CHAPITRE IV
GROUPE CAFRS OU KOUSA, SICHOUANA, DAM ARA.
Le groupe cafre mérite une mention toute spéciale ; ce n'est pas que nous ayons la prétention absolue de soutenir que les peuples qui parlent ces langues soient d'origine asiatique, mais en présence de l'opinion d'ethnographes sérieux, qui presque tous n'ont pas hésité à donner aux Cafres un autre berceau que l'Afrique, nous pensons qu'il peut nous être permis de signaler à notre tour des rapprochements et de formuler une hypothèse.
Pour ne citer qu'une seule de ces opinions, Barrôwadit:
« Très-certainement, les Cafres ne sont point aborigènes de la pointe méridionale de l'Afrique. Environnés de tous côtés par des nations si différentes en tout point par leur couleur, leurs traits,
leurs formes, par leurs dispositions, leurs manières et leurs langages, il serait absurde de les considérer comme indigènes du petit pays qu'ils habitent maintenant. Si on voulait rechercher leur origine, peutêtre serait-on bien près de la vérité en supposant qu'ils descendent de quelques tribus errantes d'Arabes connus sous le nom de Bédouins. On sait que ces peuples ont pénétré dans presque toute l'Afrique, La figure des Cafres porte des caractères visiblement les mêmes que celle des Arabes, et leur manière de vivre, leurs habitudes pastorales, leur caractère et leur hospitalité envers les étrangers, achèvent de compléter leur ressemblance. Ces Bédouins ont porté des colonies jusque dans les îles du midi de l'Afrique; entreprise plus difficile à exécuter qu'un voyage par terre jusqu'au Cap de Bonne- Espérance.
En marchant le long de la m^r Rouge, et tournant immédiatement au Midi sur la côte, ils auront évité le grand désert qui divise l'Afrique en deux, et le pays est alors praticable partout. »
Lichtenstein refuse d'admettre celte opinion, parce que, dit-il, ces peuples auraient conservé des restes d'écriture, et quelques traces de la civilisation de leurs ancêtres.
La première raison tirée de l'absence de toute écri-
ture est sans valeur, l'ethnographie a relevé, nous l'avons vu, nombre de cas oh la longueur des chemins parcourus, les temps écoulés, les souffrances endurées, et enfin les conditions d'une existence difficile dans les débuts, ont fait perdre l'écriture à des émigrés, issus de nations qui la possédaient. Supposons, par exemple, que quelques milliers de serfs révoltés, au moyen âge, eussent trouvé un moyen quelconque de s'enfuir et d'aborder à la côte d'Afrique, par Gibraltar, croit-on qu'ils eussent conservé une écriture qui existait bien en Europe mais qu ils devaient encore moins connaître, n'étant pas nés clercs, que les orgueilleux hobereaux de l'époque, dont l'ignorance s'étale sous cette form'e dans les actes notariés du temps :
« Et le sieur de... et autres lieux, a déclaré ne savoir signer comme étant gentilhomme. »
Le second motif porte moins encore, car nous allons voir que les Cafres ont précisément conservé une civilisation qui n'a rien d'africain.
Les autres raisons que nous donne Lichtenstein, vont au moins aussi directement contre la thèse qu'il soutient.
Il présume que le sud de l'Afrique a été peuplé
par des nations venues du nord de cette contrée dont les uns sont arrivés à l'est du Cap, donnant naissance à la race des Cafres, et les autres à Touest, V laissant la race hottentote,
« A Test, dit-il, les tribus émigrées trouvaient un sol fertile et un beau climat/ la civilisation pouvait s'y conserver en partie. Sur le sol desséché de l'ouest, au contraire, les hommes furent obligés de vivre de la chasse et de s'étendre davantage vers le midi pour trouver quelque subsistance ; en sorte que les Hottentots arrivèrent dans le midi quelques siècles avant les Cafres ; il s'étendirent même sur toute -la Cafrerie et au delà; les rivières et les montagnes y portent encore aujourd'hui des noms hottentots. Cependant, se trouvant enfin en contact avec les Cafres, qui arrivaient du nord de l'Afrique, ils furent repoussés et durent se resserrer dans le coin de terre qu'on leur laissa. »
Lichtenstein indique alors comme pays d'origine des Cafres TAbyssinie. Tout ce raisonnement se renverse lui-même, au point de vue ethnographique et revient à soutenir l'hypothèse de Barrow, qu'il était destiné à renverser.
