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ET D’UN NOUVEAU ET PUISSANT MOYEN D’Y REMÉDIER

Messieurs,

J’ai cru devoir porter à votre connaissance, et à celle du public médical, du haut de cette tribune, deux faits que j’ai eu l’occasion d’observer récemment, et qui m’ont paru et vous paraîtront, je l’espère, dignes de votre intérêt et de votre attention, au double point de vue scientifique et pratique.

Il s agit de l'asphyxie par submersion , de la mort apparente et réelle qui en peuvent être la conséquence; et des moyens de la conjurer ef d’y remédier, d une manière efficace, dans des conditions parfaitement déterminées.

Voyons d’abord les faits (1) :

Observation I. — Sur une petite plage normande, où je vais d’habitude passer mes vacances, se

il) Le caractère anecdotique que j’ai cru devoir donner et conserver h cette relation, de façon b ne négliger aucun détail, fait mieux ressortir les conditions et les circonstances dans lesquelles se sont produits les faits et les résultats dont il s’agit.

trouve, à quelques centaines de mètres de la dune, un de ces grands rochers qui, à marée basse, et surtout dans les grandes marées, sont l’attrait et le rendez-vous des pêcheurs de coquillages. La surface et les crêtes du rocher, lorsque la mer s’est suffisamment retirée, peuvent être parcourues et explorées sans aucun danger, étant presque à sec ; et c’est là que se récolte le coquillage vulgaire et le plus abondant, la moule, dont s’approvisionnent pour leur alimentation ou pour leur trafic, les habitants pauvres de la côte.

Mais, autour du rocher et dans ses anfractuosités où il faut aller chercher, à une plus ou moins grande profondeur, la crevette de choix et le crabe comestible, ce n’est pas sans risques que l’on s'aventure dans des endroits dont on n’a pas une parfaite connaissance, surtout si, dans l’oublieuse ardeur de la pêche, on ne se préoccupe pas du flot remontant qui arrive, parfois, avec une rapidité imprévue et traîtresse.

J’ai suffisamment appris, personnellement, ce danger, auquel j’ai eu, une fois, la plus grande peine à échapper pour m’être bien promis de ne plus jamais m’y exposer; et j’ai tenu parole.

C’est là, sur ce rocher, et dans ces conditions, qu’un jour du mois de septembre dernier, deux personnes, un jeune homme d’une trentaine d’années et un enfant de 14 à 15 ans, venus ensemble à la pêche et s’y livrant côte à côte, furent tout à coup submergés et menacés d’être engloutis sous le flot montant.

Le père de l’enfant, chez lequel le jeune homme était arrivé la veille en villégiature, et qui était

aussi de la partie, mais, prudemment, n’avait pas quitté la crête du rocher, voyant son fils disparaître et oubliant qu’il savait lui-même-à peine nager (la sollicitude paternelle est, on va le voir, un excellent professeur de natation), se précipita dans l’eau, parvint à saisir l’enfant et put le ramener de façon à ce qu’une des personnes présentes pût le recueillir dans un filet.

Puis le père, n’écoutant que son impulsion de sauvetage, courut au jeune homme dont le corps émergeait de temps en temps, et, après une de ces luttes épiques qui se terminent souvent par deux noyades au lieu d une, il finit par ramener, en le poussant vers le rocher, le corps en apparence inanimé qui, comme l’enfant, put être chargé sur un filet. &

L’un et l’autre furent transportés sur une charrette à la maison habitée par le père et sa famille, heureusement située sur la dune, tout au bord de la mer, à proximité du lieu de l’accident.

Pendant que les deux noyés étaient placés chacun dans un lit, et qu’ils étaient l’objet, de lapart des nombreux assistants attirés par l’événement, des soins immédiats suggérés par la nature dé l’accident, et consistant surtout dans des efforts de réchauffement, on était allé quérir un premier médecin, ancien interne des hôpitaux de Paris, qui se trouvait être en villégiature maritime toutàfait au voisinage de la précédente habitation ; puis un second, un vénérable confrère qui a longtemps pratiqué à Paris et a pris, dans le pays, sa retraite professionnelle. Ils ne tardèrent point à arriver, l’un et l’autre, et se mirent en devoir de prodiguer aux noyés tous les secours que la science et l’art les

plus éclairés sont capables d’inspirer, en pareille occurrence.

