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QUEL EST LE TYPE PRIMITIF DES LANGUES INDO-EURO

PÉF.NNES. OPINIONS DES LINGUISTES. l'eXHUMA-

TION d'une LANGUE. MÉCANISME DU SANSCRIT.

Les sciences exactes, et notamment la linguistique, n'ont pas de plus terrible ennemi que l'hypothèse ; car il n'est pas du tempérament humain, en face d'une difl&culté dont la solution n'a été supposée que pour examiner si elle cadrait avec la somme des faits acquis ou considérés comme tels,' d'abandonner aisément la solution qu'il a imaginée.

Ce no «ont pas les vérités clairement démontrées, et qui finissent par faire partie du bagage commun, qui attirent le plus Thomme d'études, mais bien les 1ar:un(!M de; la science, que chacun tient à honneur de comblr-r. Sur ce terrain, l'hypothèse reste rarement dans un rAle prudent et réservé; à peine estoUe née, (jue (;clui qui l'a mise au jour la caresse coniuHî rrjnfîint chéri de ses veilles; plus il rencontre (roh.slîKîles sur sa route, plus il a de difficultés à coinbattnî, et plus il s'y attache. L'hypothèse ne tarde pas à produire un système ; si son auteur est de haut parag(î, elle devient officielle, fait école et cons(»rv(î ses adeptes longtemps après qu'elle ne compte plus dans la science; et c'est ce qui fait qu'il (îHt pcjut-ôtre plus facile de découvrir une vérité, que (le déraciner une erreur.

Les linguistes de l'école allemande, dont nous avons déjà étudié les théories* sur l'origine du langage», ne se sont pas bornés à introduire dans la linguistique pure, des hypothèses anthropologiques que rien ne justifie dans l'état actuel de nos conùaissances, ils ne se sont pas contentés d'inventer le gorille perfectionné ou primate, ancêtre de l'humanité et créateur du langage articulé; marchant d'hypothèse en hypothèse, de suppositions en supposi-

i. Traditiont ind<haiiatique$»

tions, malgré la gravité apparente de leurs raisonnements, ils semblent avoir constamment tenu à honneur de remplacer l'exactitude scientifique par cette fantaisie lourde et pédantesque, si fort en honneur sur les bords du Rhin, où elle passe pour de la profondeur.

Nous ne méconnaissons point l'érudition germanique, mais nous, disons que cette grosse érudition toute composée de compilations dignes des bénédictins, s'exerce souvent sans jugement, sans méthode, sur des sujets d'imagination pure, auxquels elle donne des apparences scientifiques, par un luxe de syllogismes, de considérations étrangères et surtout de citations, qui déguisent assez habilement la faiblesse des prémisses, et le peu de logique de la question principale.

Voyez Kant, qui fut l'idole de l'Allemagne

après avoir puisé l'idée de la critique de la raison pure dans Pyrrhon et Montaigne, le philosophe se met à détruire une à une toutes les lois de la raison, et repoussant la conscience, la loi morale et jusqu'à la certitude qui nous vient de nos sens, il éteint le flambeau qui dirige l'humanité, refuse à la raison

le droit d'affirmer ses propres raisonnements

puis, tout d'un coup, effrayé d'avoir eu tant d'audace, il se met à reconstruire le monument qu'il a dévasté, et remonte à h. raison et à Dieu par

des considérations de devoir et de foi idéale.

Après avoir soutenu que nos facultés n*ont rien de légitime, que tout est relatif aux lois de notre esprit et que c'est un cercle vicieux que de prouver l'exactitude de nos jugements par la raison, alors qu'on est ensuite obligé de démontrer l'existence de la raison elle-même par ses propres manifestations, le philosophe de Kœnigsberg ne voit pas que l'idée du devoir et les notions idéales, auxquelles il se rattache, ne peuvent lui être fournies que par la raison qu'il a repoussée comme critérium de certitude, et qu'il tombe lui-même dans le vice de raisonnement contre lequel s'élève la première partie de son livre.

Première partie. — Nous n'avons rien qui puisse nous démontrer Texactitude de notre raison, toutes les preuves étant émanées d'elle-même, cela revient à dire que la raison est son propre critérium, donc nous sommes dans l'impossibilité de prouver que la raison ne nous trompe pas.

neuxième partie. — Mais nous avons en nous des notions idéales de devoir, de droit, de bien et de beau à l'aide desquelles nous pouvons reconstituer notre conscience et notre loi morale.

Est-ce que, -répétons-le encore, ces notions idéales, en admettant qu'elles existent, ne sont point fournies à l'homme par la raison?... et dès lors pourquoi faire le procès de la raison quand on

veut revenir à elle par des chemins détournés, par la poésie, l'idéal et la foi ?

Il manque toujours une chose à la logique allemande... le jugement! Avant de nous taxer d'exagération, qu'on relise le passage suivant de Strauss que nous avons déjà cité dans la préface de la Ge^nèse de V Humanité :

« La République est rationnellement supérieure à la monarchie, et c'est précisément pour cela qu'il faut préférer la monarchie. Sans doute, il y a dans la monarchie quelque chose d'énigmatique et d'absurde méme^ en apparence, c'est en cela que consiste le se* cret de sa supériorité. Tout mystère ^ parait absurde, et pourtant, sans mystère, rien de profond, ni la vie, ni l'art, ni rÉtat. »

Ce qui est mystérieux et absurde doit être préféré à ce qui est rationnel, parce qu'il n'y a rien de profond sans mystère.

