GROUPES TÀMOULS ET CYNGHALAIS
Nous ne faisons qu'un seul groupe des langues qui se parlent dans le Deccan, le Carnatic, le Malagalam et l'île de Ceylan, car toutes doivent leur origine à un type convenu.
Ces langues sont au nombre de six :
Le tamoul qui se parle à l'est des montagnes du Malabar, depuis Palikate jusqu'au capComorin;
Le telinga, qui se parle dans tout le centre, au pays de Golconde, à Hayderabad et jusqu'aux confins du Béhar;
Le kanara, qui se parle dans tout le Maïssour jusqu'aux extrémités de l'ancien royaume de Nizam;
Le malayalam, qui se parle tout le long de la côte ouest du Malabar jusqu'à Trivanderam ;
Le toulouva, qui n'est guère en usage aujourd'hui que dans une portion circonscrite du versant
oriental des Nielgueries, à la hauteur de Bengalore;
Et le cyngalais, qui se parle dans Tlle de Ceylan, concurremment avec le bengali qui s'est acclimaté dans les ports, et le tamoul qui est Tidiome de presque toutes les populations du nord de Tile, de Manaar à Jaffnapatnam.
Ces langues ont donné naissance à une foule de dialectes secondaires, dont nous n'avons pas à nous occuper.
On a cru pendant longtemps, avant que ces langues fussent parfaitement étudiées , qu'elles étaient des dérivés directs du sanscrit. Il est acquis aujourd'hui à la science qu'elles ont une origine entièrement indépendante de la vieille langue brahmanique, et qu'elles appartiennent sans conteste au groupe des agglutinantes.
Néannioins, elles ont reçu du sanscrit une trèsgrande quantité de mots, mais sans que cela altère en rien leurs formes constitutives, et dans les mêmes rapports, par exemple, que l'anglais a reçu des mots latins, et l'indoustani des mots arabes.
Des six, c'est le tamoul qui est sans contredit le plus pur, et quelques linguistes ont pu à bon droit le cônsidér.er comme la langue mère des autres.
Le telingua, quoique conservant sa forme primitive, a fait de tels emprunts au sanscrit que, suivant l'expression des savants Wilson et Golbrook, ,
si on lui retirait tous les mots qu*il doit à la langue sacrée, il n'existerait plus.
Ces langues sont flexibles et sonores, mais leur littérature n'a rien d'original, elle s'est formée tout entière à l'aide de la littérature sanscrite.
La langue cyngalaise est mélodieuse et expressive, et telle en est la richesse d'expression et de synonymes, que l'on pourrait presque dresser trois vocabulaires d'instinct ; l'un servirait à l'écriture sacrée et à la poésie, l'autre au langage des classes élevées, et le troisième à l'usage du menu peuple.
Les Gyngalais ne possèdent ni grands écrivains, ni monuments littéraires et scientifiques; de tous les peuples de l'Indoustan, c'est celui qui reste le plus stationnaire.
Les six langues dont nous venons de parler doivent toutes leur système d'écriture au sanscrit.
Nous n'avons pas, on le conçoit, à nous étendre sur les traditions de ces peuples, puisque c'est pré" cisément aux traditions de leur pays, l'Indoustan, que nous cherchons, sans esprit de système cependant, à rattacher celles des autres peuples : on ne saurait nier sans absurdité que les Tamouls et les Gyngalais ne soient des Asiatiques, et l'étude sur les conceptions et les mœurs de l'Inde, viendra plus logiquement lorsque nous aurons à nous occuper du groupe des langues à flexion indo asiatiques.