L’enfant, qui avait été retiré le premier, et qui avait évidemment subi un moindre degré de submersion asphyxique1, fut assez vite et complètement ramené à la vie, sans que, pour le dire de suite, il se soit produit, chez lui, aucun accident consécutif.

Il n’en alla pas de même, tant s’en faut, comme on va le voir, du second malade.

Toutes les tentatives, lorsque j’arrivai, de mon côté, c’est-à-dire après plus d’une heure, étaient restées infructueuses. C’est ce que vont bien montrer le moment et les conditions de mon intervention, qu’il n’est pas indifférent, dans l'intérêt du résultat obtenu, de préciser.

Pendant que se passait le petit drame que je viens de raconter, avec ses péripéties immédiates et subséquentes, je veux dire celles du sauvetage et des secours médicaux, j’étais, moi aussi, à la pêche, mais au bord d’un modeste ruisseau, assez loin dans les terres, et je tendais l’appât à des murènes, qui n’étaient certainement pas celles de Lucullus, lorsqu’une fillette que l’on avait dépêchée à ma recherche arriva près de moi, tout essoufflée, et me dit d’une voix entrecoupée : « Venez vite chez M. X..., son fils s’est noyé... Mais s’il est «noyé», répondis-je avec l’aepent d’un pêcheur dérangé et qui sent mordre... ses victimes, que pourrais-je lui faire ? » et, me souvenant qu il y avait déjà deux confrères dans le pays et sur place : « MM. les docteurs C... et L..., ajoutai-je, n’ont-ils pas été appelés? — Pardon, répondit la

fillette, mais on m’a tout de môme envoyé vous chercher. »

« Eh bien ! répliquai-je, puisqu’ils y sont, je deviens inutile. » Et, fort de cette assurance, qui mettait à l’aise ma responsabilité, jem’apprêtais à continuer ma pêche, pleine de promesses, et qui, oelle-là du moins, ne présentait aucun danger, lorsqu’un retour de réflexion me suggéra l’idée importune que je manquais peut-être à mon devoir, et que je m’exposais, en ne répondant pas à l’appel qui m’était fait, à un remords professionnel , Je pliai bagage et je partis.

Tout en marchant d'un pas rapide, il me fallut au moins vingt-cinq minutes pour franchir la distance qui me séparait du lieu où j’étais attendu. Lorsque j’y arrivai mes deux confrères s’empressèrent de venir au-devant de moi, sur le perron de la maison, pour m’annoncer que l’un des noyés, le plus jeune, était entièrement revenu à lui, mais que c’en était fait de l’autre, et que, malgré tous les efforts, il était en état de syncope terminale et irrémédiable.

Par acquit de conscience, et non pour m’assurer d’une chose dont je ne pouvais douter après une telle affirmation, j’allai auprès du... mort, qui avait bien, en effet, toutes les apparences d’un cadavre :

Pâleur livide, refroidissement glacial des extrémités, passivité des membres, retombant comme des masses inertes; insensibilité absolue à toute excitation ; absence complète de pouls, de battement et de bruit cardiaques, de murmure et de souffle respiratoires : en un mot, tous les signes, et les mieux caractérisés, de la mort apparente. Toutefois, en soulevant la paupière à demi close,

je crus apercevoir un degré de rétrécissement pupillaire qui ne cadrait pas avec un état asphyxique confirmé et la mort définitive; et lorsque, frappé de cette particularité, je voulus en même temps ouvrir la bouche, pour réaliser la manœuvre dont je vais parler, je rencontrai une certaine résistance, témoignant d’un certain degré de roideur des mâchoires.

Enhardi par ces indices, je demandai une cuillère, et je l’enfonçai délibérément dans l’arrièregorge, pendant que, de l’autre main, je saisissais la langue, et je l’attirais fortement à moi hors de la bouche : tout aussitôt se produisait un violent et bruyant hoquet inspiratoire, et un flot de liquide était lancé par un vomissement réitéré et abondant.