Tout le génie allemand est incarné dans ces quelques lignes. Henri Heine, qui le connaissait bien, a dit qu'il pouvait également se renfermer dans ces deux mots :

« Mysticisme et brutalité I »

Le même Strauss, après avoir dans sa Vie de Jésus proclamé que les miracles étaient contraires aux loi^ de la nature, écrit tout un volume pour rechercher si les miracles attribués à Jésus sont possibles.

Rien ne saurait mieux faire éclater la différence qui existe entre le génie allemand et le génie français.

Dans la patrie de Voltaire, quand on a déclaré une chose rationnelle, on n'ira point lui donner comme supérieure une chose énigmatique et absurde, et, de même, pas un homme sain d'esprit, ne consacrera un volume à examiner la possibilité de faits, qu'il aura tout d'abord reconnus contraires aux lois de la nature.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais ' nous sortirions du cadre que nous impose cet ouvrage.

Le cerveau allemand, et cela résulte de toutes ses productions, ne paraît point frappé par la valeur intrinsèque d'un raisonnement; on lui a appris à raisonner suivant les vieilles formules de la scolastique, et il faut qu'il y soumette sa pensée, il fait de la gymnastique suivant des règles établies, et toute proposition si absurde, si énigmatique qu'elle soit, a don de le séduire, dès qu'il a pu la courber sous les règles du syllogisme.

La phrase de Strauss, citée [plus haut, quoique

n'ajBectant pas la forme d'école de ce raisonnement, est un pur syllogisme germain.

Tout ce qui est profond doit paraître mystérieux et absurde; or la monarchie paraît... etc.

II est inutile d'insister.

-Lorsque les Allemands quittent le terrain métaphysique ou idéal pour celui des sciences exactes, ils y transportent leurs procédés de raisonnements, de là vient qu'à côté de patientes et laborieuses recherches, de résultats acquis d'une incontestable valeur, on rencontre des légèretés scientifiques qui ne sont point données comme d'ingénieuses hypothèses, mais bien comme d'indiscutables vérités. Ainsi, pour entrer dans le vif de notre sujet, ils en sont en ce moment à propos des langues indo-européennes, malgré tous les faits ethnographiques qui contredisent leurs théories, à repousser le sanscrit comme type commun de ces langues, et tenter la reconstitution d'une langue inconnue, dont il ne reste pas un monument, pas une inscription, dont rien, ni dans l'histoire, ni dans la tradition ne vient affirmer l'existence, et qu'ils donnent comme ancêtre au parler indo-européen.

Avant de combattre cette prétention, et de prouver que le véritable type primitif et commun de toutes les langues indo-européennes est bien le sanscrit, il nous paraît naturel et juste de donner la parole

iO LES TRADITIONS

à nos adversaires et de leur laisser le soin d'exposer leurs idées.

Un linguiste d'un incontestable mérite, M. Hovelacque, mais qui, suivant nous, a le tort d'admettre beaucoup trop aveuglément les opinions de Schleicher, Curtius, Kuhn, Spiegel, etc., ayant résumé le système de ses maîtres, va nous le faire connaître assez brièvement pour que nous puissions le citer.

Esquissant un tableau général de cette prétendue langue commune antérieure au sanscrit, qui aurait donné naissance aux divers idiomes indo-européens, il s'exprime ainsi :

« On connaît assez cette langue dans son ensemble pour qu'il soit possible de représenter sa physionomie générale parfois même plus que cela. A la vérité, ce n'est qu'une langue reconstituée, une langue dont il ne reste aucun monument écrit, mais la comparaison des différents idiomes auxquels elle a donné naissance enseigne suffisamment ce qu'il y a d'organique et de primitif dans chacun d'eux, ce qu'ils contiennent chacun du fond commun qui leur a donné naissance, ce qu'il faut penser de leurs variations phonétiques et de leurs formations diverses. C'est ainsi que le philologue peut restituer la forme primitive d'un manuscrit perdu, dont il possède sim-

INDO-EUUOPÉENNES ET AFRICAINES. Il

plement un certain nombre de copies fautives ou incomplètes*.

« La langue commune indo-européenne possédait les trois voyelles a, «, w, et leurs langues â, I, û. Le sanscrit et certaines langues slaves, le croate, par exemple, ont une voyelle linguale, un r voyelle que Ton regarde ordinairement comme tout à fait secondaire. Certains auteurs, et nous sommes de ce nombre, ont pensé que la langue commune indo-européenne avait possédé, elje aussi, une voyelle r, mais ce fait, soumis à controverse, n'a point à nous occuper ici, et nous ne le mentionnons que pour mémoire.

« Un fait, important à noter, est celui de la variation de la voyelle radicale. Cette variation a lieu de deux façons. L'un de ces procédés est ce qu'on appelle Idi gradation de la voyelle ; il consiste en ce fait : qu'un a bref s'introduit devant la voyelle radicale : la voyelle radicale i devient donc ai, la voyelle u devient au, et la voyelle a devient d, lequel correspond à deux a. Ainsi la racine t, aller, donne au mode indicatif du temps présent la forme organique aiti, il va, d'où le sanscrit éti, le latin it pour eit, le lithuanien eiti. Cette première gradation de la voyelle radicale

L Cette ima^^ ii*est point juste, ce manuscrit n'est pas perdu puisqu'il en existe des copies quoique fautives, et il ne reste rien de la langue que les /linguistes allemands prétendent reconstituer.

i2 LES TRADITIONS

a-t-elle été la seule qu'ait connue la langue commune indo-européenne, n'en a-t-elle pas également connu une seconde consistant en une nouvelle insertion de la voyelle a, d'où ai pour aai, au pour aan^ c'est ce qu'il est difficile de décider.

