LIVRE DEUXIÈME
A MONSIEIU DE LAMARTINE
APRiis LA PUBLICATION DES GlIlO.NDlNï..
Je me sens iaoïidé d'une immense amerUime ; J'ai pris, quitté vingt fois le papier et la plume Avant de te tracer cet écrit douloureux. Oh ! qu'il est ici-bas des devoirs rigoureux !
Toi qui laissas tomber sur ma muse naissante Le rayon protecteur d'une aile éblouissante; Élève de tes chants, disciple de ta foi, 11 me faut aujourd'hui combattre contre toi ! J'ai vainement tourné le sens de ta parole, Âihi de l'accorder avec Ion vieux svmbole;
70 LES ÏHADITIONNELLES. .
Mais, brisant mon espoir, le blasphème vainqueur
Venait plus éclatant bouleverser mon cœur.
Comment dissimuler Tardent Hcliodore
Oui, le glaive à la main, abat ce que j'adore?
Oh ! périsse plutôt toute illustre amitié î
Mon silence ferait à toi-même pitié.
Je sais que ton génie est une flamme ardente
Qui laisse rarement notre âme indépendante ;
Que la foule est toujours du parti le plus fort, Et que l'on va sourire à mon débile effort ;
Mais n'importe, dussé-je expirer sur la place, Tu nous jettes le gant, eh bien ! je le ramasse. Pour pouvoir arriver jusques à nos combats, La gloire ou le mépris nous viendront de trop bas. La question posée est immense, profonde : Il s'agit du chaos ou de l'ordre du monde; Et, lorsque nous mettons un si terrible enjeu, L'image est misérable et le poëte est peu.