A JASMIN
Chantre de la joie ou des larmes Du peuple ennobli par la foi, Si ta voix pour tous a des charmes, Elle est plus qu'un charme pour moi.
C'est toute une vie effacée Dont tu ranimes le tableau ; C'est le réveil de ma pensée Qui se reporte à son berceau.
Les jours de ma première enfance, Lorsque ma. mère, au cœur pieux,
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iJc Dieu m'enseignait rexistence En tournant son doigt vers les cieux.
Saintes images, douces scènes Qui i)euplaicnt mon luimble foyer, Chansons, qui pour tromper les peines, Retentissaient dans l'atelier.
Veillées aux légendes naïves.
Repas présidés par l'aïeul, Table qui vit tant de convives, Et qui n'en compte plus qu'un seul !
L'amour à sa première aurore.
Paradis au cœur descendu, Que nous pleurons longtemps encore Après que nous l'avons perdu.
Ah! j'ai vécu de cette vie.
Et ta voix me l'a rappelé ;
Par une ambitieuse envie, Je ne m'en suis point exilé.
Mon âme aurait été fidèle Aux instincts du rameau natal ; Mais le vent qui souffla sur elle Emporta l'oiseau loin du val.
J'ai vieilli, dans nos jours d'orages.
Au pays le plus orageux, Où, dans leur marche, tous les âges Ont laissé du sang après eux.
Ici j'ai senti plus profonde
Cette terrible impulsion
Qui fait s'éclieveler le monde
Comme un flambeau sous l'aquilon.
Et toute mon ardeur intime Se consume au soin dévorant