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DANS L’ASPHYXIE DÉTERMINÉE PAR STRANGULATION

Par M. Dëmeurisse,

Vétérinaire à Paris, inspecteur des viandes de boucherie.

« Le 5 juillet 1892, M. Laborde communiquait à l’Académie de Médecine l’histoire de deux noyés, en état de mort apparente, qu’il avait ramenés à la vie par un procédé jusque-Là inconnu, procédé consistant à attirer fortement et à plusieurs reprises la langue hors de la bouche, réveillant ainsi le réflexe respiratoire. Chez un de ces noyés, on avait inutilement mis en œuvre, pendant une heure environ, les procédés de respiration artificielle habituellement employés.

Le 22 novembre, il faisait part à la même assemblée de deux succès obtenus par M. le docteur Billot qui avait rappelé à la vie, grâce au « procédé de la langue », deux individus asphyxiés par le gaz des égouts.

Enfin, l’on sait que dans le Recueil de Médecine vétérinaire, du 15 mars 1892, M. Mutelet, vétérinaire à Mouillonpont, relatait l’observation d’un veau nouveau-né en étatde mort apparente, ramené

à la vie par l’emploi du procédé en question. Ce fait, disait à l’Académie de Médecine M. Laborde, tend à prouver que les accoucheurs pourraient utiliser ce procédé, le cas échéant, chez les enfants nouveau-nés menacés par 1 asphyxie (1).

Comme on le voit, le procédé de la langue a été appliqué dans l’asphyxie par submersion, dans l’asphyxie par le gaz des égouts, et enfin dans 1 asphyxie des nouveau-nés, etc.

Je l’ai essayé dans l’asphyxie déterminée par strangulation, ce qui, jusqu’à cette date, n’a pas encore été fait, ainsi que l’attestent les publications médicales.

Ces jours derniers, 18 avril et 21 avril, deux chiens de taille au-dessus de la moyenne, l’un bull-dog, âgé de 4 ans, atteint de bronchite chronique, l’autre, chien de chasse, âgé de 5 ans, presque aveugle, destinés à être abattus, étaient maintenus pendus jusqu’à dispa-

(1) Un grand nombre de cas d’asphyxie des nouveau-nés ont été traités depuis, avec succès, par le procédé de la langue, après l’échec des autres moyens en usage, ainsi qu’en témoignent les communications de M. Laborde sur ce sujet particulier et les nombreux faits qui précèdent.

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rition de tout mouvement respiratoire. Le cœur battait faiblement. Après les avoir débarrassés de la corde qui leur enserrait le cou, ils furent couchés sur le côté gauche.

Des tractions successives et réitérées de la langue, saisie avec des pinces à pansement, ne tardèrent pas à provoquer chez eux l’apparition de mouvements respiratoires, et à rappeler à‘ la vie ces deux animaux, qui pouvaient être considérés comme infailliblement perdus.

Je constatai chez le chien de chasse, pendant les premiers moments occupés par les manœuvres de tractions de la langue, une secousse vive et de courte durée du corps et des membres.

Deux heures après, ce même chien, qui avait été soumis à cette expérience, fut pendu de nouveau, et le procédé fut appliqué dans de plus mauvaises conditions que la première fois :

Battements du cœur à peine perceptibles, langue violacée, muqueuse buccale cyanosée, absence de mouvements respiratoires, réflexe cornéen ébauché. Je n’espérais pas celte fois le rappeler à la vie.

Le procédé" de la langue fut encore efficace, et la santé de l’animal ne portait le soir aucune marque des deux expériences effectuées le matin. Ce chien fut empoisonné avec l'acide prussique.

Il s’ensuit que le procédé Laborde est également appelé à être utilisé pour rappeler à la vie les désespérés ayant fait choix de la pendaison comme mode de suicide.

Les faits ultérieurs confirmeront, j’en suis convaincu, les résultats expérimentaux ci-dessus.»

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