‹ Les traditionnellesChapitre 46 sur 114 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

Et tous ceux qui trouvaient refuge en sa demeure

Et qui partageaient ses splendeurs, Ne l'ont plus reconnue au jour de sa détresse, Et, le front rayonnant d'une indigne allégresse,

Ont passé devant ses douleurs.

Sion, où s'élevaient les tours et tes murailles, Le dragon dans la nuit traînera ses écailles.

Tes palais gisent sur le sol, Et sur l'affreux chaos de leurs vastes décombres, Troublant seul de son cri le silence des ombres,

Le hibou promène son vol .

L'incendie et la mort consument tes provinces, Et, frappés de terreur, tes plus illustres princes

Errent pareils à ces troupeaux Qui, pressés d'une faim, d'une soif dévorantes, Cherchent en vain, poussant mille voix gémissantes,

Des pâturages et des eaux.

En toi tout fut coupable et subit sa toiture : Ton oreille n'entend qu'un funèbre murmure,

Et ton œil ne voit que mourir ; Et, pour te châtier jusque dans ta pensée, Le superbe appareil de ta gloire passée

Se présente à ton souvenir.

Ton barbare vainqueur, pour hâter ta ruine, Veille comme un dragon près de chaque piscine :

La soif t'inflige ses tourments.

Tes peuples, desséchés faute de nourriture, En poussant de grands cris accourent vers l'ordure.

Pour y trouver des aliments.

Que la clarté des cieux se voile d'épouvante ! La femme a dévoré, dans sa faim délirante.

Le fruit que ses flancs ont porté !

Ta maison est déserte, et ta douleur est seule ; Butin de l'étranger, tes fils tournent la meule

Dans la nuit de la cécité.

LIVRH III. 147

Le massacre a surpris Lévi dans la prière. On croyait jusqu'ici contre le sanctuaire

Le fer étranger impuissant:

Ses colonnes pourtant par lui sont abattues, Et leurs débris sacrés, dispersés dans les rues.

Entravent les pieds du passant.

Loin de lui le Seigneur a rejeté sa tente Et foulé, dans le feu de sa colère ardente,

Son tabernacle sous son pied.

Il voile l'avenir à l'œil de tes prophètes, Et tu n'as plus d'autel, de temples et de fêtes;

Le sabbat même est oublié.

Tes devins éperdus, sur les places publiques.

Les bras tendus, traînant les bords de leurs tuniques

Sur le sol de sang humecté.

Errent, en plein soleil, dans une nuit obscure. Et maudissent les fruits de la longue imposture

Dont ils berçaient ta vanité.

Aucune nation ne veut te reconnaître,

Et chacun s'épouvante en te voyant paraître ;

Et les plus infimes t'ont dit :

Ton souffle et ton regard sont un poison funeste; Va traîner loin de nous la vengeance céleste

Qui pèse sur ton front maudit.

A l'aspect de la mer immense, sans rivages, De la mer de terreurs, d'infortunes, d'outrages.

Qui t'environne de ses flots, Déplorable Sion, comme un vase d'absinthe. Ton âme renversée a répandu la plainte

Et s'est exhalée en ces mots :

c( A nul autre maflieur le mien ne se compare : La vigne à qui les mains du vendangeur avare

Ne laissent pas un de ses fruits.

Les blés où la tempête a marqué son passage, Ne sauraient vous offrir qu'une impuissante image

De l'affreux état où je suis.

L1VRI-: m. i.o

« A force de pleurer l'excès de ma misère,

Mes yeux, mes tristes yeux ont perdu la lumière;

Et, saisis d'un profond remord, Aïes vierges, mes vieillards assis sm^ des ruines, Ont souillé leurs cheveux et frappé leurs poitrines

Sans pouvoir adoucir leur sort.

a Vainement du Seigneur j'implore la clémence, Le Seigneur me répond par une autre vengeance :

Je sens que mon âme s'en va.

N'es-tu donc plus le Dieu qui frappe et qui relève? Mon sein n'a plus de place où n'ait frappé ton glaive :

Jélibvah! pitié, Jéhovah! v

Après avoir prédit ton cliaiigcmont t'imesto, Je sens tomber sur moi la vengeance céleste, Jérusalem; ainsi qu'à toi,

Le Seigneur m'a parlé par la voix du tonnerre, Et je me suis jeté la face contre terre, Foudroyé d'un mortel elïroi.

Il a chargé mon corps d'une chaîne accablante, Il barre mon chemin. D'une empreinte sanglante

Sa verge a sillonné mon dos.

il m'a pris et jeté dans un lieu funéraire, Et je sens circuler le feu de sa colère '

Jusqu'en la moelle de mes os.

Jérusalem, pleurons! Que la voix de nos larmes Ne cesse d invoquer la fin de nos alarmes;

Que nos yeux ne se taisent point.

Nous serons consolés de toutes nos tristesses ; Le Seigneur est fidèle, et toutes ses promesses

S'accomplissent de point en point.

Mais vous, cruels vainqueurs dont nous sommes la proie, Le ciel réprimera votre barbare joie.

LIVUE m. loi

Au banquet du divin courroux, Vous viendrez vous asseoir, Babylone, Ninive, Et la cou[)e, passant de convive en convive,

Arrivera jusques à vous!

Domptés à votre tour par un maître farouche, Le mors ensanglanté meurtrira votre bouche.

Accablés d'imprécations.

Vous traînerez les chars aux fêtes triomphales, 0 vous qui, maintenant, faites à vos cavales

Des litières de nations!

Car Dieu tient en ses mains deux glaives. L'un châtie, Afin de relever la force anéantie,

A l'aide puissant du remord :

Celui-là fut pour nous. Et l'autreest pour vous-mêmes . Inflexible instrument des vengeances suprêmes.

Il donne l'éternelle mort. »

Page 1