‹ Les traditions indo-européennes et africainesChapitre 45 sur 60 · A ROUDRA · texte numérisé non relu

A ROUDRA

« Que le chantre élevant sa voix fasse agréer à Roudra l'hommage qu'il lui rend aujourd'hui au milieu de cette pieuse assemblée. Les deux pères du sacrifice poursuivent leur œuvre. Que le père de famille en ce jour de largesse ne refuse rien aux sept sacrificateurs.

« Que Roudra, qui de ses traits terrasse ses ennemis, vienne dans cette enceinte pour nous protéger et nous combler de ses biens. Que ce dieu rapide, à la voix sonore, fasse descendre sur nous son onde secourable.

« Aswins, votre âme est émue aux iuvocations que vous adresse le sage et vous accourez avec empressemçnt. La main du prêtre dirige Tofifraude qu'a préparée le généreux sacrificateur.

« Quand la nuit se trouve surprise au milieu des vaches rougeàtres, c'est vous que j'invoque, ô Aswins, enfants du ciel, entendez-moi; venez à mon sacrifice et faites attention aux offrandes que je vous présente.

« Cependant il s'étend le dieu qui, pour le bonheur des hommes, développe avec force son énergique virilité. Lui-même, invincible héros, forme et agrandit le sein de safille*

« Alors, entre le ciel et la terre, ils se rapprochent, et le père devient l'époux de sa fille (mythe de la création, le dieu divise son corps en deux parties pour créer, l'une mâle et l'autre femelle); ils" laissent échapper dans l'air quelques gouttes deleur semence féconde, et le foyer du sacrifice estarrosé.

IXDO-EUROPÉENXES ET AFRICAINES. Hf

m Quand le père s'est uni à sa fille, il vient répan> dre sa semence sur la terre. Les pieux Devas, qui ont enfanté les rites, ont établi Agni pour être gardien de leur œuvre, le maître delà demeure sainte.

« Que ce dieu jette donc son écume lumineuse sur le champ du sacrifice. Qu'il se précipite témérairement de tous côtés. On dirait qu'il recule en retenant le pied droit ; on dirait qu'il refuse de toucher les vaches que je lui présente.

« Que le dieu qui, par son souffle, agite le monde, arrive pour soutenir la mamelle d'Agni. Tel que le poète, avec ses chants, qu'il le réveille. Le prêtre apporte le bois et enfante l'holocauste, et Agni naît pour soutenir et défendre ses serviteurs.

« Les Navagwas, chantant Rita, ont recherché sa tutelle et l'amitié de sa charmante fille. Privés du sacrifice, ils sont venus trouver le dieu gardien de ce monde, placé ^ntre le ciel et la terre, et ils ont retrouvé le lait céleste.

« Avec l'amitié de la charmante fille de Rita, ils obtiennent encore un bien nouveau, et ce bien, que produit la pure semence d'un dieu, c'est le lait de la vache du sacrifice.

« Les Angiras avaient trouvé l'étable vide de son troupeau céleste ; mais un dieu bon et réparateur s'écrie, pour consoler le sage : k sacrificateurs ! me « voici, votre richesse va vous ôtre rendue. »

« Ainsi , les Angiras se rassemblent autour ridra; ils allument les feux nombreux du sacrifice. Indra cherche à briser les membres du fils de Nrichad*. Enfin, le dieu invincible pénètre dans la caverne ténébreuse et déchire le corps de Souchna qui couvrait le monde.

« Alors naît la lumière, alors brillent comme le soleil les Devas (anges), qui siègent au triple foyer.

1. C'est la fiction d'Indra terrassant resprit du mal, que Ton retrouve dans toutes les mylhologies, même la mythologie chrétienue.

Alors apparaît Agni, surnoramé Djatavédas ; écoutenous, ô sacrificateur! Agni, qui honore Rita, veut notre salut.

« J'ai chanté Indra, et, comme Manou, j'ai préparé le gazon pur et sacré. Venez aussi prendre part au sacrifice, ô Nasatyas, enfants radieux de Roudraî Soyez célébrés parmi les nations; soyez heureux de nos hommages et comblez-nous de vos bienfaits.

« J'adore aussi, et je chante ce dieu fort, ce roi prudent, qui traverse l'océan aérien, et dont les rayons sont les chaînes du monde. Il a donné de la vigueur à Cokchivan. Il a communiqué à Agni la rapidité avec laquelle tourne la roue d'un char.

« Agni, le sacrificateur, est l'ami des dieux, races divine et humaine ; il est appelé Vêtarana et nous donne le lait de la vache rapide du sacrifice. Cependant, par des chants pieux, je demande la protection de Mitra, Varouna et Aryaman.

« Agni, Nâblânédichtha, ton parent, dépose en

ton sein brillant la libation et la prière ; il t'adresse ses vœux. Ici est notre mère commune, et je ne suis qu'un de ses nombreux enfants.

« Oui, dit Agni; ici est ma mère ; ici est ma demeure, ici mes Devas ; je suis tout ici. Les Dwidjaas sont les premiers nés de Rita. La vache du sacrifice

vient de naître et vous offre son lait.

« Ainsi, le dieu rapide et brillant qui appartient à deux mondes, dévore le bois qui est son aliment, et s'élance avec joie dans l'air. Sa mère Ta enfanté pour que sa force fasse notre bonheur; le jeune nourrissoa croît, se dresse, se développe et bientôt menace ses ennemis.

