‹ Les traditionnellesChapitre 84 sur 114 · LIVRE V. 27fc · texte numérisé non relu

LIVRE V. 27fc

Et j'aime mieux cent t'ois l'écouter que de lire Les beaux in-octavo que tous ces mfîssieurs font.

Lecteur, quand je dis peu|)le, il faut bien nous entendre;

Ce n'est pas celui-là, tranchant du Montesquieu,

Qui règle ses destins et qui veut bien descendre

Au rang de souverain, dans l'espoir d'être Dieu.

Celui dont je te parle était simple et bon homme,

Et son cœur de l'envie ignorait le démon ;

Il laissait à son roi gouverner son royaume.

Et buvait du vin blanc au sortir du sermon.

Je crois encor le voir, le tricorne à la tête,

L'habit grossier, mais propre, et la poudre aux cheveux ,

Pauvre, mais satisfait, ignorant, mais non bête,

Et de sa probité noblement vaniteux.

Ce portrait me rappelle un ami de mon père, Qui m'a fait bien souvent sauter sur ses genoux; Ses contes égayaient la table hospitalière, Quand, dans un jour de fête, il soupait avec nous.

Fanatique arislo , sans litre et sans fortune, C'était un menuisier, jadis mis en prison Pour avoir fait refus aux gens de sa commune De construire en sapin l'autel de la Raison. Je crois que ce trait-là le fait assez connaître : Ennemi de l'orgueil par le siècle enfanté, Contre ces gens toujours prêts à blâmer le maître Voici ce qu'un dimanche il nous a raconté :

Notre Seigneur, un jour, s'en allait avec Pierre. L'Apôtre, sans parler, marchait d'un air rêveur , De son bâton distrait écartant chaque pierre, Et sans jamais tourner les yeux vers le Sauveur.

Jésus lui dit : « Pourquoi cette tête baissée? Pierre, mon ami Pierre, as-tu quelque chagrin ? Dis- moi ce qui se passe au fond de ta pensée ; Je suis pour tous les maux un baume souverain. »

— (( Maître, la charité parle pai* votre bouche;

Page 1