LIVRE 1. n
Dans l'ombre, sur un sol qui brûlera les pas, Tu courras vers un but que lu n'atteindras pas. En vain, pour reposer la lassitude extrême, Ton esprit se fera le tombeau de lui-même ; L'aiguillon de l'orgueil viendra l'en arracher, Et plus vite qu'avant il le fera niarcher.
Seigneur, pourquoi plonger dans des ombres funèbres
Cet astre si longtemps ennemi des ténèbres ?
Serait-ce qu'effrayé des périls de ta loi.
Nous voyant plus compter sur l'homme que sur toi,
Tu brises cet appui dans ton courroux suprême,
Afin de nous montrer qu'elle vit d'elle-même.
Afin que l'avenir ne vînt point à penser
Que, sans la main d'Osa, ton arche eût pu verser?
Ou bien, en se rendant un culte sacrilège,
Dans sa perfection a-t-il trouvé son piège ?
n LES TRAD1TI0^^NELLES.
Son esprit s'est-il dit, de hu-mêmo oiiivré : Je démolis le temple et le rebâtirai ? L'homme s'est-il posé le rival de Dieu même y... Quoi qu'il en soit, l'Église a lancé l'anathème. Dès ce jour avec lui nous rompons tout lien. Son front ne porte plus la marque du chrétien.
Reine des nations qui, dès ton origine. Avec tant de rigueur punis l'indiscipline Jusqu'au point d'exiger qu'un père, sans remord. Portât contre son fils un jugement de mort, Continue à veiller auprès de ton symbole. Et, pour faire expliquer toute double parole, Environne l'erreur du cercle qu'autrefois Tes fiers ambassadeurs traçaient autour des rois. Que la raison du jour en soit mortifiée, La tienne tôt ou tard sera justifiée.
LIVUE I. la
Ton pasteur, je le sais, parfois faible mortel,
A de SCS 'passions pu ternir Ion autel;
Mais, quoiqu'il l'eût pu faire, il n'eut jamais envie
D'attenter à la loi qui condamnait sa vie.
Instrument inouï d'un miracle éternel.
Il parle encor pour Dieu lorsqu^il est criminel.
Dans l'art de commander aux passions de riiomme,
Nulle voix ici-bas ne te surpasse, ô Rome !
Que peuvent contre toi les cris du mécréant?
Celui qui t'abandonne ajoute à son néant.
Ton deuil même, ton deuil dont l'aspect importune,
Ferait encor plier la plus haute fortune.
Ton flambeau, quel qu'il soit, est l'unique flambeau ;
Et, puisqu'on te l'a dit, tes muA sont un tombeau ;
Mais un tombeau pareil à celui du prophète
Qui ranime soudain la cendre qu'on lui jette.
Toi le dernier venu dans le schisme * l'eneiir
Et dont la trahison nous fait saigner le ca
IHiisses-tu désirer que le ciel te délivre
De ces vapeurs de mort qui sortent de ton livre,
D'un cœur déjà cadavre indice trop certain; Car tout semble finir pour qui touche à sa fin,
Mais d'un secret effroi je ne puis me défendre; Oh ! périssent les mots que je t'ai fait entendre ! En défendant la loi qui commande l'amour, Mon zèle n'est-il pas trop amer à son tour ? N'ai-je pas outrage, d'une ardeur insensée. Ce qui demeure en toi de ta grandeur passée? Nul mortel ici-bas ne reçut de ^on Dieu Une plus noble part de l'haleine de feu. Qui sait si les chrétiens ne doivent pas encore Reconnaître à ton cri le héraut de l'aurore ? Car Dieu peut repétrir et rappeler aux cieux La poussière qui fut un astre radieux.
Lève les yeux en haut, ô séraphin splendide ! Malgré ton abandon, ta place reste vide,