‹ Les tractions rythmées de la langue [electronic resource]Chapitre 41 sur 44 · BASÉES SDB L’EMPLOI DD PROCÉDÉ DE LA LANGDE · texte numérisé non relu

BASÉES SDB L’EMPLOI DD PROCÉDÉ DE LA LANGDE

D’après le docteur H. Mareschal, Médecin-major de lre classe.

La connaissance du procédé des tractions systématisées de la langue, en se vulgarisant, a commencé à appeler l’attention des Sociétés de sauvetage, et nous avons reçu de leur Président actuel, M. le baron H. Larrey, la demande d’une note, que nous nous sommes empressé de lui transmettre, résumant sommairement et clairement sa mise en œuvre.

Il y a lieu d’espérer que les dites Sociétés, et leurs postes de secours (1), ne tarderont pas à préconiser et mettre en pratique le procédé de la langue; ce qui est d’autant plus à désirer que, à part la démonstration déjà faite de son efficacité hors de pair, sa simplicité et sa facilité d’exécution le mettent à la portée du premier venu.

C’est ce qu’a parfaitement compris M. le docteur H. Mareschal, médecin-major de lre classe

(1) Les médecins de la Préfecture de la Seine, chargés de ce service public, notamment MM. les docteurs A. Voisin et Dübief, se sont également préoccupés des instructions nouvelles à introduire à cet égard ; et nous nous sommes empressé de leur fournir les renseignements appropriés.

au 2e régiment des pontonniers (en garnison à Angers), °qui a rédigé et inséré — après avis de la Commission technique du Ministère de la guerre - dans le n° 5 (Mai 1893) des Archives de médecine et de phnrmd.de militaires, une importante note destinée, nous en sommes convaincu, à remplacer les anciennes instructions, et dont nous avons cru devoir reproduire ici les parties essentielles, pour donner une juste idée de la valeur attribuée par notre honorable confrère au procédé de la langue.

Ayant organisé, au 2e régiment de pontonniers, avec le concours de M. le médecin-major Guilbbaud, des exercices pratiques et des conférences sur les secours à donner aux noyés, nous ayons cru utile d’introduire l’emploi du procédé de M. Laborde dans une « instruction » qui est distribuée à chaque pontonnier sauveteur et affichée, en outre, dans les divers postes d équipage.

Ajoutons que les conseils qu’elle renferme sont applicables dans les cas de mort apparente due aux gaz délétères, de même qu’à la fumée d incendie, au chloroforme, à la strangulation, à la pendaison, à la fulguration, à lelectrocution, à la syncope, à l’asphyxie des nouveau-nés, etc.

Enfin, les cas de submersion et de strangulation des animaux, notamment des chevaux, n’étant pas très rares, le procédé de la langue sera aussi très utilement employé dans ces circonstances.

Cette instruction est ainsi rédigée :

« Aussitôt que le noyé sera retiré de l’eau :

« I. — Après avoir étendu le corps sur le dos en laissant « la tête basse, dégagé le cou en enlevant ou coupant

« le col et la cravate, écarté les mâchoires et fait mainte tenir cet écartement par un aide (n° 2); enfin, dé- « barrassé rapidement la gorge des mucosités qui peu- « vent l’obstruer, on pratiquera immédiatement le « procédé de la langue de la façon suivante :

« L’opérateur (n° 1), saisissant solidement le corps « de la langue entre le pouce et l'index, avec un mou- « choir ou un linge quelconque et même, au besoin, « avec les doigts nus, exerce sur elle, de quinze à vingt « fois par minute, de fortes tractions rythmées, suivies « de relâchement.

« Il est indispensable qu’il se rende bien compte que * ses Actions agissent sur la racine même de la lan- « gue et non pas seulement sur la pointe.

« Tout à fait au début, et seulement pendant les deux u °u *rois premières tractions, il sera utile d'introduire

1 ipdex de l’autre main dans l’arrière-gorge, de façon « à provoquer le vomissement.

« En même temps, deux aides (n°* 3 et 4) pratiquent « la « respiration artificielle, » en opérant simultané- « ment des pressions rythmées et énergiques, l’un « (n° 3) sur les deux côtés de la poitrine, concentri- « quement; l’autre (n° 4) sur le ventre, de bas en haut.