« Il n'est pas moins difficile en tout cas de reconnaître en quelle façon cette modification de la voyelle radicale apporte un changement quelconque à la signification même du mot. Y a-t-il bien ici une véritable flexion, une flexion au sens vrai du mot, c'est-à-dire, comme nous l'avons vu plus haut, une modification interne de la racine ? Le foit est possible, mais ce rapport n'est pas encore démontré.

« Quant au second procédé de la variation des voyelles, il constitue à n'en pas douter une véritable flexion. Il consiste en ce fait : que la voyelle a des éléments pronominaux ta, na, etc., se changeant en i, w, ces éléments de dérivation deviennent actifs de passifs qu'ils étaient. Un exemple rendra la chose très-intelligible : soit la racine ma, penser^ à laquelle on suffixe en tant qu'élément dérivatif le pronom démonstratif ta. Il en résulte la forme mata, pensé, ce qui est pensé, chose pensée; que la voyelle du pronom dérivatif devienne i, le sens du mot devient actif de passif qu'il était, et mati signifie l'acte de penser. C'est le sanscrit mata et inati. Il ne peut y avoir d'exemple plus frappant de la flexion, c'est-à-dire

de cette faculté de changer le mode de relation d'une racine au moyen d'une variation interne de cette même racine.

« Le système des consonnes de l'indo-européen commun était des plus simples. Il se composait de trois explosives k, I, p, de leurs correspondantes faibles g, d, b, et des aspirées gh, dh, bh, en tout neuf explosives ; des deux nasales n, m, l'une dentale, l'autre labiale ; de la vibrante r; de la sifflante dentale«et d'unt?, nonpointcelle duw anglais. Prononcé de la sorte, c'eût été une demi-voyelle. L'idiome indo-européen possédait notre î/, c'est là, on le voit, un système fort peu compliqué. Les différents idiomes indo-européens y ajoutèrent tous plus ou moins. Les langues de l'Inde, les langues éraniennes et les langues slaves virent naître chez elles les articulations dites chuintantes f nos tch, dj, et différentes espèces de sifflantes. Le grec changea les aspirées faibles gh, dh, bh^ en aspirées fortes [M, th, ph. Les langues germaniques, les langues celtiques et le latin demeurèrent plus fidèles au système primitif des consonnes; mais ces idiomes virent naître, eux aussi, des articulations nouvelles, /", par exemple. L'indo-européen commun ne connaissait point la vibrante /; elle se dégagea plus ou moins rapidement de l'ancienne vibrante r dans tous les rameaux de la famille.

i4 LES TRADITIONS

« Nous insisterons peu sur le procédé de formation des mots. La dérivation indo-européenne est des plus simples : elle a lieu, en général, par la suffixation d'un élément d'une origine pronominale à un élément d'origine verbale, par exemple mata-inati^ cités ci-dessus. Le tiret dont nous faisons suivre ce mot indique qu'il ne représente qu'une forme radicale ou, pour mieux dire, une forme thématique, eu d'autres termes, qu'il n'est qu'un simple thème. Nous "verrons tout à l'heure comment les suffixes casuels ou les suffixes personnels, s'adjoignent à la forme thématique, au thème, et en font un véritable mot, c^est-à-dire un nom dérivé ou un verbe conjugué. La dérivation est dite dérivation à base verbale lorsque l'élément dérivé, celui auquel s'accole l'élément dérivatif, est une racine verbale ; elle est dite, au contraire, dérivation à base pronominale lorsque l'élément dérivé est lui-même une racine pronominale. Pour être moins fréquent que le précédent, ce cas est loin d'être rare. Nous pouvons citer, par exemple, le thème aika, d'où le sanscrit éka^ un, un seul^ seul et même y et le latin œquo^ au nominatif masculin œquus^ égal, uni ; l'élément dérivatif est le pronomrelatifi (latin w, td), devenu ai par gradation, par préfixation d'un a selon ce que nous avons dit ci-dessus. Ajoutons que la dérivation peut être faite encore au moyen d'un élément verbal, non plus

d'un élément pronominal, mais ce cas est beaucoup plus rare et nous ne faisons que l'indiquer. En tout cas, remarquons bien que dans les langues indoeuropéennes la dérivation a toujours lieu par suffixes, jamais par préfixes. Ceci est caractéristique. »

— Bien que notre intention soit de ne répondre qu'après avoir laissé nos adversaires exposer complètement leurs doctrines, nous ne pouvons cependant laisser passer, sans protester, cette grosse erreur, que dans les langues indo-européennes, la dérivation a toujours lieu par suflSxes et jamais par préfixes. Bien que les préfixes soient en petit nombre en sanscrit (vingt-quatre à vingt-cinq au plus) et plus rarement employés que les suffixes, ils concourent néanmoins à la formation des mots.

Ainsi, de la racine kri qui exprime Taction Ton obtient au moyen de suffixe : kartum, faire; — karitri, agent; — karman^ œuvre faite. De la même racine kri, avec le préfixe antt, on obtient: anwkartum, imiter; — antikara, imitation.