Ainsi, n'est-ce pas une monstruosité ethnographique que de faire venir les Hottentots du nord de
LES LANOUES. i43
l'Afrique, en présence du type particulièrement grossier et primitif de cette race ; son origine occidentale, en l'absence des preuves même les plus indirectes, est impossible à admettre, même à Tétat de simple supposition.
Il ajoute que la civilisation pouvait se conserver dans Test, sous un climat sain et avec un sol fertile, et c'est précisément le cas des Cafres , dont les mœurs, les coutumes, les croyances ne ressemblent à aucune de celles de leurs voisins.
Quant à Torigine abyssinienne, Lichtenstein ne voit pas qu'en cela il détruit lui-même toute son argumentation, car il est acquis à la science aujourd'hui que les Abyssins ne sont pas originaires de l'Afrique.
Sans nous prononcer plus que de raison pour l'hypothèse de Barrow, nous devons dire qu'elle est la plus vraisemblable, et que nous irions même plus loin que lui, en rattachant plus étroitement encore l'émigration cafre à l'Asie.
C'est ici le cas de rapprocher les coutumes et les races.
Nous venons de voir que la figure des Gafres présentait tous les traits caractéristiques de celle des Arabes. Barrow, Lichtenstein, Levaillant, Campbell, Kay, Thunber^, Hoeflfer et autres , sont d'accord pour leur reconnaître une taille élevée, la tête bien
conformée, le front haut, l'os du nez relevé comme chez les Indo -Asiatiques et les Indo-Européens, et des membres développés dans les plus belles proportions ; leur attitude indique la vigueur, leur démarche est ferme et assurée, et tout en eux annonce, le courage et l'intrépidité.
Les femmes, quoique d'une taille beaucoup plus petite que celle des hommes, ne sont pas moins bien conformées qu'eux. Les jeunes Cafrines ont la taille arrondie, souple et élégante, les seins élastiques, fermes et bien plantés en pleine poitrine, tous leurs membres ont des contours charmants, leur peau est fine, les pieds et les mains sont petits, leur figure est bien faite, et presque toujours gracieuse et mutine. On ne ferait pas autrement le portrait d'une Indo-Européenne.
Enfin, la peau des deux sexes a cette couleur indécise du bronze foncé, qui est celle de toutes les populations véritablement autochthones du sud de rindoustan.
Leur genre de nourriture va nous donner des traits plus saillants encore, de ressemblance avec les Asiatiques.
« La bonne santé dont jouissent les Cafres, dit HoefTer, est due sans contredit en grande partie à la simplicité de leurs aliments. De nombreux troupeaux
de vaches leur fournissent en abondance du laitage qui fait leur principale nourriture : leurs autres aliments sont : la viande ordinairement rôtie, le millet, le maïs et le melon d*eat$ qu'ils apprêtent de plusieurs manières. L'eau est leur unique boisson. Les Cafres ne boivent pas le lait frais, mais ils le laissent cailler et $* aigrir ; ce qui se fait en très-peu de temps dans des corbeilles qui, ayant servi plus d'une fois à cet usage, sont imbibées d'acide lactique.
« Ces corbeilles, de forme arrondie, ont ordinairement dix jusqu'à seize pouces de diamètre à la partie supérieure, et un peu plus de profondeur, la paroi a une ou deux lignes d'épaisseur, rarement davantage. Ce sont les femmes qui s'occupent de leur construction, elles y emploient une espèce de jonc très-délié qu'elles savent tresser avec tant d'adresse qu'une corbeille, ainsi faite et enduite de graisse, est impénétrable à l'eau.
« Pour manger le lait caillé, les Cafres se servent d'une coquille de moule, ou plus communément de la tige d'une plante qui croît particulièrement dans leur pays. Quand la plante est entièrement desséchée, ils en coupent un morceau d'environ un pied de long dont ils battent le bout avec un caillou poli, jusqu'à ce que tous les filaments s'écartent, et /or- : ment un pinceau qui leur tient lieu de cuiller pour manger^ le laitage. »
446 LES TRADITIONS INDO-ASIATlQUES.
Tous ces détails pourraient s'appliquer traits pour traits aux mœurs des populations agricoles du Deccan, des Tamoules surtout.
