‹ Les traditionnellesChapitre 25 sur 114 · LIVRE H. 7J · texte numérisé non relu

LIVRE H. 7J

L'âme n'a plus de voix, le ciel plus d'inlerprèle; Car tout le sang du cœur est monté dans la tôte ; Et, si les airs parfois vibrent de quelque son, C'est que le rayon d'or est tombé sur Memnoii. Comme pour démentir de funèbres oracles, Il est vrai, la matière enfante des miracles; Mais les peuples souvent par un dernier effort, Ainsi que Jézabel, se parent à leur mort. Et qu'importe après tout que le luxe décore Un État dont la foi dans la nuit s'évapore, Alors que sa raison dans le doute se perd ? Le reste est au barbare, au silence, au désert.

Ne crois pas qu'exalté par d'aveugles doctrines, Mon zèle se complaise à prévoir des ruines. Ni qu'un dépit vulgaire, irritant mes esprits. Ait provoqué ma lèvre à ces lugubres cris.

Le Dieu dont je voudrais suivre en tout les maximes

A fait du désespoir le plus triste des crimes.

J'espère, comme loi, mais d'un autre côté.

Un jour moins rigoureux pour notre humanité.

Non, ma foi ne saurait aboutir à la haine;

Je sais faire la part de la faiblesse humaine,

Et ne comprends que trop que chacun porte en soi

Et la soif de connaître et l'instinct du pourquoi.

Mais je crois fermement qu'en brisant leur croyance

Les souverainetés tombent en défaillance;

Que le doute condamne à l'immobilité

Et que tout est souffrant quand tout est arrêté.

Au décret tout humain qui voudra se soumettre?

Si Dieu n'a point parlé, qui peut parler en maître '/

Législateur, ton œuvre est un acte de foi;

Car un dogme toujours gît au fond d'une loi.

Comment frapperas-tu la volonté coupable,

Si cette volonté n'est d'ailleurs qu'une fable?

Ou si tu ne crois pas, si tu crois vaguement

Au principe éternel d'où part le châtiment?

LIVUK II. 77

Je ne puis accc[)lcr une morale vaine : La raison se la fait et chacun a la sienne ; C'est un cercle flexible, et selon son désir On peut le resserrer ainsi que l'élargir. Maître, je ne sais pas si mon esprit s'abuse, Mais, sans Dieu pour soleil, toute idée est confuse, Et la société, vaisseau mystérieux.

Ne peut s'orienter qu'à l'étoile des cieux.

Sans le concours du Christ, vainqueur du monde anti<iue,

Uien ne s'élèvera sur le sol politique.

Les ouvriers ont beau travailler ardemment;

Jls creusent une fosse et non un fondement.

Si le temps pouvait mordre à ce divin mystère,

La force reviendrait s'emparer de la terre.

Aux peuples accablés, sous dos noms différents,

Il ne resterait plus que le choix des tyrans,

78 LKS TRADITIONNELLES.

Et l'àmc, descendue à l'élal de ruine, Eflaçant jour à jour sa céleste origine, Afin de s'affranchir de l'empire du mal, Implorerait encor la plante ou l'animal. Vous ne soupçonnez pas toujours, hommes célèbres, Ce qu'un de vos écarts renferme de ténèbres ; Combien triste est l'instinct qui voudrait renverser Cet arbre social si pénible à pousser.

Comme le conquérant, le héros littéraire Peut ombrager son front d'un laurier funéraire; Et nous payons parfois sa gloire ou son orgueil Au prix d'un long désordre et d'un peuple au cercueil. Que dis-je? le soldat fait bien moins de ravages; Celui-ci n'a qu'un temps et Tautre a tous les âges : Sa parole s'en va, dans son funeste essor, Pervertir ou tuer ce qui n'est pas encor.

LlVr.K II. TO

Ah ! rien n'est puéril dans la loi qu'il faut suivre; Qui déchire un feuillet déchire tout le livre. Par le Verbe éternel de l'éternel amour L'énigme est expliquée et le sphinx reste sourd. Compte, si tu le peux, sur cette aride plaine, Les Œdipes venus pour mourir à la peine ; Tu compterais plutôt les sables du désert Dont leur triste squelette est à moitié couvert. A ce monstre accroui)i c'est assez de victimes, Cesse de lui vouer tes facultés sublimes. Il nous faut ignorer s'il nous faut obéir. L'homme et son Créateur ne sauraient s'envahir ; On égale toujours l'essence qu'on pénètre, Lt, si Dieu n'est point Dieu, (pii de nous pourra l'être?

Ami, redescendons vers notre humanilc,

Et qne le sens commnn nous prête sa clarté.

L'air trop raréfié de ces hauteurs divines

N'est pas fait pour le jeu de nos faibles poitrines.

Pour aller plus avant dans le lointain des cieux,

Attendons que la mort nous fasse d'autres yeux.

De son cercle d'airain le mystère nous presse ;

Qu'une folle raison y brise sa faiblesse,

Des générations l'instinct universel

A préféré se mettre à l'abri d'un autel.

Tout ce que je puis dire, ô poëte suprême !

Tu me l'as déjà dit, et bien mieux que moi-même.

Je ne te parle pas au nom de ma raison ,

Et l'atome au soleil ne fait point la leçon.

Honte à moi, quand d'ailleurs j'en aurais la puissance,

Si j'allais conlrister ta noble intelligence !

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