« Ces pressions sont faites quinze fois par minute et « suivies, chaque fois, d’un relâchement brusque et « simultané.

« L’opérateur qui agit sur la langue prononce le « commandement : une, au moment où il opère la trac- « tion, et le commandement : deux, lorsqu’il fait ren- « trer la langue dans la bouche. Les pressions sur la « poitrine et le ventre doivent coïncider avec le com- " mandement : deux, et leur cessation, avec le com- » mandement: une{ 1).

(1) Si l'opérateur est seul ou ne dispose d’aucun aide convenable, il se bornera exclusivement et avant tout au « procédé de la langue, » pendant au moins quinze minutes. D’une main, il maintiendra l’écartement des mâchoires, de l’autre, il opérera les tractions.

« Ces soins immédiats doivent être appliqués durant « au moins quinze minutes (1) pendant lesquelles on « fait, dans la limite des moyens dont on dispose, fric- « tionner et réchauffer le patient.

or II faut ensuite :

« II. — Transporter rapidement le noyé au poste de « secours ou dans un abri proche et bien aéré ; le dés- « habiller, l’essuyer, l’envelopper avec un peignoir de « flanelle et le coucher sur un lit en laissant la tête « basse. Si le retour de la respiration ne s’est pas pro-

« duit, on emploie alors le procédé suivant dit : « Pro-

« cédé de Sylvester » pour la respiration artificielle.

« Après avoir fait saillir la poitrine en passant sous « les reins des vêtements roulés ou un coussin, les « mâchoires étant écartées, et la langue maintenue, au- « tant que possible, hors de la bouche par un aide « placé à califourchon au niveau du ventre du patient,

« l’opérateur agenouillé, à la tête du noyé, fait ployer « les avant-bras sur les bras, saisit les coudes et les « appuie fortement sur les parois de la poitrine « (1"' temps), les en écarte horizontalement, de façon « que chacun d’eux forme un angle droit avec le corps « (2e temps) ; les enlève verticalement en avant de la « tête (3° temps) ; puis les rabat directement sur les « parois de la poitrine (l*r temps). La même manœu- « vre est répétée quinze fois par minute, pendant dix « minutes.

« III. — Ensuite on emploiera de nouveau pendant « quinze minutes le « Procédé de langue » combiné avec

(1) L’aide n° 2 se fatigue rapidement; il devra donc, si cela est possible, être remplacé au bout de cinq minutes. Toutefois, il se fatiguera moins vite et son action sera plus efficace, s’il remplace ses pressions manuelles par l’emploi de la « sangle à trois chefs, » et, b défaut de sangle, par un lien quelconque, formant boucle autour de la poitrine, et sur les extrémités duquel il opère des tractions rythmées en sens inverses (par exemple: une corde longue de l”20, une blouse ou une veste roulée par le milieu, les manches étant étendues, etc,).

« celui de la « Respiration artificielle, » ainsi qu’il est « dit au § I. On alternera ainsi les deux méthodes pen- « dant une heure au moins.

« IV. — Simultanément, il est utile que d’autres aides « soient occupés à rappeler la circulation et la chaleur « par les moyens suivants :

« Frictions sur tout le corps, la plante des pieds, la « paume des mains avec des gants de crin, des frotte toirs de laine, des linges chauds, etc.; massage et « pétrissage des membres; flagellation avec des pa- « quets d’orties, bassinoire ou cruchons remplis d’eau « chaude promenés sur tout le corps, fers à repasser,

« briques ou cailloux chauffés, en prenant la précau- « tion de ne pas produire de brûlures. Si le noyé fait « des efforts pour respirer, passer rapidement sous le « nez ou devant la bouche une petite éponge ou un et petit linge imbibés d’ammoniaque ; s’il a des envies « de vomir, introduire le doigt au fond de la gorge. « Il ne faut pas lui donner à boire avant qu’il ait re- « pris ses sens, mais on peut, en vue de le ranimer, « introduire dans la bouche quelques gouttes d’eau-de- « vie, de vinaigre, d’alcool camphré, etc.

« On se l'appellera qu’il faut touiours secourir un « noyé et insister longtemps. Si la submersion a duré « cinq minutes, on réussit presque toujours; on a « sauvé des noyés après plus d’une demi-heure de « submersion.

