‹ Les traditions indo-européennes et africainesChapitre 9 sur 60 · IDIOMES IXDOUS. DÉRIVÉS DU SANSCRIT · texte numérisé non relu

IDIOMES IXDOUS. DÉRIVÉS DU SANSCRIT

Il serait assez difficile de dresser la liste exacte de toutes les langues de l'Inde dérivées du sanscrit, en présence de ce fait qu'il se parle dans cette immense contrée environ cent soixante^quinze dialectes.

U est possible cependant de ramener à six groupes principaux les différents idiomes qui doivent leur origine à la langue des brahmes. Cinq de ces groupes appartiennent au nord et un au sud.

Ce sont, pour le nord :

1^ Les dialectes du Pendjab, au nombre dequinze^ environ;

2^ Les dialectes du Canoudj, au nombre de huit;

3<^ Les dialectes de Behar, au nombre de onze ;

4^ Les dialectes du Bengal, au nombre de sept ;

5"^ Les dialectes du Gouzerat, au nombre de neuf.

Pour le sud :

6^ Les dialectes du pays Mahratte, au nombre de quatre.

Nous ajouterons à cette liste un septième groupe, que nous appellerons : groupe mixte d'Orixa et de Coromandel.

Les dialectes de la côte d'Orixa sont, à la vérité, au point de vue de leur construction grammaticale, des dérivés du tamoul, mais ils ont fait au sanscrit des emprunts si considérables que, selon l'expression de l'illustre Wilson, « si on en retranchait les mots sanscrits, ils n'existeraient plus. » On en pourrait presque dire autant du telinga. Les autres dialectes tamouls, quoique plus indépendants, ont cependant subi l'influence du sanscrit dans une assez large proportion ; ainsi on peut dire que ces dialectes ont reçu des mots de la langue sacrée à peu près dans la même rapport que l'anglais en a reçu du latin. Les langues dravidiennes sont donc également des tributaires de la langue sacrée ; malgré leur apparente indépendance initiale, il n'est même point prouvé qu'elles ne puissent pas se rattacher plus étroitement encore aux formes primitives du sanscrit.

Pendant longtemps on a fait venir de l'Egypte ces bandes errantes appelées en France tsiganes ou

bohémiens, en Angleterre gypsies, en Suède et au Danemark tartares, en Espagne gitanos, en Allemagne zigeuners, en Italie et en Turquie zingari, mais l'étude de leur langage les a rattachées à la grande famille indoue ; il a même été possible, en examinant l'état présent de leur lexique au point de vue des éléments étrangers qui s'y rencontrent, de tracer la route qu'elles ont parcourue de l'Inde en Europe.

D'après M. Miklosich, de Vienne, qui s'est livré à une étude approfondie du dialecte des tsiganes, le fond de cette langue est un prakrit corrompu. — Le prakrit est le dérivé le plus direct du sanscrit, ou plutôt c'est le sanscrit vulgaire, qui était à la langue sacrée ce qu'était le latin du paysan du Latium, du soldat des cohortes, au latin de Cicéron et de Tacite. — Ce savant a établi, d'une manière indiscutable, par les emprunts faits par les tsiganes, aux langues des différents pays qu'ils ont parcourus, que ces nomades, partis de l'Inde par llndus, oot traversé la Perse, TArménie, l'Asie-Mineure, la Grèce, la Roumanie, la Hongrie, la Bohême et la Moravie, l'Allemagne, la Pologne, la Lithuanie, la Russie, les pays Scandinaves, l'Italie, le pays Basque, l'Angleterre, l'Ecosse, et en dernier lieu l'Espagne.

La France qui les accueillit mal ne fut jamais considérée par eux que comme un lieu de passage.

On peut dire que c'est la route qu'avaient suivie -plusieurs milliers d'années avant, les émigrations .indoues qui étaient venues coloniser l'Europe.

