‹ Les traditionnellesChapitre 13 sur 114 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le Dieu qui fait asseoir le pauvre dans ses fêtes Et réserve à Lazare une place d'honneur.

Aujourd'hui réduisant le blasphème au silence, Comme s'il avait craint de vous humilier En puisant dans les rangs d'une sainte opulence, 11 a choisi vos sœurs pour se justifier.

Quelques filles du peuple, une simple servante Que Jésus enflamma du feu de son amour, Mieux que tous les calculs d'une morgue savante Ont su trouver le mot de l'énigme du jour.

Si l'aumône répugne à votre main trop fière. Elles iront pour vous, infatigable essaim. Chercher de quoi pourvoir leur ruche hospitalière. Et leur faim s'oubliera tant que vous aurez faim.

Dans cet asile ouvert à vos peines cruelles. Bien plus pauvres encor que votre pauvreté,

32 LES TRADlTIONNiaLES.

Le lit sera pour vous et la paille pour elles, Si la moisson des maux passe la charité.

Trop souvent, sur ce lit où g\i votre souffrance, L ame est endolorie aussi bien que le corps ; Leur voix, au désespoir enseignant l'espérance. Changera les douleurs en célestes trésors.

0 frères! c'est assez d'implacables colères, D'autres Dieux vous feraient un plus triste destin; Cherchez au sein du Christ l'abri de vos misères : Son Calvaire est pour vous le meilleur Aventin.

Je ne vous ferai point de menaces terribles , Le démon de l'envie en a déjà pris soin ; Mais, riches, songez-y! car les jours sont pénibles L'aumône est un devoir et peut-être un besoin.

L'abondance sordide est mère de la liainc. Hélas! les cœurs sont pleins de funèbres dépits; Et, pour ôtrc assurés de la moisson procliaine, Pour les pauvres glaneurs laissez quelques épis!

Vos œuvres, trop souvent, sont futiles ou mortes. Pensez, sur le sommet, aux angoisses d'en bas; Lorsque ces pauvres sœurs frapperont à vos portes, Ouvrez ! car le pardon accompagne leurs pas.

N'ayant rien à donner, elles se sont données. Anges médiateurs près du divin courroux, Leur visite délivre ; et leurs mains fortunées Demandent pour le pauvreencor moins que pour vous.

Sanctifiez le seuil de vos maisons prospères. Faites au Cbrist souffrant la part de vos deniers; Couvrez sa nudité des bardes de vos pères Qui pourrissent peut-être au fond de vos greniers.

Le pain souvent lui manque ainsi que les guenilles : Pour apaiser sa faim réduite au desespoir, Dans le tablier béni de ces pieuses filles Mettez de vos banquets ce qui reste, le soir.

L'ofl'rande la plus mince est toujours bien venue ; Tout s'utilise ou change en leurs bénignes mains : Ce pliant recevra le sommeil de la rue, Ces miettes deviendront de bienheureux festins.

Ce saint plâtre égaiera la nudité des chambres, Ces tissus, reprisés d'un doigt industrieux. Du vieillard grelottant réchaufferont les membres ; Et toute la récolte est au profit des cieux,

11 en est parmi vous, que le Christ les bénisse ! Qui donnent à main pleine et surtout à plein cœur; J^iguez-vous avec eux; c'est leur sainte milice Qui peut-être a du ciel suspendu la rigueur.

LIVHK î.

Ne cherchez pas ailleurs le salut de voire âme, Celui de vos foyers et de votre trésor ; La nue à l'horizon garde un reste de llamme Et la foudre éloignée, hélas! murmure encor.

Vous avez vainement, pour abriter vos têtes, D'un bouclier plus fort armé Tautorilé; Si régoïsme règne, attendez les tempêtes; Car le calme du monde est dans la charité !

Page 1