Le lait caillé, le millet et le riz, au lieu du maïs, fut la base de la nourriture de toutes les populations védiques. Le lait caillé est également dans l'Inde la principale offrande des sacrifices. Coiùme sur les bords du Gange et du Gavery, les Gafres ondoient leurs enfants à la naissance ; cette cérémonie consiste à plonger ces derniers trois fois dans Veau et à leur en verser un peu dans la bouche.
Une des pratiques les plus singulières, qui rattachèrent ces tribus d'un côté à l'Arabie, et de l'autre à l'Inde par les Tchandalas ou proscrits décastés à qui elle était imposée, est la circoncision, qui est pratiquée sur les jeunes gens dès qu'ils arriveait à l'âge de la puberté*
Pendant de longs siècles, les parias indous furent astreints à la circoncision. Manou nous a conservé sur ce point les prescriptions les plus singulières. Mais la coutume la plus étrange, qui prête aux plus intéressants rapprochements, et dont on chercherait vainement l'explication dans l'ethnographie d^ raoes véritablement africaines, est celle de 4a purification de souillures toutes spéciales, purification qui semble être un écho de la coutume indoue et . sémitique.
Laissons parler M. Hoeffer :
« Les Gafres ont, comme les anciens Israélites, ridée d'une souillure toute morale qu'on encourt dans certains cas.
'« La personne ainsi souillée est exclue pendant un certain temps du commerce des autres, et il y a des règles prescrites à observer pour sa purification. D'abord il ne lui est pas permis de se laver ou de se peindre le corps, pendant tout le temps de la souiU lure ; on lui interdit de mémerusage du lait, et tout commerce avec l'autre sexe; après que le temps de la souillure est écoulé, elle se purifie en se lavant de nouveau, en se peignant la peau et en se rinçant la bouche avec dii lait. Tous les enfants sont considérés comme impurs jusqu'à l'âge de la puberté (époque de la circoncision). On regarde de même les femmes comme souillées pendant leur indisposition périodique ; les nouvelles accouchées, jusqu'à un mois après leurs couches ; toute femme qui a eu comilierce avec un homme, jusqu'à ce qu'elle soît lavée.
. « La souillure a lieu pendant la moitié d'un mois lunaire, pour le mari dont la femme est morte, et pendimt un mois entier pour la &mmâ d^v^sxue v^ve« La mère, dont l'^B&at vi^nt i nu>urir/(eBt souillée pendant deux îovivs^ et «n géxiérid» qui**
148 LES TRADlTiONS INDO-ASlATlQUES.
conque s'est trouvé dans le voisinage d'une personne au moment où elle rend le dernier soupir, est censé souillé, quoique, dans ce cas. la souillure ne dure que jusqu'à ce qu'on se soit lavé.
« Parla même raison, tous les hommes sont rétés souillés au retour d'une bataille, et doivent faire leurs ablutions avant de rentrer dans leurs cabanes. Si, pendant un orage, la foudre tombe dans l'enceinte où habite une tribu, la tribu entière est souillée; on abandonne ce lieu, on se purifie en immo- ' lant quelques pièces de bétail, et dans l'intervalle tout commerce est interrompu entre la tribu souillée et les autres tribus. »
En regard de ces coutumes, on ne lira pas sans étonnement, croyons-nous, les prescriptions du vieux Manou, le plus ancien législateur de l'Inde :
. « Écoutez maintenant quelles sont les impuretés occasionnées. par les morts et les objets inanimés, et les moyens de s'en purifier.
« Si un jeune enfant vient à mourir après la cérémonie de la tonsure, ses parents sont atteints de la même impureté que celle de la mère à sa naissance.
« L'impureté occasionnée par les morts à leurs parents peut durer selon les circonstances dix, trois ou un jour, mais dans tous les cas elle ne peut cesser ayant que les os aient été recueillis dans le bûcher.
