‹ Les traditionnellesChapitre 18 sur 114 · DE SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

DE SAINT VINCENT DE PAUL

Coinpiuiit à peine douze années, Sur le versant dcs Pyrénées Saint Vincent gardait les troupeaux.

Voilà qu'un vieillard vénérable, Courbé sur un bâton d'érable, S'avance et lui tient ce propos :

« Pauvre enfant du labeur, pardonne Si j'ose implorer ton aumône.

Le Seigneur de nous se tient loin,

LlVr.E I. /,!)

Et sa juslicc vengeresse

ÎNous lait des jours où la déliesse

Me peut s'adresser (in'au besoin.

« Ne crains pas, quand je la demande, D'égarer ta pieuse oiliande :

Je suis exténué de faim.

Allant de village en village, J'ai dépensé tout mon courage Sans trouver un morceau de pain. »

— (( Béni soit le ciel qui t'envoie, Dit le jeune pâtre avec joie ; Le pauvre est l'image de Dieu.

Prends ma place sur celte pierre ; Je vais chercher à la chaumière De quoi te soulager un peu. »

Et vers le modeste domaine L'entant court, vole à perdre haleine,

El revient avec trente sous, Fruit d'une épargne rigoureuse.

Le pauvre dans sa main calleuse Veut les recevoir à genoux.

« Mon angoisse se change en fêle :

Ta charité me rend prophète, Ange miséricordieux !

Au feu qui brûle les entrailles Dieu réserve d'autres ouailles; Ton sort se dévoile à mes yeux.

a Au lieu de brebis, de génisses, Tu dois conduire des milices, Providence de l'abandon.

Ces trente sous sont un mystère Qui va répandre sur la terre La bienfaisance et le pardon.

« C'est le petit grain, la semence

Qui doit produire l'arbre immense; C'est le lilet d'eau du ravin, Source où l'oiseau s'abreuve à peine, Puis fleuve qui nourrit la plaine Et grossit l'Océan divin.

« Ce don, multiplie sans cesse,

Sera le pain de la vieillesse,

Le lit des pauvres maladifs.

Et, jusqu'aux régions lointaines.

Ira faire tomber les chaînes

Qui pendent aux mains des captifs.

« Éteignant de lugubres plaintes, Il donnera des mères saintes A ces pauvres petits agneaux Que l'on expose ou que l'on tue.

Qui n'ont pour berceau que la rue Et les cloaques pour tombeaux. »

Pour juslilier cet oracle, Vincent, il fallait un miracle.

Pauvre enfant, de tout dénué, Tu sus l'accomplir... Il subsiste; Mais que ta vertu nous assiste AHn qu'il soit continué !

Hélas ! plus qu'aux jours de ta vie, Nos temps d'égoïsme et d'envie Sont pleins de présages mauvais.

Supplée à notre insuffisance Pom* que la misère et l'aisance Se donnent le baiser de paix.

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