I.D. Ab
Gen. Loc. :
Ramât Ramàyâs Ramât
Ramasya Ramâyâs Ramasya Rame Ramâyâm Rame
Pluriel :
Ramâs
Ramâs
Ram an
Ramœs
Ramêbyas
Ramêbyas
Românâm
Rameson
Duel :
Ramâs
Ramâs
Ramâs
Ramabis
Ramâbyas
Ramâbyas
Râmanâm
Ramasou
Ramâni
Ramâni
Ramâni
Ramœs
Ramêbyas
Ramêbyas
Ramânâm
Râmêsou
Rama Rame Rame
Ramâbyam Ramâbyam Ramâbyâm Ramayôs Ramayôs Ramayôs
On remarquera que le sanscrit a, de plus que les langues latines et grecques, les deux cas nommés instrumental et locatif.
L'instrumental indique que Tobjet joue le rôle d'instrument.
Ex. : Il le blessa d'un coup de poignard y instrument tal. Le locatif détermine le lieu ou la partie.
Ex. : Il le blessa d'un coup de poignard au bras, locatif.
Nous avons dit que chaque mot possède une forme absolue, appelée thème. C'est d'après les terminaisons de cette forme que l'on peut ramener à six classes toutes les déclinaisons sanscrites.
La première classe comprend tous les thèmes qui se terminent en a bref et en a long.
La seconde, tous ceux qui se terminent en i et en ou.
La troisième, tous ceux qui se terminent en î long et en où long.
La quatrième, ceux qui se terminent en re et en le.
La cinquième, ceux en œ, ô et œo.
La sixième, tous les thèmes qui finissent par une consonne.
Il y a trois sortes de thèmes, les thèmes simples, comme yut, combat; les thèmes doubles, comme tudant et tudot, frappant ; les thèmes triples, comme pratyanc'-pratyac' et pratic', occidental. Ils se déclinent d'après des règles d'euphonie spéciales que nous n'avons pas à étudier ici, ce serait tomber dans les règles détaillées de la grammaire.
Le verbe n*est qu'une racine qui, par le moyen de suflSxes ou de flexions, ajoute à son sens spécial l'idée d'existence ou d'action.
lx\DO-EUROPÉENNES ET AFRICAIxNES. 67
Le verbe sanscrit a trois voix :
La voix active, La voix moyenne, Et la voix passive,
La forme active est ou transitive ou neutre, mais jamais passive.
La forme moyenne, plus communément transitive ou neutre, prôte une partie de ses temps au passif et a quelquefois un sens réfléchi.
La forme passive exprime uniquement le passif, sans exception à cette règle.
Rarement, les formes active et moyenne sont en usage pour le même verbe, car elles ont à peu près la même signification.
Comme en grec et en latin, tous les verbes actifs gouvernent l'accusatif; les autres verbes gouvernent des cas différents, suivant le sens logique de la manière d'être qu'il indiquent.
Le verbe sanscrit a trois nombres, trois personnes et neuf temps.
Il possède trois modes, l'indicatif que l'on trouve à tous les temps, l'impératif à un seul, et l'optatif, qui est à peu près le même que le subjonctif latin.
L'infinitif, le participe et le gérondit sont de véritables noms déclinables.
11 n'y a, à proprement parler, en sanscrit, qu'une seule conjugaison.
Nous n'entrerons pas ici dans l'analyse des flexions ou terminaisons verbales, ni dans l'étude de la formation des temps, ce serait, nous l'avons déjà dit, tomber dans l'examen des choses de pure grammaire, et nous désirons nous en tenir aux grandes lignes, aux principes généraux applicables à toutes les langues indo-européennes.
Si nous nous sommes occupé avec plus de détail des flexions, des suflBxes et et des préfixes, c'est que ces formes jouent dans la formation des mots un rôle des plus importants, non-seulement en sanscrit, mais dans tous les dérivés de cette langue mère, et que l'on peut presque aflBrmer que toutes ces formes, comme celles de la racine indo-européenne, peuvent être ramenées à un type commun.
Ex. : En sanscrit, mati, la pensée ; en grec [jl^tiç (métis).
Radical sanscrit, ma.
Radical grec, mê.
SuflSxe sanscrit, ti.
Suffixe grec, tis.
• Autre ex. : en sanscrit, vamatu, vomissements (prononcez vamatous) ; en latin, vomitus (prononcez vomitous).
Radical sanscrit, vam.
Radical latin, vom.
Suffixe sanscrit, tu.
Suffixe latin, tu.
Il est inutile d'insister, de pareils faits linguistiques peuvent se passer de commentaires.
Le sanscrit possède ces parties invariables du discours qu'on appelle prépositions, adverbes, conjonctions et interjections.
