‹ Les tractions rythmées de la langue [electronic resource]Chapitre 4 sur 44 · RETIRÉ DE L’EAU DEPUIS UNE HEURE · texte numérisé non relu

RETIRÉ DE L’EAU DEPUIS UNE HEURE

Par M. le Dr Sorre,

Chirurgien de l’hôpital de Saint-Malo.

« Le 15 août dernier, à minuit, je fus demandé pour aller donner mes soins, sur les quais de Saint-Malo, à un noyé qui avait été retiré de l’eau depuis une heure et qu’on ne parvenait pas à ramener à la vie. On le croyait mort.

Je me rendis aussitôt à l’endroit indiqué, et voici ce que j’appris :

A onze heures, un vieux marin de 76 ans, très probablement en état complet d’ivresse, était tombé dans l’avant-port où la mer était haute; un douanier de service entendant la chute se rendit immédiatement à l’endroit présumé et jeta, un peu a l’aventure, vu l’obscurité, sa ligne, et eut la chance de le saisir avec un des grapins dont elle est munie, et de l’attirer sur le quai, avec l’aide de trois personnes qui passaient.

Immédiatement, ces quatre personnes se mirent en devoir de retirer tous ses vêtements, de l’envelopper d’une couverture de laine, de le frictionner vigoureusement en faisant des pressions alternatives sur la poitrine, de façon à rétablir les mouvements respiratoires.

Aussitôt arrivé, je pris dans ma trousse une pince hémostatique. J’ouvris de force la mâchoire, que je fis maintenir ouverte avec le bout de ma canne introduite entre les dents (voir le dessin cicontre), je saisis fortement la langue avec cette

pince, et exécutai des mouvements rythmés de cet organe dix-huit à vingt fois par minute.

Je continuai cette manœuvre pendant une vingtaine de minutes, malgré tout ce qui se disait autour de moi, notamment que tout ce que je faisais était inutile.

Enfin, au bout de ce temps, j’eus la grande satisfaction non de voir, parce qu’il faisait une nuit obscure, mais de sentir avec la main de petits mouvements de soulèvement et d'abaissement de la région diaphragmatique; cinq minutes après, la respiration, quoique encore non régulière, se produisait amplement et me faisait espérer que, s’il ne survenait aucun accident congestif, le résultat obtenu serait définitif.

Je fis conduire ce ressuscité chez lui, le fis envelopper de couvertures, lui fis donner des boissons chaudes, et le laissai en cet état, quoique la connaissance ne fût pas revenue, et que je n’eusse pu obtenir une parole de lui.

A quatre heures du matin, il fut pris d’une débâcle complète par haut et par bas, et immédiatement toutes les fonctions revinrent à leur état naturel.

36 heures après, mon bonhomme reprenait ses fonctions de batelier. »

Obs. VI. — Rappel a la vie d'un noyé âgé de 30 ans,

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