Grâce à la béance toujours maintenue de la bouche et de l’arrière-bouche, et à la traction concomitante de la langue, les inspirations bruyantes se répétèrent, en se succédant, d’abord trè3 lentes et espacées, ensuite plus fréquentes, et bientôt leur production rythmique et spontanée m’avertit du retour et d’un commencement de la respiration normale.

Entre temps, j’avais fait appliquer sur la région précordiale, et sur toute la région antérieure de la poitrine, une serviette pliée en compresse, et trempée dans de l’eau très chaude, presque bouillante, et de vigoureuses frictions étaient pratiquées sur les membres, surtout les inférieurs, par un aide très entendu, qui se trouvait être un ancien infirmier militaire.

Après 30 à 3b minutes environ de ces manœuvres persistantes et continuation des tractions lin-

guales, je commençai à percevoir à l’auscultation les battements cardiaques, très faibles, profonds et lents; et c’est à peine si le pouls radial se laissait sentir, en remontant assez haut le long du bras ; mais la pulsation carotidienne était nettement perceptible quoique faible. Le pincement et surtout la piqûre un peu profonde de la peau commençait a provoquer de légers mouvements réactionnels, mais sans expression consciente.

La face se colorait peu à peu, et la chaleur revenait au tronc, les extrémités restant encore et longtemps froides.

Enfin au bout d’une heure environ, je pus me croire maître de la situation : les fonctions de respiration et de circulation s’étaient rétablies à peu près dans leur normale, les yeux s’étaient ranimés, mais la perception et la conscience n’étaient pas encore revenues ; des gémissements plaintifs, inarticulés, s’échappaient automatiquement de la bouche du malade ; on y saisissait, par instants, les monosyllabes « Mon Dieu! »; un peu plus tard, il répétait sans cesse : « C’est affreux », toujours sans conscience apparente; car, toute interrogation, quelqu'insistante qu’elle fût, ne parvenait à provoquer aucune réponse, aucune attention. Ce ne fut que vers dix heures du soir, c’est-à-dire quatre heures au moins après la revivescence végétative, que le malade commençait à reconnaître les personnes, et à se rendre compte de sa situation.

Mais— fait curieux, qui, sans être nouveau, s’est produit, dans ce cas, avec une accentuation et une persistance exceptionnelles - tout souvenir de ce qu i

s’était passé à partir du moment où il est parti à la pêche (etencorele départ n’est-il pas très clair dans son esprit) est absolument effacé : l’obscurité, la lacune commémoratives sont complètes, à ce sujet : et aujourd’hui encore, plus de dix mois après l’accident, cette lacune n’est point comblée, l’état d’amnésie, absolue existe encore, bien que d’une façon générale M. X..., avec lequel je suis resté en relation, se rende parfaitement compte du danger extrême qu’il a couru, et de la résurrection — il est permis, je crois, d’employer le mot — dont il a été l’objet (1).

Voici, en effet, la lettre qu’il m’adressait à la fin de l’année présente, et dont je crois devoir reproduire le fragment ci-après, — non pas pour m’en prévaloir, et en tirer vanité, la satisfaction du résultat me suffit, — mais pour bien marquer la réalité du fait par le meilleur des témoignages, celui du véritable intéressé :

« Si j’ai pu voir la fin de l’année 1891, c’est à vous que je le dois. Au mois de septembre dernier, vous m’avez arraché à une mort certaine. Je suis un vrai ressuscité, et vous êtes mon sauveur. Je vous dois la vie, je ne pourrai jamais m’acquitter envers vous... »

Tel est le premier fait que j’ai cru devoir rapporter dans ses principaux détails; la relation du second pouvant être maintenant plus facilement abrégée.

(t) .T’ai <u le plaisir de revoir M. X... deux ans après l'accident, et il n’avait pas encore récupéré la mémoire nette de ce qui lui était arrivé.

