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MÉCANISME DE CETTE LANGUE

Il n'existe pas, croyons-nous, en dehors des ouvrages spéciaux de grammaire, d'exposé simple et logique du mécanisme de la langue sanscrite.

C'est par cette langue merveilleuse que parlaient nos ancêtres que nous sont parvenues nos traditions, que se sont formés nos idiomes. Qui donc songeait, il y a moins d'un siècle, qu'il faudrait aller chercher sur les rives du Gange, les traces de nos ancêtres î Qui donc croyait que l'Inde avait été le grand foyer de la civilisation antique?

Que de richesses ne nous reste-t-il pas à exhumer?

Et encore aujourd'hui, nombre d'esprits, scepti-^ ques ou superficiels, nourris de la Grèce dans nos écoles spéciales, reviennent d'Athènes en soutenant cet anachronisme, que la civilisation indoue n'est qu'un reflet de la civilisation hellénique.

Pour un peu on leur ferait soutenir que le sanscrit est né du grec.

Que d'injures n'avons-nous pas reçues, 'pour avoir osé soutenir depuis dix ans, que l'école d'Athènes avait fait son temps, et qu'il fallait la remplacer par une école indoue à Pondichéry!

En face des attaques passionnées, que nous avons eues à supporter de la part des partisans des vieux systèmes, pour avoir proclamé que la lumière nous venait de Tlnde, c'est une bonne fortune pour nous de pouvoir présenter à nos lecteurs, l'opinion de deux des orientalistes les plus distingués de ce temps-ci*; opinion qui, nous ne craignons pas de le dire, résume la doctrine que nous avons suivie dans tous nos travaux,

« C'est incontestablement à l'Orient qu'appartient l'honneur d'avoir commencé Toeuvre du perfectionnement humain. Tout s'y trouve, depuis les premières formules religieuses jusqu'aux premièresévolutions des sciences, des lettres et des arts...

i. Max Grazia et Jules Dayid.

« L'Orient enfante la civilisation que les Phéniciens apportent en Grèce et les Grecs à Rome. Au moment où la Grèce perdait, sous Alexandre, sa force productive avec sa liberté, Rome, exclusivement politique et conquérante, n'avait aucune des aptitudes nécessaires à conserver et à développer les traditions orientales. Il fallait qu'un autre foyer vînt luire quelque part. Alors, sur une langue de terre presque inhabitée, entre la Méditerrané*.et le lac Maréotis, fut bâtie Alexandrie, au moment où son fondateur, par ses conquêtes en Asie, lui ouvrait des contrées mystérieuses et immenses, dont elle était destinée à conserver les traditions intellectuelles, par une double fusion d'idées, entre l'Orient et la Grèce d'abord, entre le monde ancien et le monde nouveau.

« Il y a cent ans... l'extrême Orient nous était presqu'inconnu. L'Inde, particulièrement, n'était pour nous que l'empire du mystère, du fantastique, de l'impossible. Nous n'en savions quelque chose que par les Grecs, les Arabes, les Persans, conquérants ou voisins intéressés à ne représenter leurs rivaux que sous les couleurs qui leur convenaient. Voltaire avait pris la compilation propagandiste d'un missionnaire catholique, pour un extrait réel des livres sacrés desBrahmes. On n'entrevoyaitl'Inde qu'à travers les songes des docteurs musulmans; on ne

connaissait ni ses origines qui sont les nôtres, ni ses théogonies parmi lesquelles tous les peuples antiques ont cherché des idées et puisé des croyances. Le sanscrit, clef de tant de mystères, est une découverte

moderne.

« Ce n'est pas qu'on ait eu primitivement, le soupçon d'une langue et d'une littérature religieuse et philosophique, dont les prêtres seuls se réservaient

la connaissance; mais sans grammaire et sans lexique de cette langue, on ne pouvait que conjecturer ses richesses. Tout était ténèbres alors, dans ce monde voilé, sinon éteint, dans ce passé dérobé aux yeux profanes par l'inquiétude jalouse des Brahmes .

« Le soupçon qu'on en avait, tenait plutôt du rêve que de la réalité, et comme tout mystère il avait salégende.On prétendaitque saint François-Xavier possédant miraculeusament le don des langues, avait appris d'un ange le sanscrit *, pour réfuter les doctrines brahmaniques, mais sans pouvoir en transmettre la connaissance. On disait qu'un jésuite, Robert Nobili*, s'était fait brahme pour connaître les arcanes religieux de l'Inde ; mais que découvert et dévoilé, il avait subi des persécutions ingénieuse-

1. Cette ridicule légende se trouve débitée tout au long et sérieusement dans les premières Annales de la propagation de la foi.

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