‹ Les traditionnellesChapitre 3 sur 114 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Regarde le chemin des siècles révolus Couvert des ossements de ceux qu'elle a vaincus; Les puissants novateurs sont déjà vieux pour elle. A la porte du ciel placée en sentinelle, Quand son glaive divin se prend à le trancher, Le serpent de l'erreur ne peut plus rapprocher Ses tronçons convulsifs expirant sur l'arène; Impassible au milieu de la frayeur humaine, Que le ciel sur son front soit obscur ou serein, Elle n'est pas d'hier et ne craint pas demain. Alarmé du mépris que lui jette la terre, As-tu du Golgotha bien sondé le mystère ? Tu voudrais voir de fer le sceptre de roseau ; Mais va, si le Christ dort, il est dans le vaisseau. Son réveil suffira, sans le secours du monde. Pour rendre le ciel pur et tranquilliser l'onde. Nous avons vu des jours bien plus tristes encor; Quand l'aigle impérial abattant son essor Dans les murs profanés de la ville éternelle Enleva le pasteur sous sa serre cruelle,

8 LKS TRADITIONNELLES.

La cendre de Luther de joie en tressaillit, Des chrétiens chancelants le visage pâlit; Mais voilà que hieutôt un ouragan se lève, Et la croix devant elle a vu briser le glaive ; De la hauteur du ciel qu'il avait ébranlé. Par ses propres carreaux l'aigle tombe aveuglé. Et pour y prendre encor la place souveraine, Pierre en triomphateur rentre dans son domaine.

Mais que nous offres-tn, fatal Samaritain, Pour sauver à la fois Rome et le genre humain ï Ton funeste secours à bon droit nous effraie; Quel vin empoisonné verses-tu sur la plaie? Tu voudrais que, poussant aux révolutions, Rome contre les rois armât les nations; Et que, du peuple seul recevant la pensée. Descendant de la chaire où le Christ l'a placée.

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