Les prépositions n'existent qu'en petit nombre , rinstrumental et le locatif des déclinaisons sanscrites étant destinés à rendre les rapports qu'elles expriment. Aussi peut-on affirmer que les neuf ou dix prépositions que l'on relève en sanscrit ne sont que des préfixes qu'on s'est habitué, par l'usage, à séparer du mot. Elles gouvernent, en général, soit l'accusatif, soit l'ablatif.
Une de ces prépositions, pacya, voici^ n*est que l'impératif de pac, voir^ pac-ya, vois-ici. De même qu'en français voici ^ n'est que l'abréviation de vois-ici.
Adverbes et conjonctions se distinguent peu en sanscrit.
Les grammairiens indous les rangent dans la même classe, et remarquant que leurs- terminaisons indiquent des cas parfaitement déterminés ; ils les regardent comme d'anciens noms et adjectifs qui, autrefois, se déclinaient, et que l'habitude a immo-
bilisés dans un cas spécial, nominatif, accusatif, ablatif, etc., de la déclinaison.
Comme dans toutes les langues, ses dérivés, le sanscrit, par l'interjection, exprime la plainte, rétonnement, la colère, la douleur, la joie, l'horreur, l'encouragement ou Tappel/Le sens de l'interjection sanscrite est assez vague, ce qui fait que toutes les formes de cette classe s'emploient assez facilement les unes pour les autres.
Après cet examen rapide de la formation des mots et de leur dérivation, il ne nous reste que fort peu de chose à dire de leur règle d'emploi dans le discours, autrement dit de la syntaxe sanscrite qui, si on en excepte deux ou trois règles spéciales, s'est conservée tout entière dans les syntaxes grecques et latines issues d'elle.
L'illustre Bopp, qui n'a mis de syntaxe ni dans sa grammaire sanscrite-allemande , ni dans l'édition latine de cette grammaire, en donnait les raisons en ces termes :
«.... Si l'on ne veut pas répéter les principes qui appartiennent à la grammaire générale, ou les choses qui pourraient figurer à aussi bon droit dans le rudiment de toute autre langue de la môme famille, « la famille indo-européenne, » il est facile d'exécuter en bien peu de paragraphes une syntaxe sans-
crite... » et il ajoute : « sanscrita lingua locupletissimœ et perfectissimae suae grammaticae raro transgreditur fines a natura constitutos. )>
Ainsi, d'après l'élément indianiste,la syntaxe sanscrite renferme tous les principes qui appartiennent à la grammaire générale du groupe des langues indo-européennes. Et comme tous ces principes que Ton retrouve en sanscrit, n'ont pas passé dans leur ensemble dans chaque langue indo-européenne qui n'en a conservé que ce qui convenait à son caractère spécial, à son génie transformé sur un sol nouveau et par une civilisation différente, il suit de là « ce que nous avons voulu prouver dès le début de ce livre » que le sanscrit renfermant tous ces principes communs est bien le type primitif, le type commun de toutes les langues indo-européennes.
Nous pouvons ajouter que cette preuve ressort d'une manière aussi évidente de notre examen des cinq éléments auxquels peuvent toujours se ramener tous les mots sanscrits môme les plus complexes :
La racine,
La flexion,
Le suffixe,
Le préfixe.
L'accord euphonique.
Sur le môme sujet, MM. E. Bumouf et Leupol,, dans la préface de leur remarquable méthode sanscrite, se sont exprimés ainsi :
« On remarquera, dans notre grammaire, le peu d'étendue d'un chapitre qui fait partie intégrante des méthodes latines et grecques, c'est le chapitre ou le livre de la syntaxe. Une telle réduction de notre part n'a pas eu lieu sans de graves motifs. Comme on pourra s'en convaincre par la lecture des auteurs, le sanscrit ne renferme qu'un très-petit nombre de règles d'accord et de régime qui n'aient pas leur équivalent dans nos langues classiques, y^
Il ne nous reste plus en manière de conclusion, qu'à nous demander si ce n'est pas ajuste titre que nous avons repoussé Tinutile exhumation d'une langue inconnue, dont il ne reste aucun vestige, qui n'est qu'une pure hypothèse linguistique , et qu'on voudrait nous donner comme l'ancêtre du sanscrit, et le type commun du langage indo-européen.
Nous ne prétendons pas, qu'on retienne bien ce fait, que le sanscrit n'ait pas eu d'ancêtre... Nous disons simplement que cela nous importe peu en présence de ces trois faits indiscutables.
1® Que l'ancêtre, s'il a existé, a disparu sans lais-
ser aucun monument, aucun vestige si faible qu'il soit.
2^ Que toutes les formes prétendues primitives, relevées par les partisans de ce système, ne sont que des formes sanscrites, dont les unes n'ont jamais cessé d'exister, dont les autres n'ont subi que des modifications d'euphonie.
