‹ Les traditionnellesChapitre 17 sur 114 · LIVRE I. 4;i · texte numérisé non relu

LIVRE I. 4;i

Alors que, revêtant notre propre misère. Le Verbe créateur descendit sur la terre. Lui, la raison suprême, il pouvait aisément Gagner le genre humain par le raisonnement; Mais il jugea l'amour plus fort que la parole : Le cœur fut préféré pour graver son symbole. En choisissant l'esprit, il eût cru s'amoindrir ; Et, pour nous éclairer, il aima mieux mourir. Tout ce qui témoigna de sa divine essence. Tenait de la bonté plus que de la puissance. Je ne viens pas ici proscrire la raison, Ni de tous les côtés borner son horizon. Quoique le siècle en fasse un usage funeste. Je ne la maudis point; c'est un présent céleste. Surtout quand, sans orgueil, elle cherche à savoir Les limites du cercle où se meut son pouvoir. Et qu'elle ne descend dans la nuit du mystère Que suspendue aux nœuds d'un câble salutaire. Elle peut, s'éclairant de sa propre lueur, Démontrer qu'il existe un Verbe créateur;

Que, puisqu'il est nommé, l'homme a dû le connaître ; Que tout jusqu'au néant manifeste son être ; Que du centre éternel, où lui seul peut tenir, 11 voit tout commencer comme il voit tout finir ; Qu'une part de son souffle est dans la créature, Que l'âme de la mort ne craint pas la morsure, Et que le sentiment de notre liberté Est le plus sûr garant de l'immortalité. Oui, la raison pourra, plongée en cet abîme, En remonter souvent par un effort sublime; Mais la chute est terrible, et, pour quelques Platons, Que d'aveugles perdus vont marcher à tâtons 1

S'il nous était permis de pousser à l'extrême. Nul esprit, dirions-nous, ne tient rien de lui-même. Et qui peut raisonner, si l'on ne croit d'abord Aux principes admis d'un mutuel accord?

Dans les choses du ciel et dans celles du monde, Le mystère est la base où l'argument se fonde. C'est d'autrui que nous vient ou le doute ou la fui.

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Nul ne peut échapper à la latalc loi ; Le joug est remplacé du inouienl (pi'ou le brise : On croit à Babinel, (piand ou rit de Moïse. L'examen est un fruit qui n'est tait que pour l'œil, Et pour tromper la faim qui dévore l'orgueil. Ah ! s'il faut au potier que l'argile obéisse, Pour ne pas alTronter la divine justice Et se débarrasser de l'élcrnel pourquoi, 11 vaut mieux après tout ne rien prendre sur soi. La foi par la science est mobile comme elle ; Elle donne trop peu pour demeurer fidèle; Mais celle qui se livre et ne se garde rien Fait descendre la grâce et la prend poui- soutien. Sa tâche, moins pénible et pourtant plus féconde, En des tonneaux sans fond ne jette point son onde, Elle emporte en son vol, sans demander conseil, Au sortir de leur nid, ses enfants au soleil, Et leurs yeux sont déjà baignés par la lumière Que la froide raison rampe encor dans l'ornière, Fatiguée et perdant dans un ingrat labeur

Le surcroil généreux qu'a promis le Seigneur. Si tu veux bien savoir ce que Dieu nous demande, Écoute sur ce point une vieille légende : Elle aurait autrefois passé pour lieu commun ; Mais, grâce au temps qui court, elle n'en est plus un ; Elle a son à-propos. De la pourpre à la bure Dieu n'est-il pas cité devant la créature ?

On raconte qu'un jour le grand saint Augustin, Appuyé contre un arbre et le front dans la main, Au murmure rêveur de l'Océan immense, En dehors de la foi sondait la Providence ; Le problème tentait son esprit curieux; Mais tout à coup un ange apparaît à ses yeux Sous les traits d'un enfant qui, dans un coquillage. Portait l'eau de la mer en un creux du rivage. — Que fais-tu, mon enfant? — J'ai conçu le dessein De dessécher l'abîme et d'explorer son sein.

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— Mais c'est une entreprise inouïe, insensée !

— Moins que celle, docteur, que poursuit ta pensée. Et reniant disparut comme une vision ;

Et le saint, repentant dans sa confusion, Bénit l'esprit céleste et la leçon propice Qui l'avait retiré du bord d'un précipice.

LA PREMlÈliE AUMONE

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