« Les infirmiers et les moniteurs de natation seront « exercés d’avance au sauvetage des noyés; on leur « enseignera surtout à n’employer que les moyens dits « de fortune, » c’est-à-dire les seules ressources qu’ils « auront sous la main au moment de l’accident.

« On ne perdra jamais de vue que le succès dépend « de la rapidité des secours et de l’intelligence avec « laquelle ils sont administrés. »

a Le point essentiel à retenir, ajoute M. H. Mareschal, est que la langue doit être saisie solidement

et qu’il est nécessaire que les tractions soient fortes, de façon qu’on ait la sensation que l’on tire sur la racine même de cet organe, auquel cas la provocation inspiratrice est surtout puissante et efficace.

« Les réflexes auront d’autant plus de chances de se produire qu’ils seront plus tôt provoqués; il y a donc intérêt à ne pas s’attarder à des soins préliminaires ; c’est pourquoi, considérant ceux-ci comme accessoires, nous avons cru devoir les passer sous silence.

« Nous pensons donc pouvoir énoncer que si l’opérateur est seul, il doit tout d’abord employer le procédé de la langue.

« Pourquoi, dira-t-on, donner la préférence (si l’opérateur est seul) aux tractions linguales plutôt qu’au procédé de Sylvester? Parce que, répondrons-nous, les rapports de la commission de Londres (1) mentionnent que ce procédé n’a jamais pu ramener la vie après une submersion d’une durée supérieure à une minute et quart ; tandis que les expériences faites par M. Laborde et ses élèves (2) ont prouvé que le procédé découvert par lui avait fréquemment été suivi de succès, après une submersion continue notablement plus prolongée, de même qu’après des submersions de quatre à cinq minutes, entrecoupées toutefois de

(1) Annales d’hygiène et de médecine légale, 1863; Tardieu ( Expériences de la Commission de Londres sur les procédés de respiration artificielle).

(2) Voir thèse Lecoquil, La submersion, etc. Paris, 1893.

quelques retours à la surface de l’eau. En outre, l’observation de M. le docteur Billot (1) et celles qui ont été communiquées à l'éminent physiologiste par un assez grand nombre de médecins, démontrent que les tractions linguales ont réussi là où le procédé de Sylvester avait échoué.

« Il paraît donc logique d’accorder la priorité au procédé de la langue, si, étant seul, on ne peut employer en même temps la respiration artificielle.

« M. Laborde a bien voulu nous initier à la technique de son procédé, et nous rendre témoin d’expériences que nous avons répétées ultérieurement. On ne peut se faire une juste idée de la puissance de ce moyen qu’en assistant à la résurrection de chiens submergés, ne donnant plus aucun signe perceptible d’existence, et présentant l’abolition complète du réflexe oculo-palpébral. On est tout surpris, après dix et même quinze minutes de tractions et sans aucun autre moyen adjuvant, de voir réapparaître une, puis plusieurs inspirations successives, et enfin se rétablir la fonction spontanée et totale. La première manifestation du retour à la vie est constituée invariablement par une légère contraction au creux épigastrique, bientôt suivie de plusieurs autres plus accentuées; ensuite surviennent les mouvements thoraciques, puis ceux des ailes du nez, ainsi que les battements du cœur et le réflexe oculo-palpébral. »

Après être revenu en quelques mots sur le peu d’importance qu’il accorde avec juste raison

(lj Académie de Médecine, séance du 24 novembre 1892.

dans son instruction aux soins préliminaires, M. H. Mareschal conclut ainsi :

« Nous n’hésitons donc pas à prescrire en première ligne l’emploi absolument immédiat de la « méthode combinée » dans laquelle les tractions de la langue ainsi que les pressions sur le thorax de l’abdomen devront être très énergiques. Et, pour nous résumer, nous dirons :

oc Dans tous les cas d’asphyxie où le procédé de Sylvester réussira, le procédé de la. langue réussira également;

« Dans tous les cas où celui-là sera inefficace, celui-ci pourra être suivi de succès.

« Donc, il y a lieu de donner toujours à ce dernier la priorité, en l’employant, soit seul, soit mieux encore combiné avec les pressions thoracoabdominales énergiques. »

Nous ne quitterons pas ce consciencieux travail sans exprimer à nouveau le vœu et l’espoir que les instructions rédigées par le docteur Mareschal soient adoptées, comme règle, dans l’armée, et aussi dans tous les postes de secours.

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