(C'est ainsi que la forme aiti, qui se change en êti, que M. Hovelacque donne comme une forme de cette langue perdue, n'est, n'en déplaise à tous les linguistes franco-allemands qu'une forme absolument sanscrite soumise à la règle générale d'euphonie, ê pour ai, êti pour aiti. Le tort des linguistes de cette école est de raisonner sur le sanscrit classique, sans vouloir tenir compte de la marche de cette langue de l'enfance à l'âge mûr, du monosyllabisme et de l'agglutination à la flexion.
Toutes les formes simples qui appartiennent à l'enfance du sanscrit et que l'usage, le progrès, des règles nonvelles, l'euphonie, ont plus ou moins modifiées, sont attribuées par eux à
Jl > LES TRADITIONS
cette langue inconnue qu'ils ont fait surgir de l'exégèse linguistique... Voilà tout le procédé.)
3* Que le sanscrit possède sml, dans leur universalité, tous les principes de la grammaire générale du parler indo-européen.
Nous poserons de plus cette question :
Gomment pourrait-il se faire qu'une langue, aussi importante que celle qui aurait donné naissance au sanscrit et à tous les groupes indous, anciens et modernes, de cette famille, au groupe des langues iraniennes, aux groupes celtiques, grecs, latins, germaniques, slaves et Scandinaves, n aurait laissé aucune trace de son existence?
Si toutes ces langues ne sont point des dérivés du sanscrit, mais des dérivés de ce prétendu indo-européen commun d'invention moderne, si elles sont sœurs et non filles du sanscrit, tout cet ensemble gigantesque de traditions primitives, qui a couvert l'Asie et l'Europe, a forcément son origine dans la période de civilisation, où toutes les tribus qui ont émigré dans les deux mondes parlaient encore cet indo-européen commun, et dès lors comment s'iniaginer que la langue d'une civilisation aussi gigantesque d'où sont sortis le monde ancien et le monde
moderne, se soit éteint comme le vulgaire idiome d'une peuplade disparue ?
Nous ne saurions trop le répéter : à quoi bon chercher dans la nuit des âges disparus, le lien des langues indo-européennes, puisque nous avons le sanscrit, qui, comme langue, renferme en lui tous les principes généraux et toutes les formes communes, et comme littérature nous offre le monument le plus imposant qu'ait produit l'esprit humain, monument dans lequel, selon l'expression de MM. Max Grazia et J. David : « Tout se trouve, depuis les premières formules religieuses , jusqu'aux premières évolutions des sciences, des lettres et des arts... »
Presque tous les principes de droit civil du vieux Manou ont passé en entier dans le droit de Rome, et dans les codes modernes conservés par la coutume... Sa cosmogonie a inspiré toutes les cosmogonies reb'gieuses.
Une langue ne meurt pas avec une pareille richesse de production, aussi l'indo-européen commun n'a-t-il pas disparu.
L'indo-européen commun à tous les points de vue linguistiques, historiques et ethnographiques, est le sanscrit 1
Tout autre svstème, isolé de l'histoire, de l'ethnographie, et de la linguistique positive, reposant
sur des faits certains, n'est plus qu'une collection de rêveries hypothétiques.
Le savant Max MuUer, professeur à l'Université d'Oxford, n'a pas assez oublié son origine germanique, pour se séparer de la pure école allemande sur le terrain des Aryas de l'Oxus, et de la langue disparue qui aurait donné naissance à tous les idiomes indo-européens, y compris le sanscrit. Mais ses raisons quoique fort spécieuses en apparence, ne reposent, comme celles que nous avons déjà examinées, que sur de pures hypothèses, et la même confusion entre les formes du sanscrit primitif, du sanscrit dans ses diverses périodes de formation et celles du sanscrit classique.
Nous aimons peu à exposer nous-mêmes les opinions de nos adversaires ; il est rare que dans cette forme d'argumentation, on ne se laisse pas aller, sans s'en rendre compte, à affaiblir par des nuances l'idée que l'on veut combattre, aussi allons-nous procéder selon notre habitude par citation.
Max Muller s'exprime ainsi :
« On ne peut pas dire que nous ne savons absolument rien de l'époque pendant laquelle les nations aryennes (toujours les Aryas, dont l'existence, nonseulement au point de vue scientifique n'est pas démontrée, mais contre laquelle protestent toutes
les traditions de rindoustan), encore non divisées en peuples divers, formèrent leurs mythes. Quand même nous ne connaîtrions que les traditions de la Grèce, si obscures quand on les envisage isolément, nous pourrions en tirer bien des inductions sur l'époque qui précéda la première apparition de la littérature nationale en Grèce. . . La philologie comparée aramené toute cette période dans la sphère de l'histoire positive. Elle a mis en nos mains un télescope d'une telle puissance, que là où nous n'apercevions auparavant que des nuages confus, nous découvrons maintenant des formes et des contours distincts. Bien plus, elle nous a fait entendre, si l'on peut ainsi parler, des témoignages contemporains de ces lointaines époques ; elle nous a représenté l'état delà pensée, du langage, de la religion et delà civilisation aune époque oii le sanscrit et le grec n'existaient pas encore, mais où tous deux, ainsi que le latin, Vallemand et les autres dialectes aryens, étaient contenus dans une langue commune^ de même que le français, l'italien et l'espagnol ont été d'abord virtuellement renfermés dans
le latin.
