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LES DEUX RESSUSCITES

Kt les toml)eaux lurent ouverts, it plusieurs corps des saints se Icvereut ;

et , sortant de leurs tombeaux après leur résurrection, ils vinrent dans la ^illc sainte....

Saint Matthieu.

Délivré des clameurs cl do la midlilude,

Le Calvaire a repris sa morne solitude.

Vide du corps pendant de son supplicié,

Comme un mât sur Técueil, laissé par la tempête,

Une croix y montrait sa noire silhouette,

Étendant les deux bras sur un ciel ciïrayé.

Après Toeuvre de sang, comme le victimaire,

Jérusalem dormait son sommeil ordinaire.

Au versant de Sion, une faible lueur Brillait seule, au milieu de la ville assombrie; C'était là le réduit de Jean et de Marie, Reste non dispersé du troupeau du Pasteur.

Et ce qui se passa, dans la veillée amcre, Entre le nouveau fils et la nouvelle mère, L'ange de la douleur peut seul le raconter, L'ange qui descendit au pied de la colline, Et sous les oliviers vint prêter sa poitrine Aux angoisses qu'un Dieu ne pouvait surmonler.

Ici le verbe humain, dans son insuffisance, Ne saurait qu'adorer et garder le silence ; Mais il est une scène, en cette nuit de deuil, Dont la sainte terreur me captive et m'inspire ; C'est le Christ de la mort bouleversant l'empire Avant que de briser lui-même son cercueil.

Sur les bords du Cédron était un cimetière

Liviui: m. 191

Où des saints de Jnda reposait la poussière, La terre s'y couvrait de monuments broyés. Voilà que tout à coup, au milieu des ténèbres, Deux de ces morts, couverts de leurs langes funèbres, Se lèvent à demi, sur leur fosse appuyés.

— « Frèrcde mon sommeil, spectre qui me ressemble. Dit l'un d'eux, de la mort sortirions-nous ensemble'/ Sommes-nous les jouets d'un noir encliantement i* Quel pouvoir a brisé nos tristes bandelettes? Aurais-tu dans l'espace entendu les trompettes Qui doivent signaler le dernier jugement? »

— « Ma lèvre allait s'ouvrir à la môme demande. De mon être repris tant la stupeur est grande ! Je n'ai rien entendu qui piU frapper mes os; Je n'entends rien encor, rien, si ce n'est les plaintes Du hibou qui gémit au fond des térébintlies, Et qui depuis longtemps berce notre repos. »

ii)2 LES TUADITIONNELLKS.

— « Ami, lève les yeux vers la voiite céleste, Et vois si son aspect fut jamais plus funeste. Quel livide nuage y flotte déchiré !

Quel est donc l'ouragan qu'a subi la nature ? Et ne dirait-on pas d'un lambeau de voilure Qu'a laissé dans les airs un navire sombré '/

— « Maudit soit l'enchanteur, maudite la sibylle, Si leur pied a frappé sur mon funèbre asile.

Et rallumé mes yeux pour voir ce que je vois! Je voudrais dans la mort me reposer encore. Crois-tu que cette nuit puisse avoir une aurore? Et pouvons-nous compter sur nos jours d'autrefois? »

— « Ce n'est point l'enchanteur ni la magicienne Qui viennent d'évoquer ton ombre ni la mienne. Je me tâte, je vis; l'œuvre est d'une autre main. Qui sait si du Très-Haut ce n'est point une grâce?... Allons dans la cité pour voir ce qui s'y passe. »

Et tous les deux alors en prirent le chemin»

LIVHK 111. 103

Leurs pas silencieux gravissent la colline

Qui porte à son sommet la demeure divine.

— « Écoutons, a dit l'un, aux parvis du Seigneur ;

Le temple (puisse-t-il nous être favorable!)

Du destin d'Israël est l'écho formidable,

Et partagea toujours sa joie ou sa douleur. «

0 terreur ! devant eux les portes sont ouvertes, Et dans les profondeurs de ses voûtes désertes S'exhalent des sanglots qu'on ne connaissait pas! Aux lueurs d'une lampe aride et solitaire, Le saint des saints à nu découvre son mystère; Son voile est déchiré du haut jusques en bas !

Les chérubins, croyant aux ombres éternelles. Ont replié leur vol et voilé leurs prunelles ! Comme en ayant assez du service du ciel. L'urne des encensoirs, des parois détachée, Sur le pavé fendu gît tristement couchée. Et les couteaux sacrés sont brisés sur l'autel.

« Que cherchez-vous? a dit une voix inconnue. Cohii dont l'univers attendait la venue ? Son peuple l'a tué; la tombe est sa prison. Ne vous étonnez pas du deuil de ces murailles : Après avoir livré le fils de ses entrailles^ Le père a pour jamais déserté sa maison. »

La cause de leur crainte est enfin dévoilée;

Les deux ressuscites regagnent leur vallée.

La vie était pour eux chose à se reprocher.

Du Rédempteur promis la mort faisait sa proie;

Le ciel était en deuil, l'enfer était en joie,

Et le monde semblait ne pouvoir plus marcher !

Dans le trouble inconnu qui désole leur âme, Ils sont près de bénir la mort qui les réclame; Mais, avant de descendre au fond de leur réduit. Leur lèvre, tour à tour terrible ou lamentable, Pour qu'ils fussent portés à la ville coupable. Abandonna ces mots au souffle de la nuit :

LIVHK III. 195

PRKMIER RESSUSCITE.

« Afin que le remords l'éveille et le relève,

Puisse ma voix passer dans l'écho de ton rêve,

Puissent mes visions traverser Ion rei)Os,

0 fille de Juda ! Quel morne diadème

A posé sur ton front la vengeance suprême !

El quel manteau sinistre elle a mis sur Ion dos! »

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