« L'impureté cesse d'atteindre les parents au septième degré, car ils ne sont pas obligés d'offrir les pindas funéraires.
« Mais ils sont astreints à la libation d'eau, tant que l'on conserve le souvenir d'une origine commune et le nom du même ancêtre.
« Tous les parents qui sont obligés à l'offrande des gâteaux funéraires reçoivent du mort une impureté d'une durée égale, mais celle qui résulte d'une naissance n'atteint que lô jpère et la mère.
« Le père est purifié par un bain lorsque l'enfant est né de sa femmei mais s'il a un enfant d'une femme mariée, étant convenablement autorisé par le
mari impuissant, une purification de trois jours est nécessaire.
« Le brahmatchari (élève) qui accomplit les cérémonies funéraires de son gourou (maître) est purifié au bout de dix jours seulement et de même les porteurs du corps.
« Une femme est purifiée d'une fausse couche par quinzejours d'ablutions; une femme dont les fatigues mensuelles sont terimnées, par trois ablutions.
« L'enfant mort avant l'âge de deux ans, et qui n'a pas reçu la tonsure, doit être enseveli dans une terre pure; ses os ne sont pas recueillis dans le bûcher, car il n'est pas un ancêtre.
« Aucune ablution, aucune cérémonie, aucuns sacrifices ne doivent être offerts pour lui, les pindas sacrés {gâteaux funéraires) ont été créés seulement pour les mânes des pitris et il ne va pas au séjour des ancêtres.
« Si le brahmatchari accomplit les oérémonias funéraires pour un de ses camarades, il est purifié en un jour.
« Les parents sont purifiés en trois jours de la mort d'une vierge, en six jours seulement si elle était fiancée.
« Les parents sont purifiés de la mort d'un des leurs, absent, par dix jours, ou la différence entre l'annonce de la mort et dix jours comptés à la date du décès.
« Si dix jours, ou plus, se sont déjà écoulés entre la mort et l'annonce du décès, les parents sont purifiés par un bain.
« La mort d'un étranger est purifié par un seul bain pour les habitants de la maison dont il est l'hôte.
« Quel que soit le nombre des décès arrivés pen-
i5î LES TRADITIONS INDO-ASIATIQUES.'
dant les dix jours funéraires, les parents ne sont impurs que les dix premiers jours à compter du premier décès.
« La mort d'un brahme d'une sagesse exemplaire, savant dans le Véda, et qui toute sa vie a pratiqué des austérités méritoires, n'occasionne aucune impureté.
« Tous les habitants du royaume sont impurs pendant un jour à la mort du souverain ; tous les habitants de la même maison sont impurs pendant une nuit à la mort d'un brahme.
« Nul ne doit pendant les jours d'impureté interrompre ses oblations aux cinq feux, ni ses offrandes aux mânes.
« Celui qui a touché par mégarde un tchandala (paria), une femme ayant ses fatigues mensuelles, un homme sans caste, une nouvelle accouchée, un mort, est purifié par un bain.
« Le brahme qui aperçoit un homme dégradé,
en faisant ses oblations, est obligé de réciter les mentrams (prières; de la purification, de même s'il touche un os, un mendiant, une prostituée, un homme débauché.
« Les dépouilles mortelles des brahmes et des deux autres castes supérieures doivent quitter la ville par la porte de l'orient, les restes des soudras par la porte du sud.
« Les novices, les sannyassis (anachorètes), les vieillards de cent ans, les vierges ne reçoivent aucune impureté de la mort de leurs proches.
« Les rois sont purifiés immédiatement de la mort de leurs proches, les cérémonies funéraires ne doivent pas les détourner de leurs occupations qui ont pour but le bonheur de leurs peuples.
« Celui qui meurt dans une bataille ou par ordre du roi, ou en défendant le faible, ou tué par la foudre, ou en protégeant une vache, est purifié à l'instant même.
« Le roi ne peut jamais être impur, car il a été créé pour le règne de la justice par Sama, Agnî, Sourya, Anila, Indra, Couvera, Varouna et Yama, avec une portion de leur pure essence.
ilr
« Après avoir assisté à un sraddha (repas funéraire) le brahme est purifié en touchant Teau lustrale, le xchatria ses armes, le Vaysia son aiguillon, le soudra le pied de son maître.