« Ceci réclame une courte explication. Quand même nous ne saurions rien de l'existence du latin, quand même tous les documents historiques antérieurs au xvfi siècle auraient été perdus et que la tradition ne nous eût pas appris l'existence d'un
empire romain, une simple comparaison des six dialectes romans nous permettrait de dire qu'à une certaine époque, il dut y avoir une langue d'où tous ces dialectes modernes tirèrent leur origine; sans cette supposition, en effet, il serait impossible d'expliquer les analogies que présentent ces dialectes. En examinant le verbe auxiliaire, nous trouvons :
J.1 A. LiXXUO
i\nj:.±XJ^
u x-vrik A. %j\fn
XO X'Xk.1..^\.A
sono
sum
sunt
soy
son
suis
sei
es
eis
ères
es
es
ei
es
hô
est
siamo
suntema
essen
somos
somos
sommes
siete
suntet'i
esses
sois
sois
êtes
sono
suut
eau
soa
sao
sont
« Il est évident que toutes ces formes sont des variétés d'un môme type, et qu'il est impossible de prendre aucun de ces six paradigmes pour le modèle sur lequel les autres ont été construits. Nous pouvons ajouter que dans aucune des langues auxquelles ces formes verbales appartiennent, nous ne trouvons les éléments qui auraient pu les composer.
« Quand nous rencontrons des formes comme f ai aime\ nous pouvons les expliquer par les radicaux que le français possède actuellement et il en est de même des temps composés, comme j'aimerai, c'est-
à-dire je aimer-ai. Mais le changement àejesuUen. tu es est inexplicable par la grammaire française seule. De telles formes n'auraient pas pu naître sur le sol français, elles ont dû se transmettre comme les restes d'une époque précédente ; elles ont dû exister dans quelque langue antérieure aux dialectes romans. Ici nous ne sommes point obligé de nous en tenir à une simple supposition, car nous possédons le verbe latin, et nous pouvons montrer comment, par suite de la corruption phonétique et en vertu d'analogies erronées, chacun des six paradigmes n'est qu'une métamorphose nationale du modèle latin.
« Voici maintenant une autre série de paradigmes :
Je suis
Tu es
n est
Nous (deux)
sommes ....
Vous (deux)
êt3S
Ils (deux sont) Nous sommes.
Vous êtes
Ils sont
Sanscrit.
as!ui
a'si
usti
sva's
stha's
stas
smas
stha
santi
Lithua- Zend. Dorien. Vieux Latin. Gothi- Arménien, slave. que. nion.
esmi ahmi essi ahi esti asti
esva
esta
esti
esni
este
esti
iaai
stho errrov
sto ÈIT^V
hmahi êdae; sta È^J"-' henti èarî
yesmo
vesi
yeit3
yosva
vos ta y Ci ta yosnio 3'estj somté
suiu
es
est
im is
ist
siju sijuts
ena
es
sumus sijum eraq cstis sijutli eq sunt sind en
« Nous devons tirer les mêmes conclusions de
ces formes grammaticales, examinées avec soin, que des précédentes. Elles ne sont également que les variétés d'un même type ; il est impossible de considérer l'une d'elles comme ayant servi d'original aux autres; enfin aucune des langues dans lesquelles se présentent ces formes verbales ne possède les éléments dont elles sont composées. Le sanscrit ne peut être considéré comme l'original d'où est dérivé tout le reste, ainsi que le prétendent plusieurs savants; car nous voyons que le grec a dans plusieurs cas gardé une forme plus primitive et comme on dit plus organique que le sanscrit. £^{is^ ne peut être dérivé du mot sanscrit smas^ parce que smas a perdu la radicale a que le grec a conservée, la racine étant as être, et la terminaison smas nous, etc...
« Le grec ne peut être pris davantage pour le langage d'où sont dérivés les autres dialectes ; car le latin lui-même n'en est pas dérivé, et a conservé quelques formes plus primitives, par exemple sunt au lieu de evri ou êvgi, ou citai. Ici le grec a complètement perdu le radical as, h-zi étant mis à la place de tGffm, tandis que le latin a du moins comme le sanscrit gardé le radical s dans sunt^ sanscrit santi.
