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A LA SUITE DE LA MORT

PAR MÉNINGO-ENCÉP II ALITE TUBERCULEUSE.

Obs LXIII . — «Jeanne Govignon est une jeune fille de 13 ans, née à Besançon, orpheline de père et de mère, et recueillie dans une institution de charité.

Non encore réglée, présentant peu des attributs de la nubilité, intelligente dit-on, sa constitution est frêle,

malgré une peau brune, très épaisse et toujours sèche.

Une coxalgie infantile lui a laissé une claudication : son tempérament scrofuleux s’affirme par des marques cicatricielles d’adénite, et par la présence actuelle de plaies strumeuses sous le menton et sur les tibias.

De caractère docile et sensible, cette grande enfant se plaignait de malaise, de douleurs de tête, d’insomnie et de nausées, lorsque la fièvre s’alluma et détermina son entrée à l’hôpital, le 3 mai 1893. Elle ny séjourna que 7 jours.

Une grande céphalalgie, des vomissements incessants, une température se maintenant à + 40°, de la constipation et du délire sombre sont les symptômes prédominants de l’affection méningo-encéphalique (1) qui, malgré une intervention énergique, ne se prolongea pas au delà du septième jour (10 mai).

Le 10 au matin, on m’avertit, pendant la clinique, que cette jeune malade, en agonie depuis une heure, venait de succomber. J’arrive près de son lit 3 à 4 minutes après ; la religieuse qui avait reçu son dernier soupir s’était déjà retirée.

Nous sommes en face d’un cadavre encore chaud, mais d’une lividité de face et des extrémités légèrement violacée; la tête est inclinée sur l’épaule droite, une bave s’est écoulée de la bouche; pupilles dilatées, immobilité de la respiration, insensibilité à toute excitation, plus de battements de cœur à l’auscultation, nécessairement pas de vestiges de pouls, on constate meme un commencement de froid aux extrémités qui son

livides. . , „ „

Nous ramenions sur le cadavre le rideau que nous

avions écarté, lorsqu’il me vint à \’ldee/

élèves la découverte de M. Laborde, et de leur décrire

son mode opératoire, ne pensant nullement a une

réussite.

(1) De nature scrofulo-tuberculeuse.

Je saisis la langue de la malade restée entre les dents, et je l 'étire fortement par un mouvement rythmique, en la ramenant chaque fois quelque peu entre les dents : cet étirement est renouvelé environ 40 à 50 fois pour une minute.

Au bout de 3 minutes, la lividité est moins violacée: après 4 minutes environ, les ailes du nez semblent remuer quelque peu, puis ce mouvement devient manifeste, chacun se penche sur ce cadavre pour y saisir quelque signe nouveau.

L’étirement est continué, chacun de nous se rechange pour l’opérer méthodiquement. Un léger bruit guttural se fait entendre, puis on saisit un court frémissement thoracique, on découvre la malade, on perçoit manifestement un mouvement ascensionnel progressant des côtes et une action du diaphragme.

On ausculte le cœur, d’abord rien d’appréciable, puis un léger sussurus, puis un frémissement plus marqué; un fil parait à la radiale. Pendant ce temps, la lividité violette a fait place à la lividité pâle.

On s’anime dans l’espoir d’un retour, et on se précipite peut-être un peu trop.

Cinq à dix minutes s'étaient écoulées et la lividité disparait, la face redevient brune et incolorée selon l'habitude de la malade; la respiration est rétablie, les mouvements thoraciques et abdominaux paraissent aussi étendus qu’en normale, la pulsation cardiaque (AV'' ’ se sent à la palpation, les deux bruits sont distincts, le murmure respiratoire n’a pas son timbre, il a celui de l'anhélation, il est encombré par des ronchus asphyxiques, le pouls a reparu même développé, mais très mou.

A ce moment, l’émotion de l’assistance est extrême, un des élèves se tourne vers le maître en lui disant :

« Quel cierge cette malade vous devra! » Celui-ci, de la main, lui fait signe d’attendre encore avant de tout espérer.

