RETOUR A LA VIE
Le 12 décembre, à 2 h. 55, dans l’amphithéâtre du Laboratoire de physiologie, un chien de moyenne taille, pesant 10 kilogrammes, est plongé dans la cuve pleine d’eau à la température de 10° G.
L’animal disparait d’abord puis revient à la surface, se débat énergiquement et respire quelques instants pour plonger de nouveau à plusieurs reprises; après une lutte réalisée dans les conditions ordinaires de la submersion chez l'homme, il finit par rester immobile sous l’eau. On entend en ce moment des mouvements de déglutition, tandis que plusieurs grosses bulles d’air viennent éclater à la surface.
On le retire alors de la cuve, 3 minutes 1/2 après le début de la submersion ; on l’étend sur une table, immobile, les battements cardiaques non saisissables, mais le réflexe oculo-pupillaire non encore complètement aboli. De plus, quelques mouvements respiratoires irréguliers et asphyxiques se manifestent, les mâchoires sont assez fortement serrées.
Au bout de deux minutes d’expectation, tous ces phénomènes ont complètement disparu et le chien est absolument en état de mort apparente; on attend ce moment pour faire sur la langue des tractions rythmées successives.
Cet organe est pâle, et ce n’est qu’au bout de trois minutes qu’on perçoit un hoquet inspiratoire assez intense; puis la mâchoire se resserre, le réflexe cornéen reparaît, la pupille est moins dilatée, la langue reprend sa coloration normale.
Après 10 minutes de tractions, les mouvements respiratoires sont devenus à peu près réguliers, et le chien est abandonné à lui-même, entouré de linges secs, au-dessus d’une bouche de chaleur.
Il y reste assoupi, poussant un gémissement à chaque expiration, ce n’est que vingt minutes plus tard qu’il réagit lorsqu’on excite le réflexe caudal. Puis il se ranime peu à peu, se lève sur les pattes antérieures d’abord.
Trois heures après la submersion, le chien se promène dans le laboratoire, respirant librement et sans gémir.
Le lendemain, il continue à bien aller, mange comme à l’ordinaire et reprend son existence antérieure.
Pour bien apprécier toute la portée de ce résultat, il importe de considérer la longue durée relative de la submersion, 3 minutes 1/2, et de rappeler que dans les nombreuses expériences de la commission anglaise, la limite maxima du temps à la suite duquel les animaux (chiens) soumis à la noyade pouvaient être ramenés à la vie par les procédés de respiration artificielle, notamment par le procédé de Sylvester, a été, constamment, de 1 minute à 1 minute 1/4.
Il est à noter aussi que, dans l’expérience qui précède, on a attendu les signes absolument confirmés de la mort apparente.
Le peu de résistance de petits animaux, tels que le cobaye (vulgo cochon d’Inde), et l’exiguïté relative de leur langue qui semble laisser peu de prise pour les tractions à exercer sur elle, donnent un réel intérêt aux expériences ci-après, et à leurs résultats positifs; en outre, ces expériences, rapprochées des essais heureux qui ont été réalisés sur les enfants nouveau-nés, permettent de se
rendre compte de la possibilité de cette application et des résultats satisfaisants qui en sont la conséquence.
Exp. IL — COBAYE SUBMERGÉ UNE MINUTE.