« La dérivation des mots se fait au moyen des préfixes, des suflBxes et des flexions. y>

(E. Bxjniuovv, Méthode de sanscrit,) Nous poursuivons notre citation :

i6 LES TRADITIONS

« La déclinaison de l'indo-européen commun comportait les trois genres, masculin, féminin, neutre ; les trois nombres, singulier, pluriel, duel, et huit cas. En principe, c'est par la désinence indicatrice du cas que le genre lui-même est désigné. Ainsi, dans les thèmes finissant par un a, l'élément du cas nominatif au singulier est s, au neutre cet élément est m, le même que celui de l'accusatif. Exemple : akvas^ le cheval (en sanscrit acvas et en latin equus)^ y^ga^f^^ le joug (en sanscrit t/Mg'am, en latin jM^tim). Le signe du pluriel suit en principe celui du cas, mais ce signe n'est pas toujours le même et souvent il est fort difficile de découvrir sa forme primitive. En bien des cas, c'est simplement la consonne «, reste d'un élément qui se montrait jadis dans sa forme intégrale. Il ne faut pas l'oublier, ces suffixes indiquant le cas et ces autres suffixes indiquant le nombre ont été ' primitivement des formes indépendantes ; ce n'est que par la suite des temps que ces formes en sont arrivées à n'être plus que des éléments secondaires, des éléments destinés à indiquer les relations et les modes d'être d'une autre racine. On a souvent cherché à découvrir la forme primitive de ces éléments ; toutes les tentatives sont demeurées sans résultat certain. L'on a proposé des conjectures plus ou moins probables, mais en réalité la solution de ce difficile problème est encore à trouver. Au moins le

but auquel il faut tendre est constant, bien établi et vraisemblablement on l'atteindra un jour ou l'autre.

« Les cas de l'Indo-Européen commun, nous Tavons dit, étaient au nombre de huit ; deux cas directs : nominatif, accusatif; six cas indirects : locatif, datif, ablatif, génitif, un double instrumental. Voici quelle était au singulier la forme organinique de ces suffixes. La désinence du nominatif était s. Certaines lois phonétiques ont fait parfois disparaître cette consonne dans les langues dérivées de la langue indo-européenne commune, mais on peut dire qu'en général elle a persisté. Accusatif : les thèmes finissant par une consonne prennent la désinence am, ceux qui finissent par une voyelle prennentla désinence m.C'est ce que nous voyons par exemple dans le latin sororem, dont le thème est soror, et sitim, dont le thème est siti. La désinence du locatif singulier est i; nous verrons que le grec a fait passer le locatif à la place du datif, et que le latin ne l'a pas entièrement rejeté. Le datif singulier a pour désinence ai que les langues de Tlnde et le zend ont seuls conservés rigoureusement. La désinence de l'ablatif est tantôt at, tantôt t, celle du génitif est ordinairement as , parfois s. Lorsque le thème se termine en a, cette désinence est sya. Le premier instrumental a pour terminaison d, le second bhi. Ces

diverses désinences s'appliquent à tous les noms, qu'ils soient, selon leur sens, ou substantifs, ou adjectifs, ou participes. Cette triple division n'a rien à faire avec la forme même du mot qui seule nous occupe ici. Quant au vocatif, ce n'est point un cas ; en principe, il n'avait d'autre forme que la forme même du thème rotea, 6 cheval; ovi, 6 mouton; agni^ 6 feu. Ce n'est que par la suite que certaines langues, dérivées de l'indo-européen commun, l'ont assimilé parfois au nominatif, ou, pour parler plus exactement , ont parfois employé le nominatif en tant que vocatif.

« Le verbe indo-européen possède deux voix, l'une transitive, f entends, je frappe, l'autre intransitive, ;e m' entends Je me frappe, mais toutes deux actives. C'est dans l'élément pronominal placé à la suite du thème verbal qu'il faut chercher l'expression même de cette différence de sens. Il y a on un mot deux sortes de suffixes personnels, transitifs et des suffixes intransitifs. C'est ainsi, par exemple, qu'à la troisième personne du singulier, le suffixe de la voix transitive est ti et que celui de la voix intransitive est tai; on reconnaît la forme grecque tai, appelée passive par les grammairiens, qui, en effet, a ce sens dans la langue grecque, mais dont le premier sens était simplement intransitif, réflectif. Il n'y a point de doute que les suffixes personnels de la voix intransitive ne

procèdent des suflSxes de la voix transitive ; celui de la première personne veut évidemment dire je me^ celui de la deuxième tu te, celui de la troisième il se (en latin ego me, tu te^ ille se)\ la démonstration de ce fait n'est peut-être pas rigoureusement établie, mais il semble difficile qu'elle ne le soit pas un jour ou l'autre.. ,

« L'indo-européen commun possédait six temps ; quatre de ces temps étaient simples, les deux autres étaient composés. Le présent a pour forme laplus simple la racine telle quelle, suivie du suffixe personnel.jParfois la voyelle de la racine a subi cette augmentation dont nous parlions ci-dessus; par exemple, la racine f, aller, devienta/-atïi,il va (sanscrit eti, lithuanien eitï). Parfois la racine verbale est dérivée; il s'agit de conjuguer une forme complexe, par exemple, le thème hhara dont jl'élément hhar est radical et dont l'élément a n'est qu'un élément dérivatif. De là le présent bharati, il porte. Quoi qu'il en soit, le présent est toujours un temps simple, qu'il s'agisse de conjuguer la racine elle-même ou un dérivé de la racine .