Obs.II. — Ce second fait qui — dans sa réalisation — est d’ailleurs le premier en date, et qui n’est pas étranger, par la pratique des moyens qu’il a pu me suggérer, au résultat obtenu dans le cas precedent, s’est produit sur la même plage maritime, dans les circonstances suivantes :

Un jour du mois d’août, vers dix heures du matin, au moment de la montée de la marée, on venait, en toute hâte, me chercher dans ma cabine, où je passe habituellement ma matinée à travailler, en me disant que Madame X.. une habitante bien connue du pays, venait d’être retirée mourante de la mer, à la suite d'un bain qu’elle était venue prendre avec une de ses compagnes.

A peine s’était-elle plongée dans l’eau qu’elle avait été prise d’un malaise subit, accompagné d’une syncope, qui persistait après qu’elle eut été arrachée à la submersion, et transportée dans une cabine, d'ailleurs tout à proximité de la mienne. J’y arrivai donc en quelques pas,etje trouvai Madame X..., en costume de bain, étendue sans connaissance, la face d’une pâleur livide, sans respiration apparente, le pouls imperceptible, les battements du cœur insaisissables.

N’ayant à ma disposition rien de ce qui peut être immédiatement approprié et utile en pareil cas, notamment aucun moyen de réchauffement, d’autant plus nécessaire ici que l’habit de bain trempé et collé au corps, d’où il était difficile de le détacher, y entretenait un refroidissement général et fatal, j’eus l’idée d’enfoncer le plus profondément possible mon doigt dans l’arrière-gorge, et, tout en abaissant la base de la langue, de tirer

Ula;

successivement sur celle-ci : la manœuvre ne tarda pas à être suivie d’un violent hoquet respiratoire avec le rejet d’une certaine quantité d'eau et dé quelques débris alimentaires; je la reproduisis sans désemparer, les inspirations bruyantes se succédèrent, et bientôt la respiration se faisait, avec son caractère spontané et rythmique; à là suite, les bruits du cœur et par conséquent ses battements redevenaient perceptibles, de même que les pulsations artérielles.

On avait apporté de l’eau, que j’avais fait demander bouillante à la maison du village la plus prochaine, et des serviettes trempées dans cette eau servaient à frictionner le corps, dépouillé 9nfin de 1 habit de bain : une de ces serviettes avait été appliquée sur toute la surface antérieure du thorax, au risque d’y déterminer une brûlure superficielle, et cette application avait manifestement hâté le rétablissement définitif des mouvements respiratoires et des battements cardiaques.

Enfin, après trois quarts d’heure environ de ces tentatives, Madame X... était complètement revenue à elle et à la vie : il ne lui est resté de l’accident que le souvenir; et, comme j’ai pu m’assurer qu’il y avait chez elle une prédisposition cardiocirculatoire (signes d'endocardite avec détermination auriculo-ventriculaire gauche prédominante et artério-sclérose), ce souvenir, aidé de mes conseils (le souvenir eût, sans doute, suffi), l’a éloignée de toute idée de recommencer l’épreuve, et par conséquent de l’habitude du bain de mer.

Réflexions et interprétation. — L’interprétation de ces résultats et les conclusions qu’ils comportent pratiquement sont simples et faciles :

Au point de vue de l’accident considéré en luimême, il est certain que, dans l’un et l’autre cas, les phénomènes de submersion, au moment du sauvetage, en étaient encore à cette période où l’entrée de la glotte, fermée par la contraction spasmodique qui constitue le réflexe défensif par excellence, et — il est permis de le dire — providentiel, n a pas encore cédé à l’effraction imminente, et donné passage à l’eau dans les bronches; inondation bronchique qui réalise, d’ordinaire, les conditions irrémédiables de l’asphyxie. La cavité stomacale reste seule envahie; mais cet envahissement n’est pas sans danger et peut apporter, par la gêne excessive du diaphragme, un obstacle sérieux au rétablissement de la fonction respiratoire : notre premier cas en a fourni un exemple remarquable;' car le rejet, provoqué par notre manœuvre, de la grande quantité de liquide que contenait l’estomac, a singulièrement facilité le rappel respiratoire.

