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PLEUREUSES A GAGES ET MANIFESTATIONS DE DEUIL

Dans toutes les provinces de l'Inde, l'usage est généralement répandu de louer, pour les funérailles, des pleureuses à gages.

Dès qu'un individu vient à rendre le dernier soupir, tous ses proches vont immédiatement revêtir leurs plus beaux habits et reviennent entourer le corps.

La veuve alors, si c'est un homme marié, perce le cercle des parents, et [s'en va, avec les signes de la plus vive douleur, se jeter sur le corps du défunt qu'elle embrasse en jetant les hauts cris. Elle le tient serré entre ses bras, jusqu'à ce que les parents, spectateurs de cette scène, jugent que c'en est assez de cette première démonstration de douleur, et viennent l'arracher à ses tristes embrassements. Cependant elle paraît ne céder que malgré elle à

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leurs efforts, et fait mine de s'échapper sans cesse de leurs mains pour aller se jeter de nouveau sur les restes inanimés ds son mari.

Ses tentatives étant vaines, elle se roule parterre comme une démoniaque qui se meurtrit à grands coups de poing la poitrine, s'arrache les cheveux et donne les signes du plus violent désespoir.

Après ces premières explosions de désespoir, elle se lève, et, prenant un air plus calme, elle s'approche du corps de son mari, et, dans un long monologue, elle lui reproche de l'avoir quittée si tôt ; il n'était donc pas sûr de sa fidélité et de son affection, ne l'entourait-elle pas de soins, ne lui avait-elle pas donné de beaux enfants, etc.. et chaque parole est entrecoupée de sanglots et de cris qui sont répétés à l'unisson par tous les assistants^

Elle s'adresse alors aux dieux, contre lesquels elle vomit d'horribles blasphèmes et des torrents d'imprécations. Elle les accuse hautement d'injustice pour lui avoir enlevé son appui.

Cette scène dure jusqu'à ce que son éloquence épuisée ou la fatigue de ses poumons ne lui permettent pas d'en débiter davantage. Elle se retire alors pour aller prendre du repos, et étudier de nou^ velles phrases qu'elle viendra réciter sur le même ton lorsqu'on se disposera à enlever le corps pour le porter au bûcher.

Ces alors que commence le rôle des pleureuses à gages.

Lorsque ces femmes sont mandées pour assister à des funérailles, elles arrivent échevelées, à demi nues, et le reste de leur habillement en désordre ; se rangeant en groupe autour du défunt, elles commencent par pousser à l'unisson des cris lugubres en se frappant la poitrine en mesure. Elles pleurent, sanglotent, hurlent successivement. Tantôt adressant la parole au mort, chacune lui fait .un compliment à son tour sur les mérites ou les bonnes qualités dont il était doué ; tantôt elles l'apostrophent vivement en lui représentant combien sa vie eût été nécessaire encore, et combien il a eu tort de mourir sitôt; enfin elles lui déclarent en propres termes qu'il ne pouvait pas faire de plus grande sottise que celle-là.

Elles se relèvent les junes les autres pour remplir ces fonctions tragiques, et elles continuent jusqu'à ce qu'on enlève le corps.

A ce moment tous les parents se réunissent autour du cadavre et font éclater leur douleur.

Ils déchirent leurs habits, se frappent la poitriae, se font des. incisions plus ou moins profondes sur les seins, et, après s'être fait raser les cheveux et la barbe, ils accompagnent le mort au bûcher, ou à son

tombeau, selon qu'il est brûlé ou enseveli, suivant les castes.

Ces formules de deuil étaient textuellement celles des Chaldéo Babyloniens, et nous les retrouverons plus tard quand nous étudierons les traditions indo-européennes, en Grèce et à Rome.

A la mort de leurs parents et de leurs amis, les Hébreux faisaient éclater leur douleur et les signes extérieurs de TafiBliction de la même manière.

Ils pleuraient, déchiraient leurs habits, se meurtrissaient la poitrine, s'arrachaient les cheveux et la barbe ou se les faisaient couper, et même se , faisaient des incisions sur les seins.

« Même ainsi, a dit l'Éternel, n'entre point dans aucune maison de deuil, et ne va point pour pleurer, ni pourt'affligerpour eux, car j'ai retiré dece peupleci, dit l'Éternel, ma paix, ma beauté, etma compassion.

« Et les grands et les petits qui mourront en ce pays ne seront point ensevelis, et on ne les pleurera point, et persoîine ne se fera aucune incision sur la poitrine, ni se rasera pour eux^ »

[Jérémie. chap. xvi, v. Set 6.)

C'est ainsi que. Jérémie pendant la captivité,

défendait aux Hébreux toute marque de deuil, tout signe de douleur sur la terre étrangère.

On peut voir les mômes prescriptions au Lévitique, chap. XIX, V. 28 ; — chap. xxi, v. 5, et dans une foule d'autres passages de la Bible.

Est-ce que l'ethnographie a jamais relevé, entre deux peuples, des rapports de race plus évidents et plus sérieux ?

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