« L'imparfait est formé du thème du présent, soit simple, soit dérivé, auquel se préfixe l'augmenta; de plus, les désinences personnelles sont écourtées, ti de la troisième personne devint t, mi de la première devient m. Ainsi le présent bharati, il porte, a

pour imparfait abharatf il portait. L'aoriste simple est caractérisé comme l'imparfait par l'emploi de Taugment et des suffixes personnels écourtés ; il s'en distingue simplement par ce fait qu'il ne tient pas compte de la forme du présent. En grec, par exemple, la racine the^ poser, se redouble au présent et donne tithete, vous posez; l'imparfait préfixe Taugment a cette forme redoublée et fait etithete^ vous posiez. L'aoriste simple ne tient pas compte du redoublement et fait ethete. Le parfait a pour caractéristique le redoublement de la racine. A ces quatre temps simples s'ajoutent, avons-nous dit, deux temps composés. Le futur est lun de ces deux temps. 11 est composé de la racine verbale et d'un élément asya, sya dont le sens premier semble avoir été celui de tendre à être, de là, par exemple, le sanscrit ddsyati, il donnera. L'aoriste composé que le sanscrit, le zend, les langues slaves et le grec ont conservé — ce dernier sous le nom d'aoriste premier, — a pour caractéristique l'élément sa.

« Ces six temps sont complétés dans l'indo-européen par trois modes : l'indicatif, le conjonctif et l'optatif. L'indicatif n'a aucune caractéristique; au mode indicatif, la forme du temps reste telle quelle. Il en est différemment des deux autres modes. Le conjonctif a pour caractéristique un a placé entre le thème et le suffixe personnel ; l'indicatif du temps

présent étant asti, il est, le conjonctif du même temps sera asati. On donne parfois à l'optatif le nom de potentiel. Ce mode est formé par Tintercalation d'un élément ya ya"", entre le thème verbal et le suffixe personnel écourté : asyaH, puisse-t-il être.

« Le tableau que nous venons de donner des différentes formes organiques du système indo-européen primitif est sans doute bien peu développé. Il peut suffire cependant, nous semble-t-il, à faire saisir l'esprit général de ce système. »

Voilà, exposées dans leur entier,les théories à Taide desquelles des linguistes franco-allemands de l'école de Schleicher, prétendent avoir reconstitué une langue qui serait l'ancêtre du sanscrit et de toutes les langues indo-européennes, dont il ne reste, suivant leur propre expression, aucun monument écrite et ajouterons-nous pour notre part, dont on ne trouverait aucune trace dans les antiques annales de l'Indoustan.

Nous allons démontrer que cette langue est née d'une pure hypothèse et qu'elle n'a été imaginée que pour donner plus de poids aux conceptions germaniques, qui attribuent la colonisation et la civilisation de Tlnde à un peuple fabuleux, qu'elles placent sur les rives de l'Oxus, TAmoun-Daria actuel.

Langue et peuple n'ont pour eux ni la tradition ni l'histoire, ni la légende ni l'écrit, et quand on demande à leurs auteurs d'appuyer leurs prétentions de la moindre preuve, ils ne nous répondent que par le silence, le dédain ou l'injure, trois formes de raisonnements qu'adoptent assez facilement les Allemands modernes, depuis qu'ils se sont décerné le le titre d'éclaireurs de l'esprit humain.

Un des leurs, en effet, disait, il n'y a pas deux ans, en pleine université d'Heidelberg.

« La recherche de la vérité dans la philosophie, comme l'imagination dans la poésie, doit être indépendante de toute entrave. Les Allemands sont les éclaireurs de l'esprit humain : ils essayent des routes nouvelles, ils tentent des moyens inconnus, comment ne serait-on pas curieux de savoir ce qu'ils disent au retour de leurs excursions dans l'infini*?»

Avions-nous raison de dire, au début de ce chapitre , que les Allemands transportaient dans la science leurs formes mystiques et nuageuses de raisonnement, les voilà maintenant qui s'en vont à la recherche de la vérité, avec l'imagination, et les promenades dans l'infini...

i. Max Stirner.

Depuis quelques années surtout nos voisins dédaignent cette science générale toute de raison et de sagesse, qui devenait le patrimoine de tous les peuples, pour faire de lascience germanique, de la science de race.

Le professeur Alexandre Ecker et vingt autres leur ont dit, depuis leurs succès éphémères de 1870, que le canon Krupp les avait placés à la tête du monde intellectuel, qu'ils avaient repris leur place dans la civilisation; ils en sont arrivés à soutenir que, descendants des Aryas de TOxus qui, d'après eux, ont civilisé l'antiquité, ils étaient restés, au point de vue philosophique et scientifique, supérieurs aux autres peuples, que cette supériorité leur donnait un droit de domination sur le monde, et qu'ils étaient, modernes Indous des bords de la Sprée, appelés à jouer dans le présent le rôle de conquête et d'influence qu'avaient joué autrefois leurs ancêtres les vieux Germains des bords du Gange,

En reconstituant cette langue inconnue, ils prétendent donc avoir retrouvé la vieille langue de rOxus, d'où seraient sortis le sanscrit et toutes les langues indo-européennes, on dit, de l'autre côté du Rhin, les langues indo-germaniques.