€ Tous ces dialectes nous conduisent donc à une langue plus ancienne dont ils sont dérivés comme les dialectes romans le sont du latin. A l'époque reculée où nous font remonter ces inductions, il n*y
avait pas encore de littérature pour nous conserver quelques traces de cette langue mère qui mourut en formant les dialectes aryens modernes, tels que le sanscrit, le zend, le grec, le latin, le gothique, le windique et le celtique. Cependant tout nous porte à croire que cette langue a été autrefois une langue vivante, parlée en Asie par une petite tribu, et à Torigine par une petite famille, vivant sous un seul toit, de même que la langue de Camoëns, de Cervantes, de Voltaire et de Dante fut autrefois parlée par quelques paysans qui avaient bâti leurs cabanes sur les sept collines près du Tibre. Si nous comparons les deux conjugaisons que nous venons de présenter, nous verrons que les coïncidences entre le langage des Védas et le dialecte parlé aujourd'hui par les Lithuaniens sont beaucoup plus grandes qu'entre le français et l'italien ; et il suffit de lire la grammaire comparée de Bopp pour voir clairement que les formes essentielles de la grammaire ont été complètement établies avant que les membres divers de la famille aryenne se soient séparés. »
Voilà à l'aide de quels arguments M. Max MuUer suppose, suivant sa propre expression, qu'il a existé une langue antérieure au sançcrit, d'où seraient sorties toutes les langues indo-européennes.
Notre réponse sera facile, car jamais la linguis-
as LES TRADITIONS
tique réduite à ses seules forces, c est-à-dire évoluant en dehors de la tradition de Thistoire et de l'ethnographie en dehors même de ses propres règles, comme nous allons le démontrer, n'a présenté sur une question d'aussi faibles arguments Nous pouvons même dire que ces arguments, portent encore leur réfutation.
Ainsi, tout d'abord, pour arriver à présenter son hypothèse sous un jour acceptable, M. Max MuUer, réunissant le groupe des langues romanes issues du latin, cela est incontestable, suppose le latin disparu et dit : Comme aucun de ces dialectes n'a pu servir d'original aux autres, et qu'ils sont tous les variétés d'un même type, nous serions obligé de conclure à un type commun disparu, à quelque langue antérieure, quand bien même le latin ne serait pas là pour accuser sa maternité.
Et il conclut de là qu'il faut tenir le même raisonnement à l'égard des langues indo-européennes, et leur chercher un type commun antérieur au sanscrit.
L'argument à tous les points de vue manque de justesse.
Au point de vue de la dialectique pure, de ce que le latin est le type commun des langues romanes, il ne s'ensuit pas le moins du monde que le sanscrit ne soit pas le type commun des langues indo-européennes.
La disparition du latin pour les besoins du raisonnement, est un argument qui se retourne contre la théorie de Max MuUer, car on peut lui dire : le latin existe. Eh bien, comment se fait-il que cette langue -qui n'a donné naissance qu'à cinq ou six dialectes, jse soit conservée, alors que cet indo-européen commun, que vous supposez avoir existé, aurait disparu après avoir donné naissance à une quinzaine de groupes principaux, d'où sont sortis plus de deux cents dialectes. Dira-t-on que cette langue n'avait pas de littérature et que c'est pour cela qu'elle ne s'est pas conservée ?
Nous répondrons avec Bopp et M. Max MuUer lui-même, « que les formes de sa grammaire étaient complètement établies avant les émigrations qui l'ont transportée de l'Asie dans tout l'Occident, » et nous demanderons s'il est possible tie concevoir qu'une langue aussi féconde, qu'une langue dont la nombreuse postérité est encore pleine de vie, ait pu si bien fixer toutes ses formes grammaticales qu'on les retrouve dans tous ses dérivés, et cela sans littérature , c'est-à-dire sans moyen de fixer ces formes.
Cela est complètement impossible, et ce fait ne soutient pas l'examen, en présence de l'histoire logique des évolutions du langage.
Est-ce que le grec, le latin, et, pour prendre un exemple plus près de nous, le français, auraient pu
fixer leurs formes grammaticales sans littérature?... Est-ce qu'en dehors de la littérature, qui crée, épure, conserve les formes du langage, il est même possible de comprendre l'existence d'une grammaire ?
Pas de littérature le type commun des langues indo-européennes I... Mais alors comment expliquer l'apport, sur le sol européen, non-seulement du langage mais encore de toutes les traditions religieuses et civiles, de toutes les traditions littéraires de l'Asie. Citez-moi donc, dans l'histoire dupasse, une seule langue mère, qui ait non pas parcouru le chemin colossal de l'indo-européen commun, mais simplement donné naissance à une demi-douzaine de langues littéraires et perfectionnées, et qlii se soit couché dans la poussière de l'oubli, sans laisser la moindre trace, la plus petite tradition.
