LIVRE II
La science s'était assise en souveraine, Et, promenant les yeux sur son vaste domaine, Les bras croisés, disait au divin Rédempteur : « J'aurais voulu rester fidèle à tes oracles; Mais, après avoir fait de semblables miracles, L'homme peut-il en cor rester ton serviteur?
« Regarde, ô Christ! tes cieux sont pour moi sans abîmes, Les mers sans ouragan, les montagnes sans cimes. Sans dépenser du temps, l'espace est dévoré. J'ai pris le mouvement dans la matière inerte. Le tonnerre s'allume et gronde en pure perte. J'ai lu l'âge du monde en son sein exploré.
« Afin d'être en tous lieux au même instant semée. Des ailes de l'éclair la parole est armée. J'ai deviné la marche et le poids des soleils;
10\ LES TllADlTIONNELLKS.
Captifs (Vnn antre maitrc et d'une autre vicloiro, Ces astres, qui cliant aient des hymnes à ta gloire, Maintenant à la mienne en chantent de pareils.
« En s'égalant à toi, l'humanité l'exile.
Ton culte n'est plus vrai, puisqu'il est inutile.
Ton expiation est un dogme odieux,
Et, s'il est vrai qu'il soit déchu d'un rang suprême.
L'homme peut remonter sa chute de lui-môme;
Couche-toi dans la fosse où dorment tant de dieux ! •>
Et le divin Sauveur, ne daignant pas répondre. Laissant à tant d'orgueil le soin de se confondre, Pour le siècle insolent fit sommeiller sa loi. Seulement, aux grands jours, quelques rares fidèles Peuplaient des saints parvis les ombres solennelles , Comme un reste mourant du flambeau de la foi.
Ce reste même, un jour, finit par disparaître : La nuit complète entrait au plan du divin Maître.
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VA l'esprit égare chanla sur tous les tons; Kt la contusion naquit delà parole, Et le bien et le mal oublièrent leur pôle : Le monde semblait ivre et marcher à tâtons,
L'égoïsme prit place au cœur de l'opulence.
La justice douta du poids de sa balance.
Dans le bourbier des sens, Tart courut s'abîmer,
La résignation quitta le misérable;
Nul, hors de soi, n'avait souci de son semblable .
La terre avait perdu la faculté d'aimer.
Elle tournait les yeux vers son trésor splendide;
Mais la science et l'art ne comblaient point le vide
Qu'avait laissé l'exil du principe divin;
Tel, en face de l'or, sauvé dans un naufrage,
L'avare passager, sur une aride plage,
Voit la mort arriver, faute d'un ])cu de pain.
J.c monde, sans remords, subissant.son supplice, N'avait jamais goûté d'un si honteux calice. I.'Ante-Christ aurait cru voir son règne arriver. L'homme ainsi de hi brute épousant la nature Était-il bien de Dieu la noble créature?.... C'était plus que Satan n'avait osé rêver.
Une voix dans le ciel alors firt entendue, Afin de proclamer la vérité perdue :
n Le rayon au soleil a jeté ses mépris ; Peuples trop amoureux d'une science altière, Apprenez que, si l'homme a droit sur la matière, Le Seigneur seulement peut régler les esprits. »
A UN SCULPTEUH,
Si le sculpteur parfois du poëte s'inspire, Moi je lente à mon tour d'initier ma lyre Aux traits harmonieux sortis de ton ciseau. Car ta main suit ton rêve et n'est jamais déçue; Et, lorsque ton esprit une fois Ta conçue, Tu sais réaliser la vision du beau.
Mais voilà que soudain, lorsque je m'extasie Devant ces blocs changés en flots de poésie, Je souris d'amertume et me dis : A quoi bon? A quoi bon enfanter si splendide merveille