L'auteur que nous venons de citer regrette que le tableau qu'il vient de donner des formes organiques de l'indo-européen primitif ne soit pas plus développé.

Rendons-lui la justice de reconnaître qu'il a exposé de la question tout ce qu'il était possible d'en dire, et que, pour les avoir exposés brièvement, il n'a oublié aucun des faits, à l'aide desquels son école soutient son système, il n'a même pas négligé les simples suppositions, que lui-même reconnaît comme

telles , espérant qu'elles deviendront réalité un jour.

Voyons donc à quoi se résument ces propositions,

qui tendent à l'exhumation des formes d'une langue,

qui, en admettant qu'elle ait existé, n'a laissé, de

l'avis même de ses créateurs, aucun souvenir, aucune

trace appréciable, voyons en quoi cette langue peut

difiFérer du sanscrit que nous proclamons, avec tous

les pundits et linguistes indous, le véritable ancêtre

de toutes les langues indo-européenne.

1<> Le prétendu indo-européen commun possédait les trois voyelles a, t, w, et leurs langues d, t, à, et peut-être une r voyelle, appelée voyelle linguale.

Ceci est presque une naïveté scientifique, car enfin presque toutes les langues possèdent ces formes phoniques a, t, w, brèves et longues, qui représentent des sons naturels essentiellement constitutifs de toute formation de mots. Mais enfin, puisque nous comparons, nous devons dire que le sanscrit possède ces voyelles, aussi bien que l'idiome d'invention ger

manique, et quant à la linguale r, aucun doute ne saurait exister à son égard.

. 2° Le fait de la variation de la voyelle radicale, par lapréj&xation d'un a qui fait que la radicale i devient ai, la radicale u devient au, la radicale a devient aa et â long, n'a pas la moindre importance caractéristique, et ne peut faire conclure à l'existence d'une langue de génie indo-européen, antérieure au sanscrit. Notre auteur ajoute comme exemple : Ainsi la racine t, aller ^ donne au mode indicatif du temps présent la forme organique aiti, il va.

Il n'y a autre cjiose dans ce fait linguistique que l'extraction d'une racine sanscrite, en la dégageant de ses préfixes et flexions.

Racine I. .. 1

Préfixe A.. 1 AITI.

Flexion TL. 1

C'est purement et simplement un phénomène de flexion, un exemple de la route suivie par les langues pour passer de V agglutination à la flexion.

Mais, nous dira-t-on, la forme actuelle du sancrit n'est pas aiti mais, ^^/; oui, dans le sanscrit classique, mais le sanscrit védique possède parfaitement la forme organique aiti. Il n*y a là qu'une règle d'euphonie que nous aurons bientôt l'occasion de rencontrer : é pour ai, et on ne saurait constituer les

formes organiques d'une langue perdue avec des flexions de radicaux, que toutes les langues ont connues.

Voyez le latin, langue essentiellement indo-européenne; en conservant dans la forme tï, ilva^ la radicale i, il ne l'a pas soumise à la variation attribuée au prétendu indo-européen commun, puisqu'il ne dit pas aitf mais it. Il est très-possible que le latin primitif, dont il ne nous reste aucun monument sérieux, ait connu cette variation qui s'exerce par l'introduction de l'a bref devant la^^voyelle radicale, et ait dit ait, quitte à faire plus tard it de ait comme le sanscrit classique a fait éli de aiti.

3° Le second procédé de variation des voyelles consiste en ce fait, que la voyelle a des éléments pronominaux ta, na, etc.. se changeant en i, u , ces éléments de dérivation deviennent actifs, de passifs qu'ils étaient.

Soit la racine ma, penser ; avec le suflBxe ta^ nous ayons mata^ pensé, chose pensée. Que la voyelle a se change en t et nous avons la forme active mati, l'acte de penser.

Mais ceci n'est absolument que de la philologie sanscrite, un simple exemple du rôle des suffixes, constaté depuis des siècles par les grammairiens indous, et nous ne voyons pas encore apparaître ces formes caractéristiques qui doivent indiquer Texis-

tence d'une langue plus ancienne que celle des Védas.

Nous ne nions point, il est bon de nous expliquer sur ce fait, qu'il ait pu exister une langue indoue antérieure au sanscrit et dont ce dernier ne serait qu un dérivé. Nous n'avons pas la prétention de soutenir que le sanscrit soit la première forme de langage créé par les antiques populations de l'Asie, mais, en présence de ces faits indiscutables : 1^ Qu'il ne reste aucune trace de cette langue

primitive, 2° Qu'on ne peut la rétablir que par hypothèse, et en prenant dans toutes les langues indoeuropéennes les formes générales qui leur sont communes, pour les attribuer à cette langue, 3° Que le sanscrit, étudié dans ses diverses évolutions linguistiques et dans toutes ses variations du monosyllabique à l'agglutination, et de l'agglutination à la flexion, suflBlt à lui seul, pour expliquer ces formes générales communes à toutes les langues indo-européennes, nous disons : la langue commune indo-européenne est le sanscrit, et pour détruire ce fait qui a pour lui la possession d'état, la tradition linguistique, l'histoire, les grammairiens indous et enfin Texis-

tence de la langue et de la plus riche littérature qui sôitau monde, il faut plus que des hypothèses, il faut des preuves directes et scientifiques.