Quoi,... cent émigrations diverses ont couvert une partie de l'Asie et toute l'Europe, de peuples d'origine indo-asiatique, parlant tous des langues de même origine, et aucune de ces langues n'aurait conservé un hymne religieux, un chant de guerre, une légende qu'on puisse rattacher à la langue mère?...
Votre hypothèse du latin disparu est la plus éclatante condamnation de votre système.
Supposons, en effet, pour entrer complètement
dans nos théories, que le latin soit mort après avoir formé les six dialectes romans, que rien ne nous soit resté, ni une page de Virgile, ni une ode d'Horace, ni un discours de Cicéron qui nous missent à même de reconstituer cette langue, est-ce que nous en ignorerions pour cela Texistence; est-ce que l'italien et le français des premiers siècles, pour ne citer que ces deux langues, ne sont pas pleins de traditions de toute espèce empruntées à la langue mère?... Nous pouvons supposer jusqu'à un certain point que le latin aurait pu disparaître comme langue, mais comme toute supposition doit être logique et d'accord avec l'expérience qui résulte des faits, il nous est impossible de supposer que les six langues romanes auraient pu se former sans conserver le souvenir de leur ancêtre, et de fait ces dialectes n'ont vécu à leur début que de la tradition latine, ne se sont formés que par la littérature latine.
Donc au lieu de conclure de l'hypothèse de Max Muller, qu'il faut supposer l'existence d'une langue indo-européenne disparue, comme on supposerait l'existence du latin s'il était disparu, nous dirons qu'il faut rechercher parmi toutes les langues indo-européennes, quelle est celle qui résume en elle toutes les traditions linguistiques, historiques et littéraires, et la proclamer langue mère, type commun^ de même que l'on proclame le latin langue mère, type commun.
dis langues ronuines^ parce qu'il résume en lui toutes les traditions, linguistiques, historiques et littéraires de ces langues.
Les langues qui parviennent à fixer complètement leurs formes, ne disparaissent point aussi facilement de la scène du monde, et c'est en cela que la supposition du professeur d'Oxford pèche contre la logique et l'expérience des faits.
Pour nous montrer que l'indo-européen commun a pu disparaître, il suppose le latin disparu... sans voir que l'impossibilité de cette disparition totale devient un argument, contre la possibilité de la disparition de cette langue colossale qui a formé tous les idiomes indo-européens.
Nous savons bien que pour les besoins de la cause, on rapetisse cet immense fait linguistique et historique, on suppose (toujours des suppositions) que cette langue a été parlée autrefois par une petite famille vivant sous nn seul toit suivant l'expressioii même de Max Muller, et on espère ainsi faire com-^ prendre comment cette langue a pu ne pas laisser de littérature; mais sur ce terrain l'école allemande tombe dans le ridicule, car : ou bien cette langue parlée par une petite famille vivant sous un seul toit n'a point fixé ses formes, est morte sans littérature, et alors on ne saurait comprendre comment toute l'émigration indo-européenne a pu la parler et la
transporter à des époques différentes, dans les différentes parties du globe, qu'elle a successivement colonisé. Ou bien cette langue s'est développée, a fixé ses formes (et elle n'a pu les fixer que par la littérature) est devenue la langue de la vieille civilisation indoue, qui a illuminé le monde ancien et le monde moderne, et alors tout devient clair dans le double fait linguistique et historique qui nous occupe, et l'apport des langues et des traditions indoues sur notre sol n'a plus rien qui étonne, ni le linguiste, ni l'historien, ni Tethnographe.
L'argument « de la petite famille » est un pur germanisme.
Un dernier mot :
Le latin n'est qu'une langue mère du second degré; il suffit en effet de rapprocher les formes de son verbe auxiliaire, de celles du même verbe de son ancêtre sanscrit, pour être persuadé de cette vérité.
Sanscrit,
Latin.
Je suis,
àsmi,
sum.
Tu es,
asi,
es.
11 est.
asti.
est.
Nous sommes.
smas,
sumus
Vous êtes.
stha.
estis.
Ils sont.
santi.
sunt.
SS LES TKADITIONS.
M. Max MuUer peut se tranquilliser. Les langues romanes ont conservé non-seulement leur mèrc^ mais elles ont encore le bonheur de posséder leur aïeule.
Nous arrivons maintenant au seul argument direct donné par M. Max MuUer pour prouver que le sanscrit ne peut être le type commun indo-européen.
Rappelons d'abord cette partie de noire citation :
« Le sanscrit ne peut être considéré comme l'original d'où est dérivé tout le reste, ainsi que le prétçndent plusieurs savants: car nous voyons que le grec a dans plusieurs cas, gardé une forme plus primitive, et comme on dit, plus organique que le sanscrit. 'E^jjt.eç (nous sommes) ne peut être dérivé du mot sanscrit smas (nous sommes), parce que smas a perdu la radicale a que le grec a conservée, la racine étant as, être et la terminaison mas, nous... »
Pour bien se convaincre de la singularité de cette argumentation, il faut remettre en présence les formes du verbe auxiliaire être dans les deux langues , et voir ainsi quelle est celle qui a le mieux conservé la forme organique de la racine as, être.
