‹ Les tractions rythmées de la langue [electronic resource]Chapitre 32 sur 44 · DANS L’ASPHYXIE ET LA MORT APPARENTE · texte numérisé non relu

DANS L’ASPHYXIE ET LA MORT APPARENTE

A la suite de l'introduction d’un corps étranger dans les voies respiratoires.

Nous ne possédons pas encore, en dehors de l’expérimentation, de tentative d’application du procédé de la. langue dans le cas de strangulation.

Mais voici un fait des plus remarquables de rappel à la vie, dans la mort subite causée par l’introduction d’un corps étranger dans les voies respiratoires, et dont je dois la communication à M. le docteur Stieffel (de Joinville-le-Pont), doublement intéressé dans l’incident, car il s’agit de son propre frère.

Voici en quels termes m’écrivait, à ce propos, le 13 janvier dernier, le docteur Stieffel :

C’est un sentiment de profonde reconnaissance envers vous qui me décide à vous donner l’observation suivante :

Obs. LXII. — « Il y a huit jours, nous dînions à Joinville bien gaiement, en famille, quand, brusquement, mon frère, âgé de 38 ans, sans tare héréditaire ni acquise, perdit connaissance : la tête tomba lourdement sur la table, la langue pendant hors la bouche, sans écume. Nul mouvement convulsif, au contraire un état de collapsus simulant absolument la mort. Arrêt complet de la respiration. Pouls imperceptible.

Il n’y avait pas à s'y méprendre : l’hystérie, la congestion cérébrale, les grandes névroses, l’attaque d’urémie ne pouvaient être incriminées.

Ma sœur, qui l’avait observé, me mit au courant : il avait avalé de travers un bonbon au miel ; elle

avait remarqué les efforts qu’il avait faits pour se débarrasser du corps étranger.

Aussitôt je portai l’index droit dans l’arrièregorge où je trouvai l’épiglotte soulevée, le larynx largement ouvert : j’y poussai l’index. Malgré cette manœuvre, pas de résultat sensible.

Je la renouvelai, puis, saisissant la langue, j’exerçai les tractions comme vous les conseillez dans les cas d’asphyxie, et le malade fit un premier mouvement respiratoire après cinq à six tractions.

Ce premier mouvement inspiratoire avait bien tardé, et je ne saurais préciser la durée nécessaire à son retour : environ deux à trois minutes qui nous parurent un siècle.

Cette première inspiration faite, la respiration revint insensiblement, et quelques minutes après le malade reprenait connaissance.

Cependant les membres inférieurs refusèrent le service pendant quinze à vingt minutes, puis tout rentra dans l’ordre, et le malade put retourner à Paris une heure après l’accident.

Une légère toux, due sans doute au corps étranger engagé dans la trachée, et un peu de céphalalgie persistèrent seuls jusqu’au lendemain.

Le malade se souvenait fort bien que le bonbon avait passé dans le larynx, et qu’il avait essayé de le refouler en buvant. C’est en portant le verre aux lèvres qu’il avait perdu connaissance.

Je me souviens, ajoute notre confrère, avoir vu pareil cas à Nancy : un individu, jeune encore, tomba mort sur le seuil du restaurant, où il venait de déjeuner. A l’autopsie on trouva du pain engagé dans le larynx. »

Dans les très judicieuses réflexions dont il fait suivre cette relation, M. le docteur Stieffel exprime l’opinion que « l’arrêt du cœur, phénomène purement réflexe parti du larynx, a été conjuré par un réflexe parti également du larynx et provoqué par les tractions sur la langue. »

Notre confrère est évidemment là dans le vrai de l’interprétation de l’accident auquel il a assisté, et qui, s'il n’avait eu l’heureuse idée du procédé qu’il a mis en œuvre, se fût très probablement terminé d’une manière fatale.

C’est bien, en effet, par un mécanisme réflexe d’arrêt, mais qui a dû porter d’abord et primitivement sur la mécanique respiratoire, et secondairement sur le fonctionnement du cœur, que la mort apparente s’est produite : on sait combien est efficace l’irritation de la muqueuse laryngée et même trachéale pour provoquer des effets subits de cette nature, et le plus souvent irrémédiables, ainsi que le prouve ce qui se passe chez les enfants tracbéotomisés, au moment de l’introduction de la canule.

Dans le cas actuel, qui précède, il ne semble pas douteux que l'intervention des tractions Linguales n’ait remis en jeu et en fonction l’appareil cardio-respiratoire, grâce, d’ailleurs, à cette particularité que le corps étranger n’était pas de nature à obstruer les voies respiratoires.

Mais, même en cette dernière occurrence, les tractions linguales, qui sont, aussi, facilement provocatrices des efforts de vomissement, surtout quand on y ajoute la pression et l’excitation de la base de la langue, peuvent fort bien avoir pour résultat de concourir au rejet du corps étranger.

Toujours est-il que l’exemple précédent, appelle et justifie toute tentative de même nature dans des conditions semblables ; et c’est là une application de plus à ajouter à toutes celles qu’a déjà reçues et dont est susceptible le procédé de la langue.

Page 1