Mais 1 effet et 1 importance de cette manœuvre résident principalement dans l’action puissante que 1 excitation de la base de la langue, et surtout ses tractions, exercent sur le réflexe respiratoire; ces tractions peuvent et doivent, d’ailleurs, être réalisées d une façon rythmique , en s’appropriant, en quelque sorte, au rythme de la fonction qu’il s’agit de réveiller.

Origine expérimentale du procédé. — L’idée de l’emploi de ce procédé , dans les circonstances que nous venons de relater, nous a été suggérée, nous le répétons, par un souvenir expérimental : lorsque, dans notre laboratoire, nous sommes en présence d’un état syncopal ou asphyxique accidentel, chez un animal en expérience, notamment à la suite de l’anesthésiation chloroformique ou chloralique, en même temps que nous nous mettons en devoir de faire intervenir l'électrisation (par le passage des courants interrompus de la bouche à l’anus) et la respiration artificielle, notre premier soin est de saisir la langue — non pas seulement, comme cela se fait en chirurgie, pour dégager l’ouverture pharyngo-laryngée — mais pour opérer sur elle des tractions réitérées et rythmées, qui suffisent le plus souvent, à elles seules, pour provoquer le retour de la respiration.

Pour saisir et bien tenir la langue, qui glisse, on le sait, avec grande facilité, nous avons, au laboratoire et à l’hôpital, des pinces appropriées; mais, dans les conditions accidentelles, imprévues et extemporanées dont il s’agit dans cette note, et où je me suis trouvé, la préhension avec la main est la seule ressource : le moyen le meilleur et le plus sûr de la réaliser, c’est, en même temps que l’on s’est armé d’une cuiller (si l’on en a une à sa disposition) pour maintenir l’ouverture de la bouche et appuyer sur la base linguale, — c’est, dis-je, d’entourer ses doigts d’un mouchoir, -afin d’éviter, autant que possible, le glissement et l’échappement de la langue, qu’il ne faut pas craindre de tenir avec force, et sur laquella il faut tirer hardiment.

Tel est le procédé, d’origine expérimentale, nous tenons à le répéter, qui nous a si merveilleusement réussi, — que nous n’avons trouvé signalé nulle part, — et que pour ce double motif, et dans un intérêt pratique sur lequel il n’est pas besoin d’insister, nous avons cru devoir recommander à l’attention de nos confrères ; sans préjudice, bien entendu, des autres moyens rationnels adjuvants et usuels en pareille occurrence : Un des plus efficaces, et en même temps des plus simples et des plus faciles à mettre en œuvre, c’est l’eau chaude, principalement à la région thoracique antérieure et précordiale, au risque de produire des brûlures superficielles, dont l’effet, incitateur des mouvements respiratoires, peut être d’un réel et grand secours.

Au point de vue des signes, l'état 'pupillaire est, comme on vient de le voir, d’une haute importance ; et c’est aussi — qu’il me soit permis de le rappeler — dans une étude expérimentale sur ce sujet spécial, étude dont les principaux résultats ont été consignés dans la thèse (1) d’un de mes anciens élèves, M. le docteur Piot, actuellement médecin-major, que j’ai puisé le souvenir et l’idée d’un examen propre à suggérer une intervention active et confiante.

En tout cas — et c’est là ma conclusion dernière — il ne faut jamais désespérer, en de telles circonstances, même en présence d’une mort, que

(1) Recherches expérimentales sur la mort apparente dans l’asphyxie et son traitement par un procédé nouveau de respiration artificielle. Thèse de Paris, 1882.

l’on peut croire, et que l’on a toutes les raisons apparentes de croire réelle : la foi, une foi puissante et invincible dans les ressources de l’art et de la science, doit être le mobile et l’inspirateur de l’homme professionnel ; et je répéterai, à ce sujet, ce que je disais il y a plus de vingt ans, à l’occasion d’un autre fait de résurrection médicale, dans lequel j’ai puisé, pour mon compte personnel, cette foi qui ne m’a jamais abandonné, et qui fut le point de départ de mes recherches sur la mort apparente :

« Il faut traiter un cadavre pour le rappeler à la vie, comme un vivant pour le rappeler à la santé.