Cinq minutes s’écoulent, on commence à s’émouvoir en remarquant que tout tend à s'affaiblir graduelle-

ment, malgré l’étirement ininterrompu de la langue. Le marteau do Mayor est appliqué sur l’épigastre, le cadavre fait un mouvement qui se limite à la région ventrale et thoracique ; appliqué sur l’avant-bras, le marteau détermine la contraction de quelques muscles de l’avant-bras, qui se fléchit quelque peu sur le bras. Malgré cette apparence de sensibilité, le tout s’affaiblit, et la plupart des symptômes finirent par disparaître dans l'ordre inverse où ils s’étaient produits, l’aile du nez fut le dernier signe vital.

Cette fois, elle était trop réellement morte. »

L’auteur fait suivre cette émouvante relation des très judicieuses réflexions suivantes :

« Le retour à la vie avait un aspect tel que nos étudiants l’ont tous cru un instant possible et peut-être vrai.

« L’intelligence ne s’est révélée par aucun signe, la pupille est restée toujours immobile ; cependant la sensibilité inconsciente et la contractilité se sont réveillées par l’excitation du marteau.

« L’assistance, tristement déçue, me demande alors « pourquoi tout ce retour fonctionnel n’a-t-il pas ramené réellement la vie? » J’ai cru ne pas m’éloigner de la vérité en répondant :

« La malade a succombé à une maladie, il y avait donc extinction de la vie, s’il n’y eût eu qu’une suspension de la vie nous l’aurions probablement sauvée. » Ce n’était pas un cas de mort apparente, c’était un cas de mort s'achevant.

« De cette remarquable observation il ressort l’indication pratique d’user de ce procédé dans toute syncope (chloroforme, angine de poitrine, asphyxies, etc.) où il n’y a que suspension de la vie.

a 11 ressort aussi cette notion : la mort ne se produit pas de maniéré instantanée, 1 organisme s’éteint progressivement.

« Dans notre cas particulier, le bulbe était le refuge des derniers vestiges de la vie. Nous ne savons si les autres parties du cerveau (mésocéphale, hémisphères, etc.) n’ont pas aussi leur réflexe.

« Seulement il est permis d’affirmer que la mort doit se produire très variablement, selon les circonstances qui la déterminent, selon les idiosyncrasies, les qualités nerveuses et vitales des individus.

« Il y a là un vaste champ d’études sur la fin de l’existence. »

Rien de plus juste que ces remarques relativement aux conditions mêmes de l’extinction organique, matérielle, ou simplement fonctionnelle, purement suspensive des phénomènes vitaux : le fait clinique ci-dessus reproduit exactement les faits expérimentaux dans lesquels nous avons déterminé, à la suite de la submersion, par exemple, les véritables limites de la possibilité du rappel fonctionnel définitif et certain, ou d’une résurrection temporaire : dans le premier cas, il n’y a encore que suspension de la vie, à laquelle le branle peut être redonné ; dans le second cas, le coup mortel est frappé, le substratum organique de la fonction est désorganisé, et désormais incapable de récupérer sa vitalité, notamment son excitabilité fonctionnelle, en ce qui concerne les centres réflexes; et cependant ces centres peuvent encore subir un réveil momentané, tellement puis-

gant est le moyen qui procède des tractions linguales, le seul, d’ailleurs, comme nous l’avons montré, capable de produire ce résultat temporaire.

C’est bien aussi, comme le dit M. le professeur Coutenot, le bulbe qui constitue le refuge des derniers vestiges de la vie, c’est-à-dire du fonctionnement réflexe, particulièrement en ce qui concerne la fonction respiratoire. C’est ce que nous nous proposons de démontrer plus amplement dans de nouvelles recherches, que nous poursuivons à un autre point de vue : celui du procédé de la langue considéré comme signe certain de la mort réelle.

Le second cas, dû à notre honoré confrère de Paris, M. le docteur Coriton, est peut-être plus démonstratif encore, en ce sens que la résurrection s’est maintenue, et que la malade a pu vivre plus de trois mois avec son affection, d’ailleurs fatalement irrémédiable de sa nature.