« Si un brahme rend les devoirs funéraires à un étranger, il est purifié un jour après, et trois jours après, seulement, s'il assiste au repas mortuaire.
« La dépouille d'un mort ne peut être portée au bûcher que par les parents, ou des gens de sa caste ; celui qui est porté par un soudra renaît dans la caste servile.
« L'eau, la terre, les cérémonies sacrées, la fiente de vache (animal vénéré par excellence dans la
LKS LANGUES. i^
mythologie indoue), l'air, les alin^nts consacréS' dans les sacrifices sont les objets employés dans les^ purifii^tions.
« Mais la purification qui vient de la science et des bonnes œuvres est la meilleure. Heureux celui qui reste pur en acquérant des ricliesses.
« Les sages se purifient par le pardon des injures* Taumône et la prière.
« Telles sont les règles de purification des êtres animés »
Ici nous sommes en présence d'une civilisation plus avancée, et surtout nous pouvons citer le texte même de la coutume. Combien ces étranges rappro^ diements seraient plus étroits encore si, au lied d'avoir le simple exposé des voyageurs, nous pouvions recevoir, de la bouche même d'un chef, ou d'un sacrificateur cafre, l'explication des divers genres de souillures reconnues par leurs lois religieuses, ainsi que des modes de purification qui y s<mt afférents. Mais telles qu'elles sont les deux cou-
Ht LES TRADITIONS INDO-ASIATIQUES.
tûmes offrent de tels points de contact, que Ton pourrait peut-être, sans trop de témérité, penser qu'elles ont dû avoir dans la très-haute antiquité quelques liens de parenté.
Quoi qu'il en soit, il est, ainsi que nous l'avons déjà dit, absolument impossible d'expliquer de pareilles mœurs, sans sortir de cette grossière terre d'Afrique, où l'on ne rencontre que les plus grossières superstitions.
Il se peut que les Cafres aient perdu la connaissance symbolique de ces habitudes, mais il est hors de doute qu'elles partent d'idées religieuses avancées, les souillures purement morales et les purifications qu'elles exigent, sont les conséquences certaines de tout un système de conceptions métaphysiques, dont on ne peut trouver l'explication qu'en remontant vers l'Orient.
Nous n'avons pas le temps, on le conçoit, de nous appesantir sur toutes ces traditions qu'un volume suffirait à peine à exposer; qu'il nous suffise de dire que les cérémonies de mariage, qui commencent par la dation de la femme au mari par le père, moyennant une véritable vente dont le prix consiste en bestiaux, les cérémonies mortuaires, les douaires des veuves, les prohibitions d'union en raison de la parenté, tels que les ont notés sur les lieux Sparmann, Alberti, Thunbèrg, Le Vaillant, Barrow,
Rurchell et Kay, sont identiques dans la coutume indoue.
Un exemple, que nous allons emprunter à MM. Thompson et Hoeffer prouvera, à rencontre de Lichtenstein, qu'il ne faut pas des siècles à une peuplade transplantée hors de son pays, par émigration ou toute autre cause, pour que leurs descendants perdent le souvenir du pays de ses ancêtres, et nous en conclurons, en admettant qu'une émigration sémitique ou d'origine indoue ait donné naissance aux Cafres, que ces derniers ont conservé beaucoup plus de traditions de leur pays d'origine qu'on n'aurait pu Tespérer.
Ilya dans la Cafrerie, au pays des Amapondas, une horde qui excite un vif intérêt, Elle descend d'Européens naufragés qui se marièrent avec les femmes du pays. Ce fî^it, qui avait d'abord été révoqué en doute, paraît aujourd'hui bien démontré. On sait que le Grosvenor, vaisseau de la Compagnie anglaise des Indes, périt en 1782 sur les côtes de la Cafrerie. Une expédition qui, neuf ans après, partit pour s'enquérir du sort des naufragés, arriva dans le territoire des Amapondas ; elle rencontra dans le voisinage du lieu de l'accident une horde d'environ quatre cents individus, issus du mariage d'Européens avec les indigènes, et trouva encore parmi eux trois vieilles femmes qui avaient entièrement oublié leur
158 LES TRADITIONS I5D0«ÂSIAT1QUËS.
langue maternelle. La horde de mulâtres à laquelle elles appartenaient, possédait des bestiaux et avait de grands jardins plantés en sorgho, maïs, caimes à sucre, patates, baaanes et haricots. Elle devait, dit Thompson, évidemment son origine à l'équipage de quelque navire jeté sur cette côte longtemps avant' la catastrophe du Grosvmar.
