CHAPITRE V
Résumé des effets physiologiques produits par les toxines du microbe de la morve.
L’examen des observations recueillies après l’injection intraveineuse de malléine donne des résultats intéressants et très différents de ceux obtenus avec la pneumobacilline ouïes produits solubles du bacillus heminecrobiophilus . Nous avons constaté que l’âne, excellent terrain de culture pour le microbe de la morve, présentait des modifications beaucoup plus appréciables que le chien.
Non seulement les phénomènes relevés du côté des grandes fonctions sont intéressants, mais encore les troubles généraux sont considérables.
Nous voyons en somme que, chez le chien et l’âne, une première injection de malléine agit sur les grandes fonctions, mais bien différemment de la pneumobacilline. Chez aucun de nos animaux nous ne relevons la chute brusque de pression, suivant immédiatement le premier contact du
poison avec les centres nerveux. Nous observons au contraire une hypertension artérielle élevant la pression de 20 à 25 millimètres au-dessus de la normale.
Le pouls subit en même temps de sérieuses modifications. Les pulsations se renforcent et se ralentissent : de 60, elles arrivent en quelques minutes à 42, chez l’âne ; et de 126 elles tombent à 90 chez le chien.
Au bout de 10 à 15 minutes tout est rentré dans l’ordre.
Si alors on pratique de nouvelles injections, les mêmes modifications surviennent, mais avec une intensité beaucoup plus marquée.
Nous avons vu chez le chien, une dose de 10 centimètres cubes de malléine élever la pression à 201 millimètres, le pouls devenant imperceptible.
Sur l’âne, une quantité totale de 5 centimètres cubes seulement amène le manomètre à 223 millimètres et le pouls est extrêmement ralenti ; il ne bat plus que 36 fois par minute.
Cette hypertension extrême, qui survient environ de 8 à 10 minutes après la totalité de toxines reçues, a une durée fort passagère. Au bout de très peu de temps des phénomènes absolument inverses s’établissent. Après de nombreuses oscillations présentant toujours une tendance manifeste à la chute, l’hypotension commence à s’installer lentement et progressivement. Dans l’expérience 1, 2 heures après le début de l’expérience, le chien qui présentait à l’état normal 167 millimètres de pression n’a plus que 68 millimètres. Le pouls s’est accéléré, on compte 204 pulsations par minute.
Dans l’expérience 111, l’âne après une dose de 2 cc. 5 de malléine ne présente plus l’hypertension du début. Au bout
de 1 h. 10 minutes la pression est à 85 millimètres au lieu de 176, sa normale; le pouls a 247 pulsations.
Nous avons injecté 4cc. 5 de malléine à un chien (exp. II) par dose quotidienne de 1/2 centimètre cube. Mis sur la table d’observation , nous avons constaté de l’hypotension, le manomètre ne marquait que 120 millimètres. Ceci nous a paru montrer l’action à distance du produit toxique. Toutefois si elle n’était confirmée par les autres, cette expérience n’aurait aucune portée.
En résumé, sous l’influence de la malléine, la pression et le pouls traversent deux phases distinctes :
La première, fugitive et suivant le premier contact de la toxine, est caractérisée par une hypertension manifeste, s'accompagnant d’un renforcement et d’un ralentissement du pouls.
La seconde survient quelques minutes après l’injection d’une nouvelle dose variable de produits solubles; son intensité diffère suivant l’animal. Elle est cacactérisée par une légère hypertension à laquelle succède rapidement une période d’oscillations descendantes. Le pouls s’accélère.
Enfin l’hypotension s’établit franchement et atteint un niveau manométrique très inférieur. Le pouls devient très rapide, mais perd considérablement son énergie.
Nous avons encore relevé des phénomènes généraux d’intoxication :
Hypersécrétion des glandes salivaires et intestinales ; nausées, quelques vomissements, tremblements généralisés sous forme de crises, diarrhée et péristalisme intestinal. Tristesse, abattement.
Chez l’âne, nous avons relevé, comme l’avaient] déjà
observé MM. Cadiot et Roger, une sudation extrêmement abondante dès les premières injections ; mais bientôt, fait intéressant, l’hypersécrétion sudorale a complètement cessé, et même les plis articulaires présentaient la plus grande sécheresse.
L’autopsie des deux chiens mis en expérience nous a montré que la malléine agissait comme les autres poisons bactériens; nous avons eu une congestion intense des viscères, une entérite considérable avec boursouflure de la muqueuse qui se détachait en certains points sur de longues surfaces. Viscosité du sang, etc...
Quant à l’action de la tuberculose, qui a été si magistralement décrite par M. le professseur Arloing, l’observation que nous présentons n’a pas la prétention d’exposer ses effets. Dans notre expérience les résultats ont été peu probants : nous avons obtenu 48 heures après l’injection de la toxine une légère hypertension vasculaire. Nous avons de plus confirmé les recherches de MM. Cadiot et Roger relativement à l’action sudorale, et enfin les effets négatifs ou à peu près obtenus, ont prouvé que des quantités variables de bouillons de culture, ou de produits, ne déterminent aucune manifestation, et que les troubles sont donc dus à l’action spéciale de la toxine injectée et non au véhicule qui la porte.