LA TRISTESSE DE SAINT-JOSEPH
IMITE D UN iNOEL PATOIS DE L A!J[JE LAMBERT.
Quel souci pèse au front de notre charpentier? Il va dans sa demeure ainsi qu'une âme en peine; Poui la tache d'un jour il met une semaine; Le travail commencé languit dans le chantier; l^a scie eiïace mal le trait de la sanguine. Le cœur lui gonfle; l'on devine Que c'est, hélas! d'une de ces douleurs Qui ne se peuvent point soulager par des pleurs.
Ne nous étonnons pas du chagrin qui Taccable :
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Il ignore d'en haut le mystère ineiïable,
Et que la fleur unie à son destin A reçu les honneurs d'un message divin ;
Que r)ieu le père Ta choisie ;
Que le Saint-Esprit l'a cueillie; Que, pour vaincre à la fois la mort et le péché, Le Fils, divin bouton, dans son sein est caché; Que l'infini germant l'a seule épanouie.
Un miracle si grand ne peut se deviner. Et que pense Marie? Elle pourraittout dire, Et mettre fin d'un mot à ce double martyre; Car son époux l'évite et doit la condamner. Elle se tait pourtant, puisque Dieu le demande;
Mais à Joseph la loi commande.
Le malheureux ne sait à qui se confier.
11 hésite h la renvoyer :
D'un reste de tendresse il ne peut se dél'endre ;
Il dit toujours: « Demain, demain, sans plus attendre.
Elle quittera mon foyer.
«Je ne puis pluslongtcmpslagarder... Pauvre femme! Comme elle va souffrir : l'hiver est en chemin; Il a déjà tué les lis dans le jardin. Assistez-moi, Seigneur ! la mort est dans mon âme! » L'artisan de ses pleurs arrose les copeaux»
Il fait nuit. Marie est couchée, Et Joseph à son tour a besoin de repos. Par l'ange du Seigneur sa paupière est touchée; Un bien-être céleste a coulé dans ses os.
Le lendemain matin, pour l'œuvre journalière,
La Vierge descend la première.
Et, trouvant l'atelier sans lumière et sans bruit. Croit son époux malade et court à son réduit. Tout bas elle l'appelle, et Joseph se réveille.
<i Je te salue, ô divine merveille!
Le promis d'Israël est dans sa floraison; Une voix, cette nuit, me l'a dit à l'oreille. Va, je sais tout; le ciel est dans notre maison! »
LIVRb] III. lf,5
Et depuis lors, jamais avec plus de courage Joseph, de chaque jour n'avait gagné le pain : La hache dévorait le cèdre et le sapin ; Une heure en valait dix, et parfois davantage : Tout en lui ressentait quelque secours divin. Môme on dit qu'il voyait, à travers un nuage. De petits chérubins, descendus de là haut. Manier près de lui la scie et le rabot, Et les cieux entr'ouverts sourire à son ouvrage.