoque plus les troubles vaso-moteurs à grands fracas que nous avons toujours observés à la suite d’une première injection. L’accoutumance aux premiers effets du poison se maintient donc au moins pendant ce laps de temps.
En second lieu, nous trouvons encore dans cette expérience l’indication d’une particularité peu ou pas connue : l’action favorisante d’une injection de toxines microbiennes sur les effets d’une dose injectée ultérieurement, qui n’eût pas été mortelle chez un animal n’ayant encore subi aucun contact avec les produits solubles.
En effet, ce chien a reçu une première injection de 5 centimètres cubes de pneumobacilline qui n’a pas déterminé pendant les heures suivantes de graves symptômes.
48 heures après, il reçoit une nouvelle injection de ■ 5 centimètres cubes de la même substance, ce qui porte à 10 centimètres cubes la quantité de poison reçue en 2 jours. Cette dose n’ajamais déterminé la mort de l’animal, soit immédiatement, soit plus tard, même ayant été administrée en une seule expérience.
De ceci, nous sommes en droit de conclure que la première injection de pneumobacilline a eu une action favorisante pour les effets nocifs delà seconde.
EXPÉRIENCE VI. — 14 février 1895.
Chien : 21 kilogrammes. — Bon état.
Dans cette expérience, nous nous proposons d’étudier directement les modifications subies par le cœur sous l’influence de la
Fio. 18. — Pneumobacilline. Chien. (Exp, VI.) Etat normal des contractions cardiaques, du pouls, de la pression (S : secondes. C : contractions cardiaques. M : pression). (Grandeur naturelle.)
pneumobacilline, au moyen du cardiographe à aiguille de Laulanié. — L’animal est très calme et convient parfaitement à cette
recherche qui demande une grande immobilité. En même temps que le tracé direct du cœur, nous relevons la pression et le pouls.
Nous relevons ainsi à l’état normal : contractions cardiaques, 126 par minute, ayant une amplitude moyenne de 16 millimètres. Pression, 165 millimètres (fig. 18).
On fait dans la veine jugulaire une injection de 2cc. 5 de pneumobacilline.
37 secondes après le début de l’injection, le cœur s’accélère, 138 pulsations, et s’affaiblit légèrement. L’amplitude de ses contractions n’est plus que de 12 millimètres.
La pression cède lentement, atteint 155 millimètres (fig. 19).
55 secondes après le début de l’injection, la chute franche de la pression s’établit pendant que le cœur s’affaiblissant encore inscrit 210 pulsations à la minute.
3 minutes après le début de l’injection, on a un ralentissement notable du cœur : 100 battements, avec des intermittences fréquentes. La pression n’est qu’à 48 millimètres (fig. 20).
Ces troubles cardiaques nous avaient échappé dans nos autres expériences : n’enregistrant pas le cœur, nous n’obtenions à ce moment qu’une ligne droite, ne nous donnant aucun renseignement sur l’état de cet organe.
La pression reste stationnaire à son niveau inférieur pendant 3, 4 minutes. Le cœur ne présente plus que 84 contractions, mais leur amplitude est supérieure à celle qu’on enregistrait à l’état normal : elle s’élève à 22 millimètres (fig. 21).
Donc, pendant la phase d’hypotension primitive qui suit immédiatement l’injection initiale, le cœur, après s'être accéléré en s' affaiblissant un peu , se ralentit en se renforçant. Ce renforcement n’agit pas sur la pression qui demeure à peine ondulée. Ceci prouve une vaso-dilatation considérable avec relâchement des vaisseaux.
La pression se relève progressivement, et 8 minutes après le début de l’injection, le manomètre marque 72 millimètres, le cœur inscrivant 75 contractions (fig. 22). Le caractère de ces contractions est brusque : le soulèvement et la chute de la plume sont très rapides.
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