Sanscrit.
Grec.
Je suis
as-mi
£-[/.;jit
(é-mmi]
Tu es
as-1
(és-si)
Il est
âs-ti
(és-ti)
Nous (deux)
Sommes
's-vâs
Vous (deux)
Êtes
's-tbas
(és-ton)
Ils (deux)
Sont
's-tbâs
£Cr-TOV
(us-ton)
Nous sommes
's-mâs
écr-ae;
(es -mes)
Vous êtes
's-tbâ
£(7-Tc
(ès-té)
Ils sont
's-aiiti
1 / £-VTL
(è-nti)
Comment M. Max MuUer peut-il prétendre que le grec a gardé plus purement que le sanscrit la racine organique as, être, alors au contraire que le sanscrit setil l'a gardée dans toute sa pureté.
Lorsque le sanscrit dit dans les trois premiers temps :
As-mi, as-i, as-ti,
Le grec, changeant la radicale a en é, dit :
É-mmi, è-ssi, è-sti.
Remarquons de plus qu'au premier temps, le grec ne dit pas :
Ès-mi S mais e-mmi, changeant non-seulement Va de la racine as en e, mais perdant complètement la lettre s de cette racine.
Quant aux formes sanscrites 's-mas, 's-tha, 's-anti qui négligent l'a de la racine, elles indiquent l'a disparu par l'accent placé devant la seconde lettre du radical 's, et ces formes ne sont qu'une modification logique fort commune en sanscrit, 's-mas pour asmas. La racine est modifiée et non transformée, tandis que le grec à aucuns temps ne possède la racine pure as^ et manque complètement de logique quand il s'avise de la modifier, comme daus èmmi et ènti (£[A[Ai, évTt) où as n'est plus représenté que par è.
È pour as, n'est pas une modification, c'est une transformation totale de la racine, pour mieux dire cette forme n'a plus rien de la racine primitive.
De tous les dialectes citéspar Max MuUer :
Sanscrit — a's-mi je suis
Lihuanien.. . . — es-mi —
Zend ,. — ahmi —
Grec dorien.. — e-mmi —
Vieux slave . . — yes-me —
Latin — s-um —
Gothique — i-m —
Arménien. . . . — e-m —
i. Forme dorique.
Le sanscrit est le seul qui ait conservé dans son verbe auxiliaire être la forme organique de la racine fls, et dans cet exemple, destiné à le combattre, il se trouve qu'il représente le véritable type primitif, le type commun de toutes les autres langues.
Tous les faits linguistiques que Ton pourrait citer à rencontre du sanscrit n'ont pas plus de valeur que celui que nous venons de combattre; nous avons vu du reste, dans le précédent chapitre , sur quelles faibles bases reposent les prétentions allemandes à Texhumation de cette langue qui se serait éteinte , épuisée par sa propre fécondité.
Une dernière observation, et nous clorons cette discussion peut-être un peu longue, mais qui était d'une nécessité absolue pour démontrer que le véritable instrument de transmission de toutes les traditions indo-européennes est bien le sanscrit , et qu'il faut renvoyer dans le domaine de l'exégèse d'imagination la création d'un type antérieur à cette langue, type qui, s'il a existé, n'a pas laissé la moindre trace qui puisse se permettre une constatation scientifique.
Le but des Allemands, nous l'avons déjà dit, est de faire parvenir directement sur leur sol et la langue et la civilisation, en repoussant la maternité de l'Inde, ils se prétendent les frères immédiats des envahisseurs de l'Inde ; pendant qu'une portion de
leur race descendait vers le sud, eux apportaient la civilisation aux contrées d'Occident..., sous prétexte de science, les gens du pays delà bière ne soulèvent qu'une vulgaire querelle de race.
Nous désirons terminer ces considérations en signalant, une fois de plus, les procédés du raisonnement germanique.
Après avoir conclu à Texistence d'une langue antérieure au sanscrit, sous prétexte que ce dernier n'aurait pas conservé certaines formes organiques, que seul au contraire il possède dans toute leur pureté (nous n'avons examiné que la forme de la racine as parce que notre adversaire n'en citait pas d'autres à l'appui de son axiome), M. Max MuUer, dans ses études mythologiques, considère comme prouvé le point en litige, à savoir : l'existence d'un type antérieur au sanscrit, et, partant de là, toutes les formes communes aux diverses langues indoeuropéennes vont être portées à l'acquit de cet idiome fabuleux.
Etant donné le tableau suivant :
Sanscrit. Zend. Grec. Latin. Gothique. Slave. Irland.