Et ces preuves on ne peut pas nous les administrer.

Mais, nous dira-t-on, il y a des formes, des éléments, des modes de dérivation, des lettres communes à toutes les langues indo-européennes, et qui n'appartiennent en propre à aucune d'elles, ce sont comme les rameaux généalogiques d'un arbre, dont la souche mère serait perdue, quoi de plus logique, quoi de plus naturel, que de rattacher toutes ces formes à une langue mère qui a disparu après avoir produit une nombreuse postérité?

A cela nous répondrons d'abord qu'une langue mère, assez féconde pour avoir produit le sanscrit, le pracrit et une cinquantaine d'autres idiomes indous, et les nombreux groupes des langues iranienneSj grecques, italiques, latines, celtiques^ germaniques, slaves et Scandinaves, n'a pas pu disparaître comme cela de la scène du monde, sans laisser la moindre trace ; puis nous ajouterons que la plupart de ces formes organiques, éléments et modes de dérivation pouvant se ramener au sanscrit, il est inutile* d'imaginer une langue dont rien absolument ne vieni démontrer l'existence.

Le sanscrit ne s'est point formé tout d'une pièce,

jl a traversé toutes les phases de Teafaiice à l'âge mur, avant d'arriver à la virilité classique, avant de se fixer dans sa forme actuelle ; c'est pour cela que la linguistique, si elle veut bien compter avec l'histoire, ne s'étonnera pas de voir que toutes les langues indo-européennes, quoique nées de la vieille langue brahmanique, comparées au sanscrit actuel, ne s'en rapprochent pas toutes au même degré, bien que leur parenté soit indiscutable.

La langue indo-européenne est venue sur notre sol par voie d'émigration, et cette foule d'émigrés qui ont successivement inondé le monde occidental, partis des rives du Gange, de Tlndus et des plaines de l'Himalaya ont emporté le langage de leurs ancêtres dans l'état où il se trouvait au moment de leur départ. Il suit de là que le départ de chaque groupe d'émigrants correspond à des époque* historiques , et à des périodes linguistiques diverses.

Les émigrants de la période monosyllabique,

Ceux de la période agglutinante,

Ceux enfin qui ont quitté la terre du lotus, au moment où la langue était arrivée à la flexion ,

Se sont établis sur des sols différents; des besoins, des intérêts nouveaux naquirent ; loin du foyer commun, la langue de chaque groupe a continué son évolution, et sans perdre son cachet d'origine, est

devenue celtique, italique, germanique, grecque,, latine, slave et Scandinave.

Pourquoi donc attribuer cette descendance à une langue imaginaire, quand il est si facile et si simple de la rattacher au sanscrit, d'où l'on peut parfaitement tirer toutes les formes de l'indo-européen commun?

C'est sans doute parce que, sur ce terrain, nous sommes en présence d'une réalité^ qui ne favorise ni l'esprit de système, ni l'imagination.

Le sanscrit, ancêtre des langues indo-européennes, c'est la ruine des théories allemandes sur les Aryas des bords de l'Oxus^ colonisateurs du monde ancien, car on ne trouve pas dans la langue des Védas, une seule expression historique ou géographique, qui puisse s'appliquer à une autre contrée que l'Inde, de sont les Indous véritablement autochthones et fils de leur sol, c'est la civilisation de l'antiquité, partie des rives du Gange, c'est l'homme brun et sanguin de l'Himalaya, vainqueur de l'homme pâle et lymphatique du Nord. C'est le soleil chassant les brouillards, c'est la lumière intellectuelle comme la lumière naturelle, partant du Sud pour aller éclairer l'Occident...

Et voilà ce que les Allemands ne veulent pas I...

Ils ont inventé les Aryas de TOxus, sans s'inquiéter de savoir si ce pays désolé, où on ne trouverait pas

la moindre ruine, le plus petit vestige de civilisation a pu produire la plus étonnante civilisation des temps anciens, dans le seul but de rattacher leur race à la race qui a illuminé l'antiquité... Ils ont inventé l'indo-européen commun, qu'ils appellent rindo-germanique, pour en faire la langue de ces peuples, ne pouvant leur attribuer le sanscrit, qui à tous les points de vue historiques, géographiques et ethnographiques, est né entre l'Indus, le Gange, le Brahmapoutre et l'Himalaya.

Ici, l'escamotage scientifique était impossible : les plus vieux ouvrages du sanscrit védique, jusqu'à ceux du sanscrit classique , témoignent à chaque pas du mépris, de l'horreur même, que les Indous ont professé dès la plus haute antiquité pour les homme à barbe rouge, Manou, dans plusieurs slocas» indique les plaines du Gange comme étant le berceau de la race brahmanique. Pour tourner la diflSculte, les Allemands ont attribué la civilisation de l'Inde à un peuple inconnu, parti du Nord : « Les vieux Allemands des bords de TOxus, » et ne pouvant revendiquer le sanscrit, ils ont inventé une langue inconnue venue du Nord également, et qui aurait donné naissance à toutes les langues indogermaniques.

Tout le système peut se résumer en deux mots : Les Aryas sont les ancêtres directs des Germains.

La langue disparue est l'ancêtre directe de TAllemand.

Et, comme conclusion, les Germains ont civilisé le monde; depuis les âges anté -historiques, ils sont les éclaireurs de l'esprit humain.

La langue allemande émanée directement de la vieille langue de TOxus est sœur aînée du sanscrit et non son dérivé.

