SALAMIS DE LARISSE
Sur le sommet du Pélion ,
Le jour jette un dernier rayon.
L'ombre descend dans la prairie;
Tous les oiseaux sont endormis.
Où va la jeune Salamis ,
La perle de la Thessalie ?
Hélas! s' aventurant ainsi, Son pauvre cœur n'a nul souci Que le jour tombe et s'obscurcisse;
Le beau Polémon , ses amours , Pour la guerre , depuis trois jours , A quitté les murs de La risse.
Elle ose enfm verser des pleurs.
Elle a trop caché ses douleurs ; Car une fille de la Grèce, Lorsque , s'arrachant de ses bras , Son bien-aimé vole aux combats , Ne doit point montrer de faiblesse.
Elle gravit les rocs béants , Restes des luttes des géants Sortis de la rive infernale.
C'est parmi ces sentiers affreux Que, dans son séjour ténébreux.
Elle s'en va trouver Mycale.
— « Consolatrice des amants, 0 reine des enchantements !
LIVr.E IV. 20:
Toi qui surprends la destinée Dans le vol sacré des oiseaux , Ou dans les plaintes des roseaux Qui croissent aux bords du Pénée;
Dans ce fleuve mystérieux , Tu montras souvent à mes yeux De Polémon la douce image.
Aujourd'hui, redoutant sa mort, Je viens te demander le sort Que Mars réserve à son courage. »
— « 0 ma fdle, bénis l'ardeur,
Qui t'a fait braver la terreur !
C'est l'heure où mon pouvoir éclate :
Dans les forêts des alentours ,
Je viens d'entendre les cris sourds ,
Les cris de la meute d'Hécate !
Je vais satisfaire à ton vaMi. >»
Et la sorcière a , sur le feu , Suspendu le vase magique ; Et, sur l'eau qui remplit ses flancs, Elle a penché ses cheveux blancs El chanté l'hymne fatidique.
Ensuite, tournant le rouet.
Pour accomplir le noir brouet , Elle y jette la mandragore , Avec les touffes de gazons Où l'aspic versa ses poisons , Et qu'on arrache avant l'aurore.
Puis, le rouet tournant toujours,
Le fauve duvet des vautours;
Le sang d'un dragon de Neptune ,
Et les débris terreux des os
Que l'hyène , hors des vieux tombeaux \
' Vers faux, mais non pas pour l'oreille.
LIVUK IV. 205
Traîne, pendant les nuits sans lune.
I /ongle livide dérobé Au doigt du malheureux tombé A l'autel , percé par le glaive ; Enfin, les lambeaux d'un enfant Que, sous un baiser étouiïant, La mère a tué dans un rêve.
Su rie trépied le charme bout :
L'antre sue et reluit partout Sous la vapeur qui s'en exhale.
Et, sur l'onde qui se répand Fixant ses deux yeux de serpent, Mycale, l'horrible Mycale
Dit à la pale Salamis :
« Voici le sort qui m'est transmis.
Sur le guerrier qui t'inquiète :
La mort ne doit fermer ses yeux
20G LES TRM)ITIO
Que lorsque, on un jour On verra pleuvoir sur sa
— « Quoi , pleuvoir en Je puis donc calmer moi Quel que soit ton sombr Car Jupiter, pour m'affli N'ayant sur moi rien à vi Kè saurait point faire un
Mais la nuit est proche d Salamis hâte son retour.
Le ciel est tranquille et s Elle marche étendant la Afin de voir, en son cher Si rien ne tombe des éto