De tous ces rapprochements extraordinaires nous ne tirerons aucune conclusion absolue ; nous dirons seulement qu'ils ont pour l'ethnographe qui étudie des origines, une tout autre valeur que des sons articulés, qu'une foule de circonstances peavent modifier, et que quelques racines plus ou moins irréductibles.
Il nous reste à dire quelques mots de la langue des Cafres, que nous rangeons parmi les langues agglutinantes. L'évolution agglutinante n'y est certainement pas complète ; cet idiome possède encore une foule de formes monosyllabiques, mais il suffit que l'effort ait été tenté pour qu'il ait le droit d'entrer dan$ cette division.
Dans la langue des Cafres, ou langue kousa, les mots se composent en général de deux syllabes ; }a pénultième est toujours très-acœiituée, et la voyelle accompagnée d'un petit nombre de consonnes seulement.
Cet idiome ne possède ni Vx^ ni l'z, si le y rem-
placé par Vf. Les sifflantes lui sont iaconnues, et le k, le p et le t se prononcent avec une très-forte aspiration.
Les Gafres parlent avec élégance, ont une prononciation claire et bien accentuée ; ils chantent leurs phrases, circonstance de plus à noter, comme les Asiatiques ; et avant la prononciation du mot, ainsi que nous l'avons nous-môme souvent entendu, lorsque les brahmes récitent les Védas, on entend s'échapper un son rhy thmé que l'on peut traduire par omt ami ou oumt Us ne connaissent pas l'article, et le mot se modifie pour donner l'idée du présent, du passé et du futur.
Ainsi :
Moi, dans le présent, se dit cita,
— dans le passé, — di,
— dans le futur, — do.
Le verbe neutre n'existe pas, le nom ou l'adjectif remplissent la fonction.
Ainsi :
Lamba signifie la faim et avoir faim,
Kuhmba — > méchant et faire une mauvaise aclio n ,
Tsaba -^ content et se réjouir.
La forme du verbe lui est donnée par le pronom.
Dia lamka signifie j'ai faim .
Les adjectifs qualifid^ûi sont caraetérisés par les
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suffixes é/e^ et a/e; longa^ droit Jonguèle^ sincère; damma^ deuil, dammdle^ triste. Voici, d'après MM. Kag et Hoeffer, le tableau d'une conjugaison en langue cafre qui rappelle un peu celles des langues sémitiques :
UKUBIZA - APPELER.
PRÉSENT
Diabiza j'appelle.
Uabiza tu appelles.
Eabiza il appelle.
Siabiza nous appelons.
Neabiza vous appelez.
Piabiza ils appellent.
IMPARFAIT
Dibeudibiza... j'appelais.
Ubenubiza .... tu appelais.
Ëbenebiza il appelait.
Sibezibiza nous appelions.
Nebenebiza . . . vous appeliez.
Pebepebiza ... ils appelaient.
PARFAIT
Dubandabiza. . j*ai appelé.
Ubanabiza .... tu as appelé.
Eabaéubiza ... il a appelé.
Sabesabiza. . . . nous avons appelé.
Nabenabiza , . . vous avez appelé.
Pabepabiza ... ils ont appelé.
PLUS-QUE-PARFAIT
Dikandabiza . . j'avais appelé.
Ukaiiabiza .... tu avais appelé.
Ekeabiza il avait appelé. .
Sikasâbîza nous avions appelé.
Nekanabiza . . . vous aviez appelé.
Pakapabiza ... ils avalent appelé.
FOTUR.
Dobiza j'appellerai.
Uobiza tu appelleras.
Ëobiza il appellera.
Sobiza nous appellerons.
Nobiza vous appellerez,
Pobiza ils appelleront.