06s. III et IV. — Sur le rappel a la vie de deux

NOYÉS EN ÉTAT de MORT APPARENTE

Par le procédé de la langue.

Communication au nom de M. le docteur Foorès (De Gimont, Gers).

La communication précédente que j’avais 1 honneur de faire à l’Académie, le 5 juillet, sur un nouveau et puissant moyen de ramener et de rétablir le réflexe respiratoire et, par suite, la fonction de respiration dans le cas de mort apparente, et que j’appellerai, par abréviation, le procédé de la langue, ne tarda pas à avoir un premier résultat pratique, que je m’empressai, dans un intérêt public et de vulgarisation, de faire connaître, le 4 octobre 1892.

Ce résultat a été obtenu par un de nos honorés confrères du département du Gers, M. le docteur

Fourès (de Gimont), qui me l’annonçait dans une de ses lettres du 5 août, dans les propres termes suivants :

« J'avais lu avec intérêt la communication que vous avez faite à l'occasion d’un noyé, que vous avez pu rappeler à la vie, par une manœuvre consistant à tirer la langue au dehors et cela par intervalles réguliers.

Pas plus tard qu’hier, je me suis servi de votre méthode sur une femme de 30 ans et sur son enfant âgé de 8 ans, qui avaient été retirés de l’eau après une submersion assez longue, et qui ne donnaient plus aucun signe de vie.

N’ayant point de pinces à ma disposition, j’ai pu desserrer les mâchoires, pénétrer avec l'index dans l’arrière-gorge, et amener la langue au dehors.

Ce moyen a été immédiatement suivi de vomissements d’une grande quantité de liquide et de débris alimentaires. J’ai répété cinq fois la manœuvre chez mes deux noyés, et, après 20 minutes d’efforts, j’avais obtenu des mouvements d’inspiration, que j’ai continué à favoriser par les procédés usuels.

Mes deux noyés étaient sauvés.

J'attribue tout le mérite de ce succès à votre méthode qui sera désormais la seule que j’emploierai et que je recommanderai à mes confrères... »

Le fait n’a pas besoin de commentaire; il parle suffisamment par lui-même, grâce au résultat heureux qui le constitue.

Je n’y ajouterai qu’une seule réflexion : les deux noyés, en état de mort apparente, étaient évidemment dans les conditions, que j’ai signalées dans ma première communication, d’occlusion spasmodique de la glotte, s’opposant ainsi à l’inondation bronchique irrémédiable; ce qui le prouve, c’est la roidour des mâchoires, puisque, selon la narration

de M. le docteur Fourès, elles ont dû être desserrées par l’introduction des doigts dans la bouche.

Sur le point relatif à la diversité et à la variété des conditions pathogéniques immédiates de la mort par submersion, je suis tout à fait d’accord avec mon éminent collègue et ami, le professeur Brouardel, dont je suis heureux d’avoir suscité les judicieuses remarques dans l’une des séances qui ont suivi ma communication. Il n’est pas douteux, d’après cela, que l’efficacité et la réussite du procédé de sauvetage dépendent essentiellement de l’opportunité de cette application, laquelle réside dans la situation réelle et fonctionnelle du submergé au moment de l’intervention.

Mais il est curieux de remarquer à ce propos — et j’y insiste à nouveau — que la période opportune et favorable, dont il s’agit, peut persister et durer assez longtemps encore (plus d’une heure, selon mes propres observations) après la noyade, pour permettre le rappel de la respiration et de la vie.

Les deux faits de M. le docteur Fourès en sont une preuve nouvelle, et ils apportent à l’efficacité du procédé de la langue dans les cas de mort apparente par submersion, une confirmation qui, je l’espère, ne sera pas perdue pour les occasions à venir.

Aux faits qui précèdent, il nous est permis d ajouter les suivants, non moins concluants, surtout le premier, grâce à l’obligeance d’un de nos anciens collègues d’internat et ami, le docteur Sorre (de Saint-Malo):

06s. y.— Rappel a la vie d’un noyé âgé de 76 ans,

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