Et voilà comment on fait de la science de race.

Cette première inveution oblige à une autre* Les peuples primitifs de la Chaldéo-Babylonie ont apporté sur le sol de la Ghaldée des traditions reli— gieuses qui paraissent calquées sur celles des Indous ; ils parlaient des idiomes restés à la période d'agglutination, comme celle des Indous du Deccan. Reconnaître que ces populations pouvaient venir de rindoustan, eût été battre en brèche tout le système ; les Allemands ont alors inventé un second peuple du nom de Touranien, auquel ils ont fait une petite place à l'est de la Caspienne, non loin du berceau qu'ils ont fabriqué pour les Aryas, et alors, armés de toutes pièces,. les Allemands peuvent répondre :

— Vous dites que la civilisation chaldéo-babylonienne soutient des rapports intimes avec- celle de l'Inde, que les vieilles traditions cosmiques et re-

ligieuses des deux contrées sont les mêmes, cela n'a rien d'étonnant. L'Inde et la Chaldée ayant été conquises et colonisées par deux peuples voisins venus du Nord, les Aryas d'un côté, et les Touraniens de l'autre.

La véritable science ne prononce plus qu'avec un sourire le nom desTouraniens-Chaldéens*.

Espérons que demain elle traitera de même celui des Aryas-Germains.

Nous revenons à l'examen des opinions de nos adversaires qui maintenant ne sauraient nous occuper longtemps.

4^ Le système des consonnes du prétendu indoeuropéen n'a rien qui le différencie du système sanscrit, à cela près que ce dernier est plus riche.

5<^ Nulle différence encore entre le type indo-européen etle sanscrit pour la formation des mots, qui suit les procédés les plus simples.

6^ Quant aux déclinaisons et aux conjugaisons, nous ne pouvons mieux faire que de citer notre auteur lui-même, qui dans son livre sur la linguistique (p. 211), s'exprime en ces termes :

« On peut dire que la déclinaison sanscrite est

i. Il est Juste de dire qae Schleicher, à propos des Touraniens, a refosé d'accepter l'invention de ses compatriotes.

à peu de chose près celle de Tindo-européen. »

Et quelques lignes plus bas, après une objection, qu'il renverse :

« Mais en définitive, ce n'est là qu'une exception et l'on peut dire d'une façon générale que la déclinaison sanscrite reflète assez fidèlement celle de Yidiome commun dont elle procède.

(L'objection soulevée venait de ce qu'on ne rencontre pas en sanscrit les vieilles formes latines senatud, navaled. M. Ho velacque pense sans doute que ces vieilles formes viennent de l'indo-européen commim.)

€ Le sanscrit possède les six temps de l'indo-européen commun : présent, imparfait , aoriste simple, parfait futur ^ aoriste composé^ et il s'est créé de plus un nouveau temps au conditionnel... »

Voilà, dégagés de tous les raisonnements accessoires, les seuls motifs sur lesquels se basent les linguistes de l'école allemande pour reconstituer une langue qu'ils reconnaissent eux-mêmes n'avoir pas laissé le moindre vestige, n'avoir pas laissé même son nom !...

Les explications que nous négligeons sur les temps des verbes et les cas des déclinaisons, que nos ad-

Tersaires reconnaissent être les mêmes en sanscrit -et dans le type-langue qu'ils inventent, ne sont que de la pure philologie sanscrite.

"Le procédé employé par nos adversaires est des plus simples, nous le signalons en terminant cet examen.

Il consiste à prendre :

Toutes les formes linguistiques communes à toutes les langues indo-européennes, et à dire, d'accord du reste avec la vérité scientifique : toutes ces langues ont une origine commune.

A relever ensuite :

Toutes les formes linguistiques que chaque langue indo-européenne a modifiées dans un sens spécial, formes particulières au génie de chaque idiome, et qu'on ne rencontre pas dans les autres langues sœurs, et à dire : puisque ces langues ont une origine commune, ces formes spéciales dont toutes les langues possèdent quelques-unes, sans qu'un seul idiome les réunisse toutes, pour en revendiquer la paternité, pas plus le sanscrit que les autres, doivent nécessairement être attribuées à une vieille langue disparue.

Il n'y a qu'une chose à répondre à ce système, c'est qu'il remplace le fait par l'hypothèse, c'est qu'il fait de la linguistique d'imagination, et, comme nous venons de le dire, de la science de race.

L'émigration, Péloignement du foyer commun, des besoins nouveaux, des climats différents, en modifiant le caractère, le tempérament, les habitudes des émigrés, ont également exercé leur influence sur le langage, modifié la dérivation des radicaux, simplifié ou appauvri le parler, ou conquis des éléments nouveaux. Et encore, sur ce point, devons-nous dire que les éléments organiques par lesquels les langues indo-européennes paraissent se difi'érencier entre elles, peuvent presque tous philologiquement se rattacher au sanscrit.

Quant aux formes qui leur sont communes à toutes, nous ne faisons qu'énoncer une vérité vulgaire, en affirmant qu'elles dérivent de la langue sacrée des Indous.

Nous allons voir, en examinant le mécanisme du sanscrit, qu'il n'est nulbesoin d'aller chercher ailleurs l'ancêtre des langues iraniennes et de tous les parlers indo-européens. Cette étude nous permettra d'affirmer cette vérité linguistique avec des arguments plus concluants encore.

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