Les derniers émigrants trouvèrent la place prise ; appartenaient-ils à une caste trop inférieure pour qu'ils pussent se fondre dans les colonisations précédentes? doit-on penser, au contraire, eu égard à -la date relativement récente de leur départ, que les populations européennes qu'ils venaient visiter, ne les accueillirent point comme des frères, car elles avaient depuis longtemps perdu le souvenir de leur origine indoue? Toujours est-il que ces émigrants qui errent en Europe depuis sept à huit siècles, par fractions de tributs, sans se fixer nulle part, sans se soumettre à aucunes lois, parlent une langue originaire du Gange et de l'Indus, une langue qui, quand on la connaîtra mieux encore, quand on lui aura restitué ses formes primitives, occupera une des places les plus importantes dans le système du parler indoeuropéen. La plupart des langues du nord de Tlndoustan n'ont aucune littérature originale ; elles ne font que paraphraser, imiter, copier le passé, puisant dans l'immense dépôt des richesses littéraires sanscrites ; elles ont cependant pour elles leur incontestable antiquité , puisqu'elles ne sont qu'une transformation des vieux dialectes issus du sanscrit, tandis que l'indoustani, qui a reçu les hon-

neurs du Collège de France, est une langue des plus modernes, sans caractère, sans originalité, qui s'est formée de pièces et de morceaux empruntés au persan, à l'arabe et à la plupart des idiomes du rtord de rindoustan ; son écriture est celle de l'arabe légèrement modifiée, sa littérature ne se compose que d'imitations; et quoique puisse dire M. Garcin de Tassy pour nous la faire prendre au sérieux, il n'empêchera pas tous les indianistes, — même ceux qui ne l'avouent point, — du penser que cette langue ne représente pas les idiomes du nord de l'Inde et ne méritait pas une chaire officielle. Cette langue est aux véritables dialectes indous, ce que la langue franque est aux langues européennes du bassin de la Méditerranée. C'est le parler des marchands musulmans et des colporteurs des bazars indigènes.

CHAFITBEn

Scf^re iatenticHi n'est pas. xprês aToîr établi, i Taide da sansmt, ks for^ces générales dn parier indo^oropéen, de oansa^rrer une étnde spéciale à tontes les langues qui se rattacî^ent an srsteme con- Tenn;n€His nous bonienins don^- en les dassant, d'après leur ordre d'antiquité, à donner quelques détails historiques sur dia^^one d'elles.

Nous suiTronSy pour les langues iraniennes, la classification très-intelligente de M. Horelaurque, qui indique exactement dans les lignes suivantes rétat scientifique de la question :

€ La classification des langues éramieuma n'est pas encore établie. 11 se peut qu'un très-petit nombre

d'entre celles de ces langues que nous connaissions ne soient pas alliées les unes aux autres en ligne directe. Â coup sûr il n'en est point parmi elles qui puissent se vanter d'avoir été la mère commune de toutes les autres; le vieux perse l'emporte parfois sur le zend, parfois le zend l'emporte sur le vieux perse. La seule classification qui semble admissible lorsqu'il s'agit des langues éraniennes est celle qu'on peut emprunter au temps môme ofi elles ont été parlées. Ainsi, on classera au rang des aU" ciennes langues éraniennes, le zend, le perse et Vancien arménien ; au rang des langues éraniennes du moyenâge : le huzvdreche, le parsi et Varménien classique plus récent, l'afghan, le baloiUche, le kourde, Vossète et quelques autres dialectes. »

On remarquera que notre auteur emploie le» mot d'éranien au lieu de celui d'iranien que nous avons adopté nous-même. D'après lui, la première expression serait beaucoup plus correcte que l'autre.

Nous regrettons de ne pas partager «on opinion, et cela par des motifs identiques à ceux qu'if invoque, des motifs de pure correction. Ij^ nom donn/î à ces langues vient sans aucun doute de ^^^^lui (hs la contrée où elles se sont parlées, ^-t d(j m^^m^^ qu'on ne dit pas TEran mais bien l'Iran, on doit dir^j langues iraniennes et non langufrîJ <'ranîf?nn';îJ.

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