MORT APPARENTE A LA SUITE D’UN ACCÈS DE SUFFOCATION ET D’ASPHYXIE DU A L’ADÉNO- PATIIIE TRACHÉO-BRONCHIQUE TUBERCULEUSE.

RAPPEL A L& VIE PAR LE PROCÉDÉ DES TRACTIONS RtTHMÉES DE LA LANGUE.

« Je viens de lire, m’écrivait le docteur Coriton, les nouveaux faits relatifs à votre procédé des tractions rythmées de la langue. Ils me remettent en mémoire un cas de ma pratique que je désirais vous communiquer. Je n’ai pu le faire jusqu’ici. Il date du 27 février 1893 :

05s. LXIV. — « Je soignais à ce moment une jeune femme de 26 ans dont l’observation fut intéressante à plus d’un titre. Le diagnostic, incertain d’abord, fut posé et corroboré par plusieurs confrères qui ont vu la malade * adénopathie trachéo-bronchique cl'origine tuberculeuse probable.

« La malade avait alors des accès de suffocation très intenses. Ce jour-là, à cinq heures du matin, l’accès eut une telle violence qu’on vint me chercher dès son début. Le trajet à faire n était pas très long, 300 mètres à peu près, plus quatre étages à descendre et à monter. Je me rendis rapidement au domicile de la malade.

« Mais déjà on venait au-devant de moi me dire que tout était fini, qu’elle venait de rendre le dernier soupir..., qu’elle était morte.

i< Cette nouvelle ne fit que hâter mon ascension, et je trouvai la malade livide et inerte, n'ayant plus de mouvements respiratoires, même légers; n'ayant plus de pouls, ni de battements du cœur .

« Je pensai à votre procédé, que je mis à exécution sur-le-champ, à 1 étonnement de tous.

« Je saisis la langue que j'étirai fortement par un mouvement lent et bien rythmé , 35 à 40 fois par minute environ.

« Le premier phénomène un peu saillant fut la disparition progressive de la pâleur sur les pommettes et autour du nez surtout.

« Trois minutes à peine s'étaient écoulées, que l’on saisit un léger mouvement des ailes du nez ;

ce mouvement devient manifeste de plus en plus, et à la cinquième minute il se produit un léger soupir.

« Je fais alors deux injections d’éther. Les soupirs se renouvellent plus profonds, et l’on voit la cage thoracique se soulever par instants.

« Au bout d’une demi-heure, les battements du cœur, le pouls reparaissaient, la malade recouvrait une certaine sensibilité, et la respiration se faisait régulière.

« J ai pu quitter ma malade après une heure et demie, absolument tranquille sur son compte.

« En effet, elle est entièrement revenue de cet état de mort apparente.

« L’affection dont elle était atteinte a malheureusement continué son évolution ; et la malade a fini par succomber, définitivement cette fois, le 29 mai 1893, plus de trois mois après l’alerte que je viens de vous raconter.

« Je n’ai pas souvent assisté à une scène plus empoignante que celle-là. Les parents, le mari surtout, étaient stupéfaits, et ne savaient comment me remercier.

« J’étais un peu stupéfié moi-même, car je ne croyais pas à la possibilité d’une résurrection.

« Les conclusions se tirent d’elles-mêmes d’un fait pareil.

« Je suis heureux de pouvoir vous l’adresser, à vous qui avez rendu si grand service par la découverte de ce procédé. »

Ce fait, qui se passe effectivement de commentaire, constitue, je le répète, non seulement une démonstration nouvelle de l’efficacité du procédé de la langue dans tout cas de mort apparente asphyxique, quelles qu’en soient la cause et la nature, mais encore de sa puissance remarquable et telle, qu’il est capable de faire revivre les grandes et essentielles fonctions de la vie — fonctions de respiration et de circulation — dans les conditions et à la limite les plus extrêmes et les plus désespérées de l’extinction de ces fonctions.

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