« Que les vaches de la louange, enfants d'un sage, s'élèvent à la hauteur des dieux. toi qui es opulent, écoute-nous ! Manou a fait le sacrifice de l'Aswamendha et n'a dû son bonheur qu'à sa piété.

« Et toi, Indra, maître des hommes, dont le bras porte la foudre, accorde-nous une grande riches3e.

Conserve-nous ô dieu traîné par deux coursiers azurés, tu es bon ; sauve par ton secours les seirviteurs'

de Maghavau.

« couple royal, en faveur d'un sacrificateur, Indra, charmé de ses chants, est parti sans retard pour la conquête des vaches célestes. Ce dieu sage s'est montré l'ami des Angiras; il les a soutenus, il a rempli leurs vœux.

« Empressés à orner de nos louanges un dieu invincible, nous lui adressons une prière. Le coursier de la libation est lancé en son honneur. Varouna, tu es sage ; apporte-nous l'abondance.

« Pour obtenir votre amitié et augmenter nos forces, le prêtre vous présente son ofifraïïde et sa louange. Toutes nos voix s'unissent pour vous chanter. Qu'une ro,ute semée de biens s'ouvre devant no» prières.

« Le dieu surnommé Soubaudhou, célébré par nos voix, couvert de nos libations, entouré de nos offrandes et de nos prières, a grandi au milieu de nos-

hymnes, le lait de la vache divine déborde de sa mamelle.

« Dieux que nous honorons et qui vous réjouissez ensemble de nos hommages, soyez-nous secourables. Vous êtes sages ; vous nous apportez l'abondance, et dans les fonctions diverses que vous remplissez, vous rassemblez pour nous des trésors de bonheur.

AUX ANGIRAS

« vous qui, réunis pour le sacrifice et l'offrande, avez ainsi obtenu l'amitié d'Indra et l'immortalité, ô Angiras, soyez fortunés dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Pères du sacrifice, vous avez délivré les vaches célestes, et par le retour des rites brisé les portes de Bala. Angiras, vivez longtemps. Dans votre sagesse accueillez le vœu de Manou.

« Parle sacrifice, vous avez élevé Sourya dans le ciel ; vous avez étendu la terre, notre mère. Angi-

ras, ayez une race heureuse. Dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Nabhâ Nedichtha vous chante dans votre demeure, ô Richis, qui avez les dieux pour enfants. Angiras, que vos rites soient prospères. Dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Les Richis sont différents pour leur forme ; mais toutes leurs œuvres sont également sages. Les Angiras, enfants d'Agni, naissent autour de lui.

« Les Angiras, aux formes variées, naissent d'Agni autour de son foyer brillant. Lui-même, il est le premier des Angiras ; il est Navagwa, Dasavagwa, et au milieu des dieux qui l'accompagnent, il se montre magnifique.

« Ces sages, unis à Indra, ont délivré les vaches et les coursiers célestes ils m'ont donné des milliers de grasses génisses; ils m'ont procuré l'holocauste que j'offre aux dieux.

« Que la race de Manou se propage ! qu'elle croisse comme l'orge dans les champs ! c'est ce Manou qui donne en présent des centaines, des milliers de coursiers.

« Personne ne peut renverser sa présence ; il est élevé comme le ciel. Les présents du fils de Scivarna sont aussi étendus que la mer.

€ Deux princes généreux, Yadou et Tourvasa, entourés de vaches, sont comme deux serviteurs empressés à seconder la munificence de Manou.

« Qu'il soit heureux ce Manou, ce chef de nos bourgades, ce bienfaiteur opulent. Que sa munificence éclate avec le soleil. Que les dieux prolongent la vie de l'enfant de Sarvana, et que par lui nous jouissions, infatigables dans nos œuvres, d*une heureuse abondance. »

HYMNE A AGNI-VAYOU ET SOURYA

« L'Être couronné de rayons a trois formes :

il porte le feu, l'onde, il porte le ciel et la terre. Il est de toute clarté qui frappe nos ye ux; il est l'astre que vous voyez.

« Les divins Mauvis, dont les rayons servent de guides à Vayou, se revêtent d'une noire enveloppe. Us pénétrent au sein du nuage, et suivent la direction du vent.

4c Ils s'écrient dans leurs pieux transports : Nous sommes les Mauvis attachés aux vents. mortels, vous voyez nos corps.

« Le Mauvi des vents, devenu l'ami des dieux, est empressé de seconder leurs œuvres, marche avec l'air, jetant son corps sur tous les corps.

« Ce Mauvi est le coursier du rapide Vayou et l'ami respecté par ce dieu. Il visite les deux mers, celle de l'orient et celle de l'ocoident.

« L'Être rayonnant, est celui qui v(»yage sur la route des Apsaras, des Gandharwas, des rapides sangliers de l'air. C'est aussi le sage ami de*la maison, l'auteur des sucs les plus enivrants.

« l/Étre rayonnant est encore Vàyou, qui avec Roudra boit a la coupe remplie de l'eau céleste, qui pour lui agite Tair et brise ce qui ne veut pas plier. »

Agni, Vayou, et Sourya reçoivent ordinairement dans leur réunion, le nom de Trinité Védique; c'est en effet cette triade qui se dégage le mieux de l'ensemble des hymnes du Rig-Véda. Bien que tous les

poètes du Rîg ne Taîent pas comprise de la même manière, il est certain que c^est cette trinité un peu vague, car ses attributs sont souvent donnés à Indra, Mitra et Varouna, autre triade védique, qui a précédé et préparé la trinité définitivement manifestée dans la théologie Brahmanique, sous les noms de :

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