Pèr3 . . pitar patar îîa-rp pater fadar athair
Mère., mâtar mâtâr p.fiTyjp mater raati mathair •
Frère, hhrâtar brâtâr çpx7ep frater brôthar bratV brothair
Sœur., svasar ganhar soror svistar sestra siur
Fille., duhitar duhgdhar ô-j^aTïjp dauhtar dear '
le professeur d'Oxford s'écrie : Comme cela indique bien l'existence d'un type commun disparu.
Nous avouons ne plus comprendre I Quoi, voilà le sanscrit qui possède toutes ces formes, dont les autres ne sont évidemment que de simples dérivés, et vous sentez le besoin d'imaginer un type commun antérieur dont il ne reste pas la moindre trace ? Un type commun dont vous ne pouvez pas ajouter les formes perdues à ce tableau, pour prouver sa paternité en même temps que son existence?
Ce procédé s'accentue encore davantage, peutêtre, dans les lignes suivantes, du même auteur :
« Si nous trouvons en sanscrit le mot pontra, fils, et en celtique paotî\ fils, la racine et le suffixe étant semblables, quoique aucun des autres dialectes aryens n'ait conservé la môme forme, une telle identité ne peut être expliquée qu'en supposant que poutra était un mot aryen connu longtemps avant qu'aucune branche de la famille se fût séparée du tronc commun. »
Ainsi le mot poutra est sanscrit, racine et suffixe sont sanscrits, le mot passe dans le celtique, et l'on croirait que notre auteur va conclure à la maternité du sanscrit ; pas du tout, pour lui ce mot de poutra appartient à l'idiome aryen disparu... et il va même
jusqu'à dire que ces identités entre le sanscrit et le celtique ne pourraient s'expliquer sans cette suppih
sition.
Il y a un moyen bien simple d'éviter toutes ces suppositions : Possédez-vous le moindre monument linguistique ou littéraire émané de cette langue supposée ? Non, n'est-ce pas I Eh bien, tenez-vous-ea au sanscrit qui, dans ses formes organiques comme dans ses formes modifiées ou composées, qui peuvent toutes se ramener aux formes simples, suffit à lui seul pour expliquer l'origine du système commun indo européen.
Vos théories pèchent bien plus encore contre l'histoire que contre la linguistique. Car Thisto're n'admet pas les suppositions.
11 est certain que les émigrations grecques, latines^ celtiques, slaves, germaniques, Scandinaves, etc.^ n'ont point quitté Tlnde à la même époque, et cependant les mythologies, les panthéons, les croyances religieuses de ces différents peuples sont toutes puisées au même fond indo-asiatique. Toutes ces traditioiîs que l'on retrouve dans les immenses richesses de la littérature sanscrite, n'ont pu se consçrver, se transmettre, que par la langue commune à toutes ces émigrations ; cette langue commune n'avait pu arriver à toutes ces conceptions idéales, à tous ces symboles métaphysiques, sans hymnes, sans chants.
ILDO-EUROPÈENNES ET AFRICAINES. C5
sans poésies, sans moyen de transmettre les idées d'une génération à une autre, sans littérature en un mot.... Que vient donc faire sur ce terrain votre langue inconnue, qui serait morte sans littérature, sans moyen de transmettre ses conceptions, et à qui vous faites jouer le rôle le plus important qu'aucune langue mère ait jamais joué dans le monde ?
Cherchez donc une langue mère qui ait disparu sans laisser plus de souvenirs qu'un grain de poussière, après un effort aussi gigantesque.
La langue et la littérature sanscrite sont si bien le lien commun de toutes les traditions linguistiques, mythologiques et légendaires des nations indo-européennes, qu'on ne pourrait les anéantir sans faire immédiatement la nuit sur les origines communes de ces nations.
N'est-ce pas Max Muller lui-môme qui a dit :
« Celui qui ne part que du sol de la Grèce et de l'Italie n'atteindra jamais ces profondeurs, n'arrivera pas jusqu'à ces terrains primitifs, jusqu'à ces couches les plus anciennes de la pensée et du langage mythologique... S'il y a une nouvelle lumière à projeter sur la période la plus ancienne et la plus intéressante de l'histoire de l'esprit humain, la période où les noms ont été donnés aux choses, et où les mythes ont été créés, c*e$t des Védas seuls que peut venir cette lumière. »
Cette citation, empruntée à notre adversaire, nous sert de conclusion contre lui-même, car on ne pourrait, après l'avoir combattue, revendiquer plus formellement la paternité du sanscrit.
Si en effet les Védas appartiennent à la période la fiUis ancienne et la plus inléressanie de l'esprit humain, à la période oii les noms ont été donnés aux choses^ et où les mythes ont été créés, que dire du sanscrit, qui est la langue dans laquelle ces ouvrages ont été écrits, du sanscrit qui est la langue des Védas ?