‹ Les traditionnellesChapitre 42 sur 114 · A M. H. FLANDRIN · texte numérisé non relu

A M. H. FLANDRIN

Toi qui pus contempler la demeure éternelle, Même avant que la mort t'eût frappé de son aile, Apôtre que la fondre a marqué de son feu; Par ta vie et ta fin, par ta palme splendide, Daigne prendre en ce jour sous ta puissante égide Ce nouveau sanctuaire élevé pour ton Dieu.

Éloigne de ses murs la main du sacrilège; Auprès du Dieu vivant que ta voix les protège : Son symbole n'eut pas de plus ferme soutien.

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Dans la nuit dos Gentils tu portas la lumière, Et les grâces devront descendre à ta prière ; Car ton ardent amour ne lui refusa rien.

Prie, afin que toujours il accorde à ce temple Des prêtres dont la vie enseigne par l'exemple, Et que, pour consacrer le froment immortel, Oflrir le sacrifice à l'immense mérite, Jamais, jamais Satan, sous l'habit du lévite, N'y vienne profaner les marches de l'autel.

Des révolutions, longs tourments de l'empire, Que le flot destructeur à ses portes expire ! Ces voûtes sont pour nous un autre firmament Plein des divins reflets de ta gloire infinie. La pierre y parle aux yeux avec tant d'harmonie Que l'àme s'y recueille involontairement.

Que jamais sous ces nefs, jamais sur leurs décombres, L'abandon et l'oubli ne projettent leurs ombres !

Que l'oiseau ténébreux n'y vienne point crier ! Mais jusqu'au dernier jour, au dernier sacrifice, Que l'encens s'y consume et l'hymne y retentisse ! Que le dernier chrétien puisse encore y prier!

• Des funèbres tissus du lierre, des épines,

Oh ! tu préserveras ces figures divines

Qu'im art miraculeux alla chercher au ciel.

Ce type immaculé des vierges et des mères.

Cet esclave et ce roi dévouant leurs misères

Aux pieds consolateurs du Fils de l'Éternel.

Lorsque nos magistrats viendront, sous ces portiques, Implorer le Seigneur pour des douleurs publiques, Si la guerre civile ou quelque autre fléau Fondait sur la cité pour châtier son crime. Que leurs vœux suppliants rejettent dans Tabîme Le monstre pourvoyeur de la faim du tombeau.

Et quand la fin du jour doublera leur mystère,

LIVnK IL JJ7

Sous la lampe ((tii pond (it l)rrilo solitaire, Image d'un soleil qui ne mourra jamais, Si quelque infortuné porte sa lassitude. Avant que de quitter la sainte solitude. Qu'il reçoive en son cœur res[)érance et la paix.

Car hélas! les esprits sont brûlés par la fièvre.

Quel prophète verra purifier sa lèvre,

Pour que dans son chemin l'homme soit ramené?

Le triste voyageur est brisé par le doute,

Et le Samaritain qui passe sur la route

Ne verse sur ses maux qu'un vin empoisonné.

Ah ! la plaie est profonde et croît sous le remède.

0 Paul! la tribu sainte a besoin de ton aide.

Peut-être faudra-t-il reprendre tes travaux.

Le temps semble enfanter ses dernières années ;

Et les sociétés, du ciel déracinées,

Sous le vent de l'erreur s'envolent en lambeaux.

Mais pourquoi de nos jours revêtir la tristesse? Silence au désespoir où le présent s'aiïaisse ! La promesse du Christ aura son plein effet : L'angoisse de la nuit dispose à la lumière, Et, quand l'orgueil commence à sentir sa misère, Le courroux du Seigneur est encore un bienfait.

En vain ton ennemi te tue en espérance ;

Tu vivras pour le monde et surtout pour la France,

0 foi sainte! malgré ta sanglante sueur,

Tu vivras, quels que soient ton deuil et tes ruines ;

Car, pareille au flambeau, jamais tu ne t'inclines

Que pour ressusciter ta mourante lueur.

13 novembre 1849.

AUX AUTISTES LYONNAIS.

Ilélas! il est donc vrai, le joug de la misère Accable bien souvent un front prédestiné. L'empire des beaux-arts a plus d'un Bélisaire, Plus d'un jeune laurier mourant déraciné.

A vos nobles projets, frères, je m'associe, Si toutefois mon cliant peut valoir un peu d'or; Essayons d'affranchir les ailes du génie Du funèbre linceul qui retient son essor.

Notre union jamais ne fut plus opportune ; Hàtons-nous d'accourir et de tendre la main

A ceux que nous voyons tomber dans l'infortune: Ils avaient à marcher par si rude chemin.

La pauvreté rigide est un sublime exemple , Au plus digne toujours ne sont pas les honneurs; Tant d'avides marchands ont envahi le temple Qu'ils en ferment l'entrée aux vrais adorateurs.

L*un vend le Dieu proscrit qui reçut ses hommages, Et maintenant souillé de ses lâches affronts; L'autre, à l'adolescent, des chants et des images Qui troublent les esprits et font rougir les fronts.

Celui-ci, pourvoyeur de l'opulence impie, Vend l'espoir du néant aux transes du tombeau 5 Celui-là, proclamant sa haineuse utopie, Tient pour le bouge impur la torche et le couteau.

Et, prenant en pitié tout scrupule novice, Leur orgueil se pavane et trône satisfait;

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Dans ce bazar ouvert à tous les goûts du vice, La gloire se mesure à l'argent qu'on a l'ait.

Entre ces trafiquants une ligue est iorniée , Nul sans leur bon plaisir ne peut se faire un nom. Le talent probe et fier reste sans renommée, Alors que la trompette est aux mains du démon.

Mais n'importe, à la muse il faut rester fidèle; Gardons-nous de la vendre aux appétits grossiers : Leur salaire est d'un jour, la muse est immortelle. Mieux vaut encor l'oubii que d'infâmes lauriers.

La soif de l'or éteint la poétique flamme. L'art est un dieu jaloux ainsi que Jéhova : Deux amours ne sauraient exister dans une âme. Et lorsque l